Yves Rémond est né à Rennes le 25 mai 2350, fils de Louis-Charles Rémond, géologue, et d’Annick Quéro, comptable. Mesurant 1 m 76, sa silhouette mince est assortie de cheveux châtain foncé et d’yeux bleu-vert perçants, souvent empreints d’un éclat réfléchi. Au sein de l’équipe, il occupe une place essentielle en tant que géophysicien, cartographe, géoanalyste, et spécialiste en terraformation, combinant expertise technique et intuition scientifique pour interpréter les mystères des terrains inconnus.
Allongé sur le dos, je flotte au cœur de ténèbres irradiées de lueurs fugaces. Au rythme d’étranges tam-tams saccadés, j’ai l’impression de glisser vers le néant, avançant sans bouger dans un tunnel sans fin, comme emporté par la course lente d’un tapis roulant. Des profondeurs, monte un sifflement vague, presque irréel. Peu à peu, il s’amplifie, et son origine se précise : il vient de l’arrière, se rapproche, lentement, inexorablement. Je veux me retourner, mais mon corps refuse d’obéir. Figé, je ne peux que subir. Le sifflement se transforme en hurlement strident ! Une machine infernale fonce droit sur moi, prête à me broyer. Et soudain, le sol disparaît sous moi ! Pétrifié, je bascule dans un vide obscur… Le sifflement m’enveloppe, un hurlement incessant, comme si je me trouvais au cœur d’une bouilloire géante en pleine ébullition. Puis, brutalement, une décélération me coupe le souffle, laissant mon corps suspendu entre cauchemar et réalité.
Plus rien ne bouge. Une vague lueur perce au travers de mes paupières, obstinément fermées, refusant de s’entrouvrir… Des picotements timides apparaissent dans mes orteils. Puis, une sensation de fourmillement, suivie d’une brûlure insidieuse, remonte lentement des pieds jusqu’aux jambes. Des images surgissent : des cafards grouillant sur ma peau, leur invasion implacable. Mon esprit divague. Prisonnier, incapable de bouger, allongé dans un cercueil où un bataillon d’insectes affamés monte à l’assaut de mon visage ! Un déluge de souvenirs explose, détonant comme le bouquet final d’un feu d’artifice. La mission, Alpha Cent, Niry… l’hypersommeil ! La panique retombe brusquement, remplacée par une prise de conscience vertigineuse. Alors, c’est vrai ? Nous sommes dans le système d’Alpha du Centaure ! À quelque 43 000 milliards de kilomètres de la Terre ! Après un hypersommeil de près de cinq années terrestres ! Perthie, moi, et nos quatre camarades !
Perthie Anderson, née à Melbourne le 3 décembre 2353, est la fille de Lawrence Anderson, généticien australien, et de Ciara O’Sullivan, neurochirurgienne irlandaise. Médecin généticienne et biologiste moléculaire, Perthie est une femme d’1 m 75, élancée comme une gazelle, avec un corps de liane. Ses cheveux roux flamboyants encadrent un visage orné de taches de rousseur, tandis que ses yeux verts scintillent sous sa peau d’albâtre.
Nous six, choisis parmi les candidats prêts à tenter l’aventure. Sélectionnés pour une combinaison de compétences scientifiques, de complémentarité et de caractères. Des tempéraments indépendants et quelque peu suicidaires : selon différents scénarios optimistes, notre probabilité de retour est estimée entre 4 et 7 %.
Nous ne connaissons ni les véritables motivations de nos correspondants ni leurs intentions réelles. Nous n’avons aucun renseignement sur leurs caractéristiques physiques ou biologiques. Qui sont-ils ? À quoi ressemblent-ils ? Toutes les hypothèses, même les plus farfelues que l’imagination humaine puisse concevoir, ont été envisagées. Ont-ils développé une civilisation ? Niry est-elle leur planète d’origine ? Tant de questions demeurent sans réponse, mais j’espère qu’elles en trouveront bientôt.
La sensation de brûlure intense provient du sang qui afflue, tel un torrent déchaîné balayant tout sur son passage. Je recroqueville les orteils, remue les doigts, les mains, mes membres engourdis par le long sommeil. Mon cerveau est en ébullition, des élancements sourds martèlent mes tempes, vrillent mon crâne. Une sacrée sensation de gueule de bois, qui, je l’espère, s’estompera dans quelques heures.
