Chapitre 6-30

Lisbeth Henning – Genève

Yan et moi avons rejoint la salle principale du Q.G. de sécurité. Nous sommes en compagnie de David, de Lukas, son second, et du personnel technique, Nina, la brune androgyne, Rahel, la rousse sportive, Sandro, le brun ténébreux, et Josua, le nerd boulimique.

J’ai pu transmettre un message d’avertissement aux délégations américaines et asiatiques. La délégation africaine est en déplacement à Jérusalem pour la commémoration du bicentenaire de la création de la Fédération Afrique Moyen-Orient. La délégation océanienne se trouve à Sydney, où elle assiste à un spectacle nocturne sur Botany Bay. Les services de sécurité se chargent de les prévenir d’une menace imminente ; j’ai préféré ne pas en dire davantage.

Tous les yeux sont rivés sur les écrans de contrôle qui diffusent et passent en revue les images muettes des nombreuses caméras qui quadrillent la ville. Sous un ciel opaque, laiteux, uniforme, d’un gris très pâle, tombent de légers flocons blancs… La métropole est calme, tranquille, presque assoupie. Derrière les écrans, elle semble silencieuse. Un répit avant un avenir plus qu’incertain…

Il est 13 h 19, lorsque Josua s’exclame : « Je détecte un signal ! » Il porte le stylet à la bouche et déplace vivement la main droite au-dessus de sa console. Des hologrammes apparaissent, des courbes, des graphiques, ainsi qu’une maquette de la ville, du lac et des montagnes alentour…

« Des ondes électromagnétiques, des infrasons ! précise Nina.

— Le spectre est caractéristique d’un système de propulsion, souligne Rahel qui désigne une forme vaguement pyramidale qui s’aplatit lentement. Il ralentit ! » Nous commençons à ressentir les vibrations…

Sur les écrans, qui commencent à trembler, nous assistons en direct à la métamorphose du ciel : il s’assombrit, et de funestes nuages noirs, boursouflés, tumultueux, apparaissent, parcourus de multiples lignes d’éclairs bleutés.

« Wow ! s’exclame Josua, le regard admiratif. Il faut une énergie colossale pour faire un truc pareil !

— La neige ! signale Lukas. Elle fond !

— Ouais ! » Nina désigne une courbe rouge ascendante. « Le rayonnement infrarouge est en augmentation.

— Il faut faire évacuer les rues ! lance David.

— Le système est HS, réplique Lukas.

— Y avait des sirènes… autrefois, indique Yan.

— Ouais ! répond Nina. Autrefois…

— Et si… réfléchit Josua qui mâchouille le pauvre stylet, en utilisant la rétroaction acoustique… Même si l’système est HS, j’peux m’servir de ses émetteurs et d’ses récepteurs… En amplifiant le son des émetteurs pour qu’il soit capté par les récepteurs…

— L’effet Larsen ! le coupe Rahel. La boucle formée produira un signal auto ondulatoire…

— Mais on risque de détériorer le matériel, précise Josua, les deux mains levées.

— Aucune importance ! Allez-y ! » La salle est soudain envahie d’images et de projections holographiques.

« Merde ! lâche Josua. Bouche bée, il en perd son stylet.

— Qu’est-ce qui s’passe ?

— Les affaires reprennent ! réplique Nina.

— Les réseaux ! intervient Rahel. Ils sont disponibles ! Les connexions se rétablissent !… Ça y est ! Nous avons les liaisons !

— Le système ?

— Il se charge… précise Josua. Moins d’une minute.

— Alors que tout le monde soit informé dès que possible ! Je n’veux voir personne dehors !

— Nous recevons IRI ! » indique Rahel.

Au cœur d’un hologramme noir, tournent lentement les trois lettres d’or de la chaîne… Un texte, qui apparaît en fondu enchaîné, commence à défiler… Il annonce un direct avec le délégué de la Fédération des Amériques, Juan Ortega… Le texte réapparaît… Les termes “dans un instant” ont été ajoutés.

Tandis que le vaisseau mère emnos se stabilise à quelques 710 mètres au-dessus du Léman, la journaliste Élona Calvi apparaît… L’hologramme s’élargit pour présenter le bureau ovale, Juan, et deux chroniqueurs… Dans notre malheur, Juan est au bon endroit, au bon moment !