Mathias – Hambourg
La rame sort du tunnel, la nouvelle station apparaît. Le métro, bondé à cette heure, ralentit fortement, il arrive à quai… Les portes s’ouvrent, libérant le flot impersonnel des voyageurs qui se croisent. Ils descendent, montent, sans un mot, sans un regard, sans un sourire… J’avais oublié cette froideur apparente. Je ne vais pas m’éterniser ici. La rame redémarre, encore deux stations avant l’aéroport. Papa nous a vraiment fait peur, mais les médecins assurent qu’il va s’en remettre. Ce ne sera pas pour cette fois… Mon Triad 9 vibre… Je le sors du sac à bandoulière que je tiens sur les cuisses… Un appel entrant d’un certain… Franck Albert ! Ça par exemple ! Un ancien collaborateur, un revenant ! Je n’ai pas eu de ses nouvelles depuis… depuis une éternité ! C’était dans une autre vie où j’étais architecte. Tout ça me paraît si loin !
Je déploie l’écran souple, et découvre le visage anguleux de Franck, vieilli, raviné ! Comme si le temps s’était précipité pour lui creuser de profondes rides. On dit parfois “il n’a pas pris une ride”, là je dis “il a pris un sacré coup d’vieux” ! Le métro s’arrête à nouveau…
« Franck ! Bon sang, Franck ! Eh ben ! Depuis l’temps ! Ça m’fait plaisir de t’revoir ! Qu’est-ce que tu deviens ?
— Mathias ! Bonjour Mathias ! J’ai su que t’étais à Hambourg… » Sa voix est poussive, fatiguée. Ce n’est pas le Franck que j’ai connu, celui qui respirait la joie de vivre, l’ambition, l’énergie du défi, la santé… Celui que j’ai à l’écran transpire la tristesse, l’austérité, une certaine nostalgie, les contrariétés, les soucis…
« Oui, Franck. Je suis d’passage.
— Je vois qu’tu vas à l’aéroport ?
— Tout à fait. Alors ? Qu’est-ce que tu deviens ?
— Écoute… Ça m’ennuie de t’demander ça… Mais quand j’ai su qu’t’étais dans l’coin…
— Oui ?
— Bon… Je n’vais pas y aller par quat’ chemins. J’ai un service à te d’mander…
— Un service ? Tu sais qu’je n’suis plus en activité ?
— Oui… Mais j’aimerais avoir ton avis sur un dossier. Un simple avis consultatif. » La rame redémarre, une station avant l’aéroport. Si Franck a besoin de moi, je ne peux refuser de l’aider. C’est inenvisageable. « Alors de quoi s’agit-il, Franck ?
— On m’a confié la réalisation d’un projet pharaonique ! En m’assurant qu’j’étais le meilleur… Mais là… j’me sens dépassé.
— Dépassé ? Toi, Franck ?
— Oui !… Écoute, j’t’envoie l’dossier, l’étude de faisabilité, l’avancement des travaux.
— O.K.
— J’te réserve une place sur le prochain vol pour Berlin. Un départ à 15 h 38. T’as juste le temps.
— Wow ! Si vite ?
— J’annule ton aut’ vol… C’est fait ! T’arrives à 16 h 02. J’te retrouve là-bas. À tout d’suite ! Merci Mathias ! »
Les fichiers se chargent sur le Triad… Je réduis l’écran, range l’appareil. Tout ça me paraît un peu précipité… Franck, toujours aussi rapide et efficace. Heureusement que l’imprévu fait partie de mon quotidien… Nouvel arrêt. Je descends à la prochaine station.
« Veuillez m’excuser… Monsieur Hayden… » m’interpelle ma voisine, une femme âgée vêtue d’un manteau noir sur une longue robe blanche. Elle pose, à ma grande surprise, une main pâle, fripée, mais impeccablement manucurée, sur ma cuisse. « J’ai… bien malgré moi, suivi votre conversation… » Son regard vert est étrange, pénétrant, hypnotique.
« Vous allez penser que tout ça ne me regarde pas… » Elle a une grimace énigmatique. « … mais… à votre place… je n’irais pas à Berlin.
— Pardon ? » La rame repart… J’ajuste la bandoulière de mon sac.
« Ne modifiez pas votre programme », ajoute-t-elle avec un étrange sourire bienveillant.
Mais de quoi se mêle-t-elle ? Le métro ralentit, je me lève.