Ces satanées paupières semblent avoir été collées par une glu tenace. Elles se relèvent en tremblotant, laissant apparaître une lumière rouge, agressive, autour d’une forme sombre. Quelqu’un est penché sur moi. L’image vacille, se tord, puis se précise lentement. C’est Anna, notre commandante. Elle opine du chef, lève la main droite, puis se retourne et disparaît de mon champ de vision.
La capsule articulée s’anime, le dos se redresse, les jambes remontent légèrement. Une nausée me saisit, la tête lourde, comme un mal de l’espace, le temps que l’oreille interne se mette enfin au diapason. Cette mise en hypersommeil est une première pour nous tous. Je passe d’une lointaine théorie à la dure réalité. Le corps et l’esprit auront besoin d’un temps de réadaptation, nous avaient-ils dit. Ils avaient raison, on ne sort pas d’hypersommeil comme d’un rêve douceâtre !
Je tente, avec une forte sensation de raideur, un regard à gauche : les deux tubes articulés d’Anna et de Lewis sont relevés et vides. J’ai l’impression d’être la marmotte qui s’éveille d’un long sommeil hivernal, osant risquer la tête hors du terrier. Je tourne la tête à droite, en encaissant de sinistres craquements et bruits de décapsulation… Bon sang, je suis complètement rouillé !
Les deux tubes du fond sont à l’horizontale. Le plus proche, relevé comme le mien, retient encore son hôte : Perthie, ma camarade et confidente depuis 83. Notre toubib pour la mission. Son visage est terreux, son teint de cendre. Elle me dévisage, l’air hébété, le regard flou, lointain, hagard. Le mien ne doit guère être meilleur.
Reprendre possession de mon corps demande des efforts quasi surhumains. Je ne pensais pas me retrouver en si mauvaise condition. Je commence par débrancher délicatement les fins cathéters des bras, les électrodes, puis les sondes qui ont assuré ma survie artificielle. Les poils, les cheveux ont sacrément poussé ! Les ongles ont été automatiquement abrasés pour éviter toute griffure involontaire ou incarnation. Je vais devoir patienter avant de découvrir l’étendue de ma métamorphose.
Tremblotant comme de la gelée, m’aidant des avant-bras et des mains, je parviens à poser un premier pied sur le plancher souple et tiède du vaisseau. Tout aussi flageolant, j’y pose le second, puis pousse sur les accoudoirs pour me relever. J’ai surestimé mes forces, des jambes en coton se dérobent sous mon maigre poids. Je me rassois, accordant à mon corps quelques instants de répit. Trois bonnes inspirations, une volonté de fer, et je me lance dans une seconde tentative. Je tremble, mais tiens bon. Essoufflé, voûté, je dois avoir l’air d’un centenaire qui vient de tenter un marathon… Ou plutôt, du 100 mètres…
L’envie de vomir me reprend, et je me retrouve à genoux, les cheveux dans les yeux. Un récipient ovale, beige terne, repose non loin de moi. Il n’est pas là par hasard. Je m’y précipite pour expulser quelques glaires… Puis je tente de reprendre ma respiration. Je me remets prudemment sur ces jambes qui m’ont trahi, et m’approche à tâtons de Perthie, qui lutte à son tour pour sortir de sa capsule. Elle bascule directement dans mes bras, sa longue chevelure flamboyante, rideau quasi impénétrable, dissimulant son visage !
Flageolant, je ne parviens pas à la retenir, et nous basculons au sol, moi sur le dos, Perthie étendue sur moi. Sa peau contre ma peau, sa chaleur contre ma chaleur, ses cheveux sur mon visage… Le contact brutal me rappelle que nous sommes totalement nus, et, dans cette proximité inouïe, nous partageons une expérience d’une rare intimité, une sorte de seconde naissance. Perthie relève la tête, et ses yeux verts me transpercent d’un regard presque électrique. Un flot d’images envahit mon esprit, des sensations corporelles confuses. La pointe de ses seins durcis contre mon torse, et mon bas-ventre contre son pubis. Malgré les effets résiduels de l’hypersommeil, une part de moi s’éveille… Troublée par notre gêne partagée, Perthie se dégage doucement pour s’allonger sur le dos, tout contre mon flanc gauche.
