Chapitre 6-74

Uther Nam Pendrax – A P 1

Tous les six grefs, une réunion au sommet est programmée en salle du Conseil de notre vaisseau amiral. Abakan préside les séances. Il est accompagné de Ferg Alt Ïeysès, notre chef tactique. À l’unanimité, nous avons décidé de répondre à la provocation des Humains, et d’attaquer en masse leurs cinq capitales. Cette fois, nous ne nous contenterons pas d’intimidation. Tout n’est plus qu’une question de temps. Le temps du rétablissement d’Appia. Et nous suivons attentivement l’évolution de sa restructuration…

Nous sommes assis dans l’ordre des Alaks Palaïds. Artolon Ors Guiliax, d’A P 2, le plus âgé d’entre nous, siège à la droite d’Abakan. Vient ensuite Ecklèn Akt Essax, d’A P 3, le plus réservé, probablement le plus réfléchi. À sa droite, Éthal Ban Kolax, d’A P 4. Celui-là ne tient pas en place ! C’est un emnos d’action et certainement pas de discours. Pour lui, nous perdons notre temps à tergiverser. Oysin Eib Scarax, d’A P 5, certainement le plus ténébreux, le plus obscur, le plus énigmatique… Anwin Wat Danax, d’A P 6, assis à ma gauche, un ami d’enfance. Nous avons été élevés, éduqués, formatés et entraînés ensemble. Nous n’avons pas besoin de parler pour nous comprendre. Quelque chose… ne va pas chez moi… Depuis que je suis monté à bord de ma capsule pour rejoindre A P 1, je ne me sens pas bien… Je suis… troublé, embarrassé, par une espèce d’anxiété.

« Uther ? Un souci ? » demande Anwin. Il me surprend, moi qui pensais parvenir à cacher mon malaise.

« Je ne comprends pas. » J’écarte le liseré argenté de mon encolure. « J’ai une sensation d’étouffement… d’enfermement. Ne serait-il pas possible de… relever les volets ? »

Abakan affiche une grimace de perplexité.

« Volets ? » Le mécanisme s’enclenche, ce qui visiblement le surprend.

« Ça fonctionne ? » Son ton est suspicieux. « Je croyais que plus rien n’marchait ici ? » La première série de vibrations… est suivie de la deuxième… et la troisième accompagne l’élévation de la dernière couche du blindage organométallique ! Au travers des épaisses vitres blindées, émerge enfin le panorama ! Voir apparaître les Alaks Palaïds et les Tanacés me soulage immédiatement ! Le malaise s’est dissipé… Comme ça… Incompréhensible…

Ferg se lève d’un bond ! Il se précipite vers le vitrage blindé.

« Ferg ? s’étonne Abakan. Ferg ? Quelque chose ne va pas ?

Ben plutôt ! Oysin ! L’orakunderstrup que t’as déposé !

Oui ?

Eh bien… les Humains sont en train de… faire… je ne sais quoi ! »

Nous nous levons aussitôt pour le rejoindre. Trois satellites, suffisamment proches pour être observés à l’œil nu, émettent et projettent des faisceaux violets sur le puits africain ! La réaction d’Abakan est instantanée : « Ferg ! Préviens Widyan Ark Émézos ! Qu’il mette immédiatement Ionos en service ! Et préviens Galam ! Qu’il m’apporte le dispositif de mise à feu ! Tout de suite ! Tu devrais déjà être parti ! »

Ferg s’élance vers la cage d’ascenseur de gauche, la seule qui fonctionne actuellement.

« C’est peut-être un peu précipité, avance Ecklèn. N’y aurait-il pas… une solution moins… radicale ? » Je suis de l’avis d’Ecklèn. Je devine, à son air contrarié, qu’Anwin également.

« Ils se moquent de nous ! Ils neutralisent Appia ! Et maintenant ils s’attaquent à l’orakunderstrup ! réplique Abakan. Si quelqu’un estime ici que les Humains ne sont pas une menace, alors qu’il me le dise en face ! »

Lui répondre serait peine perdue. À son air furieux et décidé, je devine qu’il ne fera pas marche arrière. Je pense même qu’il est ravi, soulagé. C’est l’occasion qu’il attendait, qu’il souhaitait même…

Bon… Nous n’avons plus qu’à programmer notre retour sur Kriemn… Que de temps perdu et d’espérances déçues ! Que de souffrances vaines et de désillusions certaines…