Anna – N2M
Le N2M piloté par Sarah vient d’achever sa rentrée atmosphérique. Les réacteurs sont stoppés. Nous plongeons vers l’astroport. Question d’habitude, et de prudence, Lewis et moi sommes à notre poste dans le cockpit. Le ciel est dégagé, le site est en vue. Tous les paramètres sont corrects.
Je retrouve enfin la pesanteur terrestre !
« Atterrissage imminent ! » annonce Lewis.
“Déploiement des ailes”, apparaît sur la vitre du cockpit. L’appareil commence à vibrer…
“Inversion de poussée”, “Allumage des réacteurs”. Nous sommes aussitôt projetés vers l’avant. Les réacteurs hurlent, le vaisseau tremble sous la puissance du freinage…
« Coucou ! Bienvenue !
— Jade ! T’as senti ?
— Hello ! À tout de suite ! Nous vous attendons.
— Adam ! » Je sens monter les larmes aux yeux.
« Les deux ! » sourit Lewis. Son regard est aussi larmoyant.
L’appareil se pose en douceur…
« Température extérieure, 13 °C, annonce Lewis. 11 h 40, heure locale. Nous revoici sur Terre ! Qui l’aurait cru ?
— Ne vous attendez pas à un accueil triomphal, intervient Sarah. Vous arrivez dans le plus grand secret. »
Nous ne répondons pas. Lewis a déjà détaché son harnais. Il attend que j’en fasse de même et que je me lève la première. Ce que je fais… Je lui dépose un baiser furtif sur les lèvres, avant de sortir du cockpit… Mathias et Éria sont debout dans l’allée. Ils m’adressent une grimace d’affliction, sans un mot, tout en haussant les sourcils… Arrive le moment tant attendu, tant espéré, mais tant redouté depuis la disparition d’Ève ! Perthie est toujours assise, prostrée, les yeux hagards. Yves l’encourage…
« Viens, Chérie… On va retrouver Thomas. »
Elle soupire, croise mon regard… J’entrevois une étincelle d’espoir. Elle se décide, saisit les mains qu’Yves lui tend, et se lève.
Lewis a déjà déclenché l’ouverture du N2M. Un corridor vitré s’est avancé jusqu’à l’appareil.
« Allons-y ! » lance Lewis. Je le suis… La zone est déserte, pas une seule âme qui vive… Les seuls déplacements constatés sont ceux d’engins automatiques…
Le corridor débouche sur une salle de débarquement tout aussi déserte. C’est étrange, surréaliste : bien qu’il soit en parfait état d’entretien, l’astroport paraît désaffecté. Une pendule affiche 11 h 49… Nous prenons la direction de la sortie… et nous arrivons dans un vaste hall vitré éclairé par les rayons du soleil. Nos pas résonnent sur un dallage de marbre en damier ocre et gris-vert. L’une des baies donne sur un jardin extérieur luxuriant. J’ai l’étrange impression de débarquer dans un autre monde…