Un sifflement, et les deux tubes encore à l’horizontale commencent à bouger. C’est au tour d’Éria, notre informaticienne, et de Mathias, notre doyen, de commencer leur laborieuse et désagréable résurrection.
Éria Paniandy, née le 9 juillet 2354 à Antananarivo, est la fille de Bandhu Paniandy, un professeur indien mondialement reconnu pour ses travaux en intelligence artificielle, et de Riana Rajaonarimanana, une Malgache.
Spécialiste d’autoprogrammation cognitive et d’intelligence artificielle, elle est informaticienne au sein de l’équipe. Mesurant 1 m 69, Éria possède une peau couleur miel et un visage à l’ovale parfait. Ses yeux noirs et ses cheveux crépus encadrent une silhouette aux formes féminines assumées.
Mathias Hayden est né à Hambourg le 21 avril 2342. Fils de Friedrich Hayden, architecte allemand, et d’Emilia Kostyra, nanoélectronicienne polonaise, il est spécialisé en génie civil et robotique en tant que polygénérateur. Athlétique et mesurant 1 m 86, il a des cheveux blonds et des yeux bleus.
Comme deux pantins articulés soutenus par des fils invisibles, nous nous mettons à genoux, observant le réveil de nos deux camarades. Mathias, au visage anguleux toujours impeccablement rasé, est méconnaissable. Ses cheveux, tout comme sa barbe, ont sacrément poussé ! Une image me vient à l’esprit, celle de quelque divinité issue des mythologies celtiques, nordiques ou germaniques : Arthur, Thor, ou même Odin, qui renaît devant moi.
C’est en 82, lors de mon premier séjour sur Mars, que j’ai fait la connaissance de ce brillant ingénieur. Et c’est avec lui que j’ai vécu la tragédie. Sur Mars depuis plusieurs mois, Mathias supervisait la restructuration de la base de Syrtis Major. La première tranche des travaux venait de s’achever. Profitant d’un rapprochement entre Mars et la Terre, il avait invité sa petite famille à le rejoindre : sa fille Ilse, 14 ans, son fils Peter, 12 ans, et sa femme Lya.
Leur navette, au bouclier de protection défectueux, entra en collision avec un débris spatial majeur. Elle fut instantanément pulvérisée. Les passagers n’ont probablement pas eu le temps de comprendre ce qui se passait.
Une maigre consolation pour Mathias, rongé par la culpabilité d’avoir invité ses proches à le rejoindre. Il portera certainement ce fardeau toute sa vie.
Mathias est un homme remarquable, un ami en qui j’ai une confiance absolue. S’il peut sembler froid, à première vue, il est en réalité chaleureux, généreux et passionné. D’une réceptivité exceptionnelle, il sait tirer parti de ses talents d’observation et de son apparente distance pour défendre ses idées avec conviction. Son esprit de synthèse, son sens de l’organisation et ses prédispositions naturelles à la conciliation et au rassemblement, en font un leader hors pair. Avec lui à la tête d’un projet technique, tout peut être initié, organisé et structuré avec succès.
« Le salut à vous tous ! » La voix de Lewis, le second d’Anna, résonne. Lewis est un homme difficile à cerner, impénétrable dans ses pensées et ses émotions. Même ses gestes semblent réfléchis, comme s’il ne laissait jamais rien transparaître de ce qui se passe réellement dans son esprit.
Lewis et Anna, tous deux vêtus de la combinaison gris-vert de rigueur. Une combinaison étiquetée de leur prénom et ornée du logo de la Confédération.
Je ne sais que peu de choses sur la vie de Lewis ni sur sa carrière, et j’ai appris à ne pas poser de questions. Il maîtrise l’art du secret avec une intensité rare, et peut se rendre aussi muet qu’une tombe lorsqu’il le souhaite. C’est une boule de nerfs et de muscles, distant et direct, autoritaire dans l’âme, mais paradoxalement sympathique et bienveillant. Il sait aussi sourire, mais seulement lorsque les circonstances le permettent. Aujourd’hui, comme Anna, il arbore un masque étrange, grave et préoccupé.
« Bienvenue dans le monde des éveillés, murmure Anna. Perthie ? Yves ? Ça va ? » Elle esquisse un sourire timide, empreint de bienveillance. À genoux, tels des pénitents, nous répondons par de simples hochements de tête, la rassurant sans un mot.
