Je n’ai pas beaucoup dormi cette nuit, trop excitée par la présence d’Ihina. Nous ne nous connaissons que depuis deux jours, et pourtant je suis déjà accro à cette Indienne d’origine, de deux ans ma cadette… Ihina a la peau douce et cuivrée, les cheveux brun-noir longs et lisses, des yeux verts au regard envoûtant, une bouche pulpeuse à croquer, des petits seins fermes aux tétons brun foncé… Elle est audacieuse, imaginative, effrontée ! J’aime sentir ses mains sur ma peau, ses caresses indécentes, ses baisers fougueux, sa langue experte… Sentir son odeur, sa chaleur, son désir… Nous laisser submerger par le plaisir dans des étreintes torrides, passionnées…
À peine endormie, le corps encore chaud de nos ébats, voilà que l’IA me réveille à 5 h 45 pour me prier de me lever pour un embarquement en navette prévu à 7 heures !… Un dépannage urgent à effectuer à l’observatoire d’Apollinaris… alors que je ne suis même pas de service aujourd’hui ! Je laisse Ihina à grand regret. Elle est nue, allongée sur le lit, alanguie sur le côté, le drap de soie ivoire négligemment plissé entre ses cuisses écartées…
Après une bonne douche et un rapide séchage de mes cheveux blonds coupés courts, j’enfile une culotte-boxer noire et l’une de mes combinaisons de travail gris-vert… Je quitte l’appartement du rez-de-chaussée par la terrasse, devant laquelle m’attend un Eigo, un petit véhicule ovoïde tout-terrain. Ce moyen de transport à trois roues a un habitacle réduit, mais confortable, avec des vitres fumées qui offrent une superbe vision panoramique. Manque de chance, il fait encore nuit et une pluie fine, qui colle sur le pare-brise bombé, transforme les lumières de la ville en lueurs scintillantes. Je me laisse conduire jusqu’à la zone nord de l’aéroport de Ma’adim…
J’entre dans le hall d’embarquement pour prendre l’escalator qui conduit au département Maintenance Opérationnelle… Johnny et Camille sont déjà là. Johnny, enfin Juan, Chilien d’origine de 47 ans, est notre aîné. L’homme, au visage doux et buriné, à l’épaisse moustache châtain grisonnante, a été mon instructeur lors de mon arrivée, il y a… un peu plus de trois ans. Il m’a encadrée et soutenue avec beaucoup d’enthousiasme, de bienveillance et une disponibilité exemplaire. Camille a 35 ans. Originaire du sud de la France, le beau brun ténébreux, à l’accent chantant, est un épouvantable coureur de jupons, un dragueur invétéré. Je sais qu’il mate mon cul dès qu’il en a l’occasion, quand il ne fixe pas, avec son air vicieux, mes tétons qui pointent… Tant pis pour lui s’il reste frustré, il sait qu’il n’a aucune chance, que je préfère les femmes. Que ne donnerait-il pas pour s’envoyer en l’air avec moi et l’une de mes conquêtes… Nous passons le plus clair de notre temps à nous chambrer… Il est assis aux côtés de Johnny, et il se redresse dès qu’il m’aperçoit, un éclair lubrique dans les yeux.
« Waouh !… Zula !… Mmm… » Il me dévore des yeux… « T’as des p’tits yeux c’matin !… La nuit a été chaude ?
— Tu crois pas si bien dire… » Je m’étire et lâche un soupir d’aise. « La nuit a été courte… trop courte. » Et j’ajoute, pour le faire bisquer : « Et torride !
— Des détails ! J’veux des détails !
— Mon pauv’ Camille… » Je prends un air attristé. « Tu pourrais pas les supporter.
— Oh ! J’t’en prie… ma Chérie.
— Eh ! Vous deux ! intervient Johnny, le “vieux” sage qui tempère nos écarts. Ça suffit ! »
En fait, j’l’aime bien, ce drôle de loustic de Camille…
Samuel, Sam, que nous appelons parfois Samu, un Belge de 32 ans, de trois ans mon aîné, est le quatrième membre de l’équipe. Il a débarqué… il y aura bientôt six mois. Boute-en-train, il fait continuellement de l’humour, et parfois sans s’en rendre compte… Sam est en retard, comme à son habitude… Les claquements d’un pas pressé résonnent sur le carrelage crème du hall.
« Ah ! lance Camille. Voilà not’ Belge, une fois !
— Excusez-moi, hein, dit Sam essoufflé. Avec la pluie… j’ai tourné trop tard… et j’ai dû faire demi-tour. Salut !
— T’avais qu’à t’laisser conduire, la bleusaille ! réplique Camille.
— Ah… C’est vrai, convient Sam qui hausse les épaules et s’apprête à s’asseoir.
— Bon ! lance Johnny qui se lève, l’air décidé. Ne t’assois pas ! On y va !
— C’est parti ! réplique Sam. Euh… Tu sais où on va ?
— Non ! répond sèchement Johnny. Mais on y va !
— Ah ?…
— Je déconne ! repart Johnny. Bien sûr que j’sais où on va.
— Aaahh !…
— À l’observatoire d’Apollinaris, poursuit Johnny. Pour de l’entretien. Les cendres volcaniques ont dû recouvrir les télescopes.
— Un peu d’nettoyage, quoi. Une mission pour toi, précise Camille qui me fixe avec un regard clairement provocateur.
— Espèce de macho ! J’vais t’astiquer, moi !
— Oh oui !… » Il frissonne. « Vas-y ! Astique-moi !
— C’est pas bientôt fini, vous deux ? » nous raisonne Johnny.
Nous prenons l’escalator B jusqu’au tarmac où nous attend, portes ouvertes, notre navette. Un Marstroller argenté immatriculé MA 31. Un appareil à réacteurs verticaux orientables, et à ailes à géométrie variable rétractables.
« Et not’ matériel ? demande soudain Sam qui s’arrête au beau milieu de l’escalier d’accès.
— Dans la soute ! répond Johnny, sans se retourner.
— Il s’rait temps d’t’en préoccuper, ajoute Camille.
— Mieux vaut tard que jamais », réplique Sam.
L’appareil, sans pilote, dispose d’une cabine de douze places assises. Des fauteuils bleu nuit, positionnés dans le sens de la marche, disposés en trois rangées séparées par une allée centrale. Johnny s’assoit sur le premier siège, près d’un hublot. Je m’installe à côté. Camille s’assoit derrière moi et lâche un : « J’vous surveille tous les deux ! » Johnny et moi échangeons un sourire désabusé. Sam s’assoit à ma droite. Les harnais bouclés, la porte aux angles arrondis se referme, et les réacteurs démarrent… Un “ding” annonce l’apparition d’un hologramme qui affiche les informations du vol. Une carte tridimensionnelle détaille le parcours prévu… Nous allons slalomer au fond du canyon pendant 400 km, avant de survoler l’océan, plein nord jusqu’au mont Apollinaris. Un trajet de 744 km prévu en 58 minutes.
Le Marstroller vibre sous l’accélération des réacteurs… Il décolle à la verticale… avant que nous soyons plaqués contre nos dossiers par l’accélération…
