Matolch et moi venons de déconnecter l’ensemble des tubes liés à Appia… Et pourtant le liquide des 56 tubes continue à bouillonner ! Le bouillonnement semble même s’accentuer !
Seuls les liquides des deux rangées associées à Ionos, le système personnel d’Acer Bar Kantari, sont limpides, calmes, impassibles, toujours sous contrôle. J’avais personnellement veillé à ce qu’il n’y ait aucun lien entre Appia et Ionos. Ce qui arrive aujourd’hui prouve que j’avais raison ! J’avais envisagé une telle attaque… parce que c’est bien d’une attaque qu’il s’agit ! Je dépressurise ma combinaison et retire le casque. L’odeur de brûlé est très forte !
« Matolch ! » Je dois crier pour que ma voix l’emporte sur les alarmes sonores. Je lui fais signe de retirer le casque, ou tout au moins de dépressuriser et de relever la visière.
« Tu vérifies l’isolation d’Ionos. Je vais prévenir Galam !
— D’accord ! »
Avant d’arriver au sas, je vais devoir me faufiler entre deux rangées de tubes… Je repositionne le casque… et fonce ! Je sens, au passage, la chaleur dégagée par les tubes ! Et ce malgré la combinaison ! Une chaleur bien plus qu’inquiétante ! Et la porte du sas qui ne s’ouvre pas ! Je dois déclencher son ouverture manuelle… Je franchis le seuil… et dois pousser cette maudite porte pour qu’elle se referme… avant de mettre en branle le mécanisme qui entraîne l’ouverture de la seconde porte. Au pas de course, je prends la direction de la salle de navigation… Une agitation inhabituelle s’est emparée des couloirs du vaisseau.
« Widyan ! Qu’est-ce qui s’passe ? demandent et redemandent mes compagnons.
— Une attaque ! » Je crie à qui veut m’entendre. Et je tombe nez à nez… avec Galam ! Je baisse aussitôt le regard. Galam, Galam Tot Amonrax, le second d’Abakan. Le regarder droit dans les yeux serait interprété comme une marque de défiance… Et je n’ai vraiment pas envie de m’opposer à cette montagne de muscles bâtie dans la douleur, dans les larmes, dans le sang. Galam le belliqueux, aux traits taillés à la serpe, au regard affûté comme une lame, Galam le taciturne, ténébreux, impénétrable, à la répartie cinglante, à l’esprit de déduction hors du commun et au charisme redoutable…
« Widyan ? lance-t-il du haut de son exis quarante.
— Galam, Appia vient d’être attaqué !
— Je devine. Les communications sont coupées.
— Nous avons dû déconnecter l’ensemble du système. Les réseaux sont tombés les uns après les autres.
— Une idée ?
— Nous avons affaire à une attaque virale. Elle a provoqué une réaction en chaîne.
— Les autres vaisseaux ?
— Tout laisse à penser qu’ils subissent les mêmes perturbations.
— Une solution ?
— Je vais m’y atteler.
— Ionos ?
— Intact. En sommeil. Mais nous devons le préserver. Tant que la solution n’est pas trouvée. S’il est à son tour contaminé… alors nous sommes perdus.
— La situation en est à ce point-là ?
— Oui, Galam.
— Si je m’en souviens bien, c’est toi qui as insisté pour qu’Appia et Ionos soient isolés ?
— Tout à fait.
— Bien, Widyan, je m’en souviendrai. Bon… si les autres vaisseaux rencontrent le même problème…
— C’est plus que probable.
— Alors mes homologues ne devraient tarder. Uathach ! Fedlim !… Ah ! Les vieux réflexes !
— Je peux les prévenir.
— Non ! Non Widyan ! Retourne à ton poste, et cherche et trouve la solution. » Il grimace. « Sinon… » Il ne poursuit pas sa phrase. Certains mots n’ont pas besoin d’être prononcés pour être compris. J’ai intérêt à résoudre rapidement le problème…