« Surveillez les réveils d’Éria et de Mathias, puis rejoignez-nous en salle de restauration », précise Lewis, d’un ton étonnamment doux et mesuré.
« À tout à l’heure. » Ils quittent la salle de réveil.
Perthie retire les branchements d’Éria. La belle, d’habitude pleine d’humour, d’optimisme, et toujours attentive à son image, n’a vraiment pas bonne mine… Elle, qui excelle à attirer l’attention, nous fixe avec un regard étrange. Je m’apprête à lui souhaiter la bienvenue, mais elle m’interrompt d’une voix traînante, anormalement rauque : « La gueule que vous tirez ! »
Elle se redresse, vacille dangereusement, une expression d’étonnement comique sur le visage. Nous tentons de la soutenir, mais c’est l’inverse qui se produit : nous voilà tous les trois, à genoux, et les mains au sol.
Le pauvre Mathias, les yeux bleus écarquillés, ouvre et referme la bouche comme un poisson hors de l’eau. Malgré ses efforts pour articuler, aucun son intelligible ne sort de sa bouche.
« Salut, Mathias. Bienvenue parmi nous », lui dit Perthie d’une voix douce, tout en s’activant pour le libérer des branchements.
Mes forces reviennent peu à peu, et la nausée se transforme presque en appétit. Après l’hypersommeil et les nutriments injectés, j’éprouve un besoin irrésistible de retrouver les saveurs des aliments.
Mathias tente de se lever à son tour. Je le soutiens par l’épaule, mais il se penche en avant, pris d’un violent haut-le-cœur.
« Oh ! Vous avez vraiment de sales gueules ! lance Éria en nous observant. On dirait une bande de déterrés ! » Elle semble ignorer son propre reflet.
« Tu fais partie de la bande.
— Vraiment ?
— Plus que tu ne le penses.
— La douche ? propose Perthie.
— Allons-y », répond Mathias, la voix éraillée.
La lumière rouge s’intensifie avant de passer au blanc chaud.
« Hello Sarah ! Ça boume ? » demande Éria en s’adressant à l’IA d’Alpha Cent, une intelligence artificielle conçue par son père, Bandhu Paniandy. Sarah, en quelque sorte la petite sœur virtuelle d’Éria, est aussi, et surtout, notre mère à tous. C’est elle qui, tout au long de notre hypersommeil, a veillé sur nous, nous alimentant, nous entretenant, nous soignant, pour nous réveiller une fois arrivés à destination.
« Sarah ? » Éria, la tête penchée sur le côté, semble perplexe.
« Bonjour Éria, bonjour Perthie, bonjour Yves, bonjour Mathias. Je suis ravie de vous retrouver fonctionnels. Votre module de rafraîchissement vous attend. »
La voix de Sarah, douce, chaude et suave, émane d’un haut-parleur intégré au plafond. Une porte s’ouvre sur une pièce baignée de lumière, tandis que celle de la salle de réveil s’estompe. Nous quittons notre ancienne chambre à coucher, témoin de notre pitoyable renaissance, et nous nous installons chacun dans un carré lumineux bleu. Un léger souffle d’air précède l’élévation de cloisons translucides, et une brume de gouttes tièdes nous enveloppe. Je ferme les paupières, expire longuement… Quel soulagement après les pénibles moments traversés !
Le bruit des gouttes se calme. Je rouvre les paupières. La brume, aspirée de toutes parts, se dissipe, laissant place aux parois devenues des miroirs.
Ce n’est pas le reflet de l’Yves Rémond que je connais. Je découvre un visage émacié, barbu, des cernes marqués, impressionnants, un teint gris, presque cadavérique, des cheveux longs, un corps maigre, presque décharné. Cette silhouette qui m’observe me semble… plus âgée, et plutôt effrayante. Un instant, je me demande si ce n’est pas un mirage. Puis, un souvenir me frappe : l’image de Jésus-Christ, famélique, omniprésent dans les églises et chapelles de ma région d’origine, traverse mon esprit. Est-ce vraiment moi, ou suis-je en train de regarder un fantôme ?
J’effleure la paroi pour faire apparaître les icônes d’hygiène corporelle. Je choisis le rasoir-tondeuse. Une trappe coulisse sur le montant métallique à droite. Je prends l’appareil et le règle sur max. Par quel bout commencer ? J’appuie sur l’interrupteur et approche le rasoir de ma joue droite. Un léger grésillement, une odeur de cochon grillé, et les poils se racornissent, disparaissant sous le passage du laser.
