15 Curitis 1254
Soixante-quatrième jour d’indépendance pour Élégi et moi. L’indépendance ! Un privilège des puissants ?… Eh bien, c’est tout à fait ce que je ressens depuis qu’Adar et sa flotte sont partis conquérir la Terre.
Un rendez-vous avec Élégi chaque matin, à 8 grefs précis, c’est la seule contrainte de la journée. Je la retrouve en salle des opérations de notre quartier général du mont Cherfa, le plus haut volcan de ce système. Ils le nomment mont Olympus. Nous l’avons débaptisé pour lui donner le nom de notre leader suprême. Notre Q.G. se compose d’une base martienne que nous avons déplacée pour l’implanter au cœur de la caldeira du volcan, à 10 400 exis d’altitude.
Nous n’avons même plus besoin de nous cacher, car le secteur n’est jamais visible de la surface, et nous contrôlons l’ensemble de leurs satellites. Nous devons cependant garder nos combinaisons hors de l’enceinte, car à cette altitude les températures sont extrêmes, et l’atmosphère irrespirable.
Je laisse, pour l’instant, l’entière gouvernance de cette planète à Élégi. Élégi qui a établi ses quartiers dans la ville de Syrtis Major, une cité en état de siège. Elle prend son rôle très à cœur et impose sa volonté par la force. Je ne suis vraiment pas convaincue que ce soit la meilleure stratégie à adopter face aux Humains.
Alors que la liste des captifs s’allonge, des captifs retenus sous état hypnagogique à bord de Tanacé 7, les Humains s’organisent et je sens monter une rébellion contre le pouvoir tyrannique d’Élégi. Je laisse faire, mon gref viendra…
Après notre entrevue matinale, je pars chaque jour visiter un nouveau secteur de Mars. Je circule seule, dans une navette martienne qui m’assure l’anonymat. De surface 3,2 fois plus réduite que Kriemn, sa morphologie et sa topographie sont très différentes.
Du fait que les Humains n’ont que depuis peu modifié l’atmosphère, les phénomènes classiques d’érosion n’ont pas encore eu le temps de prendre l’ampleur que nous connaissons sur les autres planètes. Ici, le relief est beaucoup plus marqué, profondément accidenté, heurté, très contrasté. C’est un fantastique terrain de découverte et je m’émerveille chaque jour. Je ne m’en lasse pas…
Eh oui… Je suis tombée sous le charme étrange de Mars… et de ses Martiens !… Les Humains ont une attitude très emnos, et ils ne sont pas tous nains ! Ceux nés sur cette planète ont pratiquement notre taille. En plus d’une peau colorée, les mâles disposent d’attributs pileux que je trouve très sexy…
Je me donne jusqu’au 23 Phanis, encore 31 jours, pour choisir mon lieu de villégiature. D’ici là, je garde mes quartiers sur Tanacé 2. Une fois sur place, je prendrai des serviteurs Humains… L’attente est délectable, elle excite ma curiosité, mes fantasmes, mais il ne faut pas qu’elle soit trop longue et débouche sur de la déception. Les plaisirs solitaires… je commence à m’en lasser. Mais je ne peux me permettre, avec ma position hiérarchique, de fricoter avec des subordonnés.
Je viens de quitter la salle de navigation de Tanacé 2, où j’ai donné mes consignes pour la journée. De simples observations puisque nous sommes en contact permanent. Je me dirige vers le hangar dans lequel est garée ma petite navette martienne… Je suis respectueusement accueillie par deux techniciens qui me lisent, à voix haute, la check-list des contrôles de l’appareil. L’état de la structure, le fonctionnement des volets, du train d’amarsissage. La puissance des moteurs, les systèmes électroniques, le pilote automatique. Le dispositif de secours d’urgence, un système que nous avons rajouté, la liste des vivres à bord. Et notre distance par rapport au Q.G. du mont Cherfa. Plus de treize étadexis ce matin ! Je vais devoir faire vite pour ne pas arriver en retard !
