Anwin et moi, nous nous sommes portés volontaires pour une mission commune : investir et occuper les geôles d’Alaktor.
Nous connaissons particulièrement le site, ses points forts, ses points faibles, pour y avoir fait office de gardien dans notre peu glorieux passé. Sept mois pour Anwin, vingt mois pour moi. Autant dire que nous allons trahir certains de nos anciens camarades…
Mais les temps changent ! Ce qui nous paraissait juste autrefois nous semble maintenant inique.
Nous devons occuper les lieux avant même que les geôliers, qu’ils soient emnos ou Vesphéris, n’aient le temps de réagir. La réussite dépendra de l’effet de surprise.
Nous devrons ensuite agir au cas par cas. Libérer les détenus politiques, mais garder emprisonnés les criminels de droit commun et leurs geôliers, nos confrères, ex-partenaires…
Affath se couche sur Alaktor lorsque nos deux Alaks Palaïds, A P 3 et A P 5, se positionnent au-dessus de Doriev.
Ils vont rester en retrait, prêts à intervenir si un ou plusieurs vaisseaux mères de l’escadre est ou sont assaillis.
Nous lançons immédiatement l’attaque : une impulsion électromagnétique pour perturber les liaisons, et nos trente apsilos fondent sur la forteresse-prison d’Alaktor…
Harnachés aux fauteuils, mes quatre compagnons Palaïds et moi-même venons d’effectuer notre rentrée atmosphérique. Et c’est à très grande vitesse que nous traversons les nuages en feu d’un ciel embrasé par le couchant.
Nous avons deux objectifs : la tourelle nord et l’appareil qui stationne à proximité.
Le compte à rebours des rétrofusées va s’achever… Je me cramponne au moment même d’être projeté en avant par la brutale décélération !
Les informations du cockpit sont relayées sur ma visière : le narcotique vient d’arriver à destination, le plateau avec les cloches d’aération. Les cloches sont munies de filtres, théoriquement inopérants pour le gaz soporifique choisi.
Nous espérons que les nôtres s’endormiront. Nous ne devrions rencontrer que quelques Vesphéris éveillés. Le temps qu’ils réagissent…
Une nouvelle information s’affiche : l’okirdo vient d’exploser. Le gel colloïdal va former un nuage de grains de sable en suspension, un brouillard opaque qui va masquer la région.
À l’extérieur, nous ne pourrons nous diriger que grâce aux scans. Les propulseurs rugissent ! La coque crisse, giflée par le sable, l’apsilos est secoué par un contact brutal avec le sol !
Nos harnais sautent, nous nous levons aussitôt.
« Bonne chance !
— Merci, leader ! À vous de même ! » Les deux Palaïds chargés de maîtriser l’appareil à proximité disparaissent derrière le rideau de sable…
« Kriemn ! Nous voici ! » lâche Bagnèd. Bagnèd, Mintou et moi avons la tourelle nord comme objectif.
« Ne nous perdons pas ! » Nous nous immergeons dans le nuage… Opaque, il ralentit nos mouvements. Sans les indications qui s’affichent clairement sur la visière, il me serait impossible de me diriger.
Quelques rends s’écoulent et la paroi métallique de la tourelle apparaît. Mintou, à ma droite, prêt à intervenir, attend mon aval. J’acquiesce de la tête et de la main, et un laser bleu jaillit… Un orifice ellipsoïdal est découpé. La plaque retombe à l’intérieur, nous investissons la tourelle…
Le rez-de-chaussée est désert. L’élévateur est au sommet. Je fonce vers la trappe qui protège les dispositifs électroniques, la fais sauter, les détruis, et nous lançons chacun notre grappin vers l’élévateur. Nous nous hissons… prêts à en découdre… Je m’attends à tomber sur des Vesphéris agressifs, quelques gardiens endormis, peut-être les deux, mais il n’y a personne… Une tourelle de garde désertée ! Une situation que je n’avais pas envisagée.
« Ici Uther ! Tourelle nord sous contrôle. Aucune résistance. Il n’y avait personne ! Je répète, il n’y avait personne !
— Ici Monbas ! Tourelle est sous contrôle ! Rien ni personne ! Bon sang, qu’est-ce que ça veut dire ? »