Les traits tirés, les cernes et les poches sous les yeux… Je me fais peur ! Serait-ce l’œuvre implacable du temps ?
Je verrai plus tard pour les cheveux. Je repose le rasoir et effleure l’icône du bain de bouche, un flacon étiqueté d’une dent. Un gobelet à demi rempli d’une solution effervescente apparaît. Le liquide est frais, salé et mentholé. Je recrache dans le gobelet, le repose délicatement, puis tire mes longues mèches vers l’arrière, les mains serrées, avant de lâcher un « Aaahh ! » de soulagement. Les parois s’abaissent et disparaissent dans le plancher.
Éria et Perthie ont déjà revêtu leurs combinaisons moulantes. Éria, avec son déhanché provocant et ses yeux noirs au regard malicieux, m’évoque un subtil mélange de reine africaine et de déesse hindoue. Perthie, tel un feu sur la glace, a dégagé sa nuque et son décolleté, ramassant sa crinière flamboyante en un chignon négligé. Quelques mèches rebelles mettent en valeur l’élégance de son visage, celui de cette rousse incendiaire à la peau de porcelaine. Toutes deux m’observent avec un sourire bienveillant.
Dans mon casier, un compartiment vitré que j’ai rempli avant notre mise en hypersommeil, m’attendent un sous-vêtement, une combinaison gris-vert étiquetée de mon prénom, et une paire de mocassins.
La dernière cabine s’escamote et Mathias apparaît, rasé de près. Notre camarade, au corps sculpté comme celui d’un dieu et au visage viril, ressemble presque à une caricature de l’homme parfait.
Je m’habille : sous-vêtement, combinaison au logo de la Confédération, un disque arborant le griffon aux cinq étoiles sur fond bleu nuit et liseré doré, et mocassins.
La porte du module des toilettes s’ouvre. Nous le traversons pour arriver en salle de restauration, où Anna et Lewis se lèvent pour nous accueillir.
« Hello vous deux ! lance Éria. Nous voilà ! Tout frais, tout beaux, presque tout neufs ! » Tous deux répondent par un sourire forcé, crispé.
« Ben ? s’étonne Éria. P’tite mine ? Le réveil a été difficile ?
— Plutôt, lâche Anna.
— Tout va bien ? » demande Mathias. Je serre la main de Lewis, le fixant. Plus qu’un sourire, c’est un rictus qu’il esquisse.
« L’équipe est au complet, c’est déjà pas mal », dit-il. J’embrasse Anna, et la serre contre moi.
« Ça fait du bien d’vous retrouver.
— Vous avez un temps d’avance sur nous quatre ? » demande Perthie. Anna grimace, soupire, presque gênée.
« Un p’tit temps d’avance.
— Et ça fait combien de temps ? Depuis quand êtes-vous réveillés ?
— Quelques heures. Mais chaque chose en son temps. Prenez des forces, c’est le moment.
— Et bon appétit ! » nous souhaite Lewis.
Je vois que Sarah nous a préparé nos mets préférés. En quantité réduite, certes, mais il faut bien que l’on se réhabitue à la nourriture solide. Je prends mes deux assiettes, ma soucoupe, et vais m’asseoir en face d’Anna. Des verres et deux pichets d’eau sont déjà sur la table.
Ma première assiette contient un pois rose, au goût intense et poivré de radis… Un bâtonnet vert amande, du concentré de salade. Un grain orangé de carotte, et un dé bariolé jaune et bleu… au goût de crabe et de poisson, rehaussé d’un soupçon de mayonnaise épicée et aillée. Nous déjeunons en silence, ponctué de quelques “Humm” de plaisir et de délectation.
Au centre de la deuxième assiette trône un mini pavé doré, couronné d’une goutte de sauce au poivre. Fondant sous la langue, il est accompagné d’une bille acidulée, qui rappelle les airelles, et d’un cornet jaune orangé au goût de champignon. Je termine par une salade composée de dés colorés, sucrés et croquants. Ils évoquent l’orange, la banane, la noix de coco, la mangue et la fraise. Une explosion de saveurs à chaque bouchée ! C’était peu, mais excellent !
Anna et Lewis, impassibles, attendent la fin du repas. Éria est la dernière à terminer son dessert.