« Au revoir Madame. » Je sors de la rame…
Elle m’a appelé Monsieur Hayden ! Mais Franck n’a pas mentionné mon nom ! Alors comment le connaît-elle ? » Je fais volte-face au moment même où les portes se referment. La rame redémarre. Je la cherche d’un regard affûté, rapide… sans la trouver. Le métro disparaît, emportant avec lui la femme mystérieuse…
*
Je n’ai pas eu une seule minute d’attente à l’aéroport ! Ce n’est donc qu’une fois assis dans le fauteuil réservé par Franck que j’ai pu prendre connaissance du dossier…
Le site retenu se trouve dans le quartier de Grunewald. Sur la rivière Havel. Entre une crique et l’île de Lindwerder. Je connais bien le secteur. Je m’y suis souvent baladé.
Le nom du concepteur me met au parfum : Kardayan Kor Axef ! Un Emnos ! Le projet, nommé “Emnoscient”, a pour dessein de faire connaître aux humains les spécificités emnos. Le projet, visiblement très ambitieux, d’un musée des sciences et sociétés emnos. Emnoscient promet une expérience unique… Et je veux bien le croire, au vu du plan tridimensionnel !
L’édifice se compose de deux parties principales. La première sort de la rivière : une main, la paume ouverte vers le haut, les cinq doigts tendus composant les sommets d’un pentagone régulier. La seconde partie lévite en apesanteur au-dessus des cinq doigts ! Elle a la forme d’une goutte d’eau inversée, la pointe vers le bas.
Je comprends que Franck soit dépassé… et je crains de ne lui être d’aucune utilité…
La navette ralentit déjà ! Nous arrivons à l’aéroport Berlin-Tegel. Berlin ! Un retour aux sources, après tant d’années… Le Triad, posé sur la tablette devant moi, vibre :
« Bienvenue à Berlin, Mathias. Je nous ai réservé un salon de réception. » J’ai envie de lui dire que ce n’est pas la peine.
« Je te retrouve dans le hall des arrivées.
— À tout de suite. » Je sens que je vais le décevoir. Contrarié, je replie l’écran et glisse le Triad dans le sac. La navette atterrit… Je ne suis pas pressé. Perdu dans mes pensées, je laisse les autres passagers descendre avant de me lever… Mais qu’est-ce que je fais ici ? Et que vais-je bien pouvoir lui dire ?
Le hall est en vue. À la recherche de Franck, je jette un œil aux alentours… et croise le regard d’une jeune femme brune. Je suis surpris de la voir me fixer avec une telle insistance. Elle grimace, une grimace de mécontentement, de désapprobation, et fait non de la tête ! Je ne la connais pas. Ce regard ne m’est pas destiné. Je jette un bref coup d’œil en arrière, mais il n’y a personne derrière moi.
« Mathias ! » Franck arrive à pas pressés. Il lève la main droite et m’adresse un sourire fatigué. Je lui réponds… Son visage est creusé, marqué par les ans. Je n’ai pas l’impression d’avoir autant vieilli… Peut-être, sûrement même, n’est-ce qu’une impression. Nous nous serrons affectueusement la main.
« Bonjour, Franck… J’ai jeté un coup d’œil sur ton chantier…
— Oui, et ? » Il a l’air enthousiaste.
« Et je pense que c’n’est pas à moi qu’tu dois faire appel.
— Tu connais les Emnos ?
— Oui… Mais je n’suis pas qualifié pour éclairer ta lanterne. T’en es où dans l’avancement des travaux ?
— Viens, suis-moi. » Il m’entraîne à l’abri de la foule.
Une hôtesse, Rieke Wickmayer indiqué sur son badge, une grande brune à l’air un peu revêche, nous attend devant une cage d’ascenseur. Elle nous conduit jusqu’au salon que Franck a réservé. Une petite pièce sans fenêtre avec des banquettes beiges, une table ronde vitrée au plateau noir, un bar et un accès à des toilettes. Rieke nous propose à boire… En l’honneur du bon vieux temps, Franck et moi choisissons du Sauerkirschenfeuer de Mast-Jägermeister, une liqueur de griotte…
L’hôtesse s’éclipse… Franck s’approche de la table vitrée et demande une liaison holographique avec ses dossiers personnels… La liaison aussitôt établie, il choisit le dossier Emnoscient et fait défiler des schémas et photos tridimensionnelles des étapes du chantier. Le barrage de la rivière, l’assèchement du site… Les travaux de terrassement : une gigantesque excavation pentagonale prolongée à ses angles par cinq tranchées longitudinales. Les fondations… La mise en place de la technologie antigravitationnelle emnos, une technologie que Franck m’explique en détail : un champ magnétique rotatif tourne à une telle vitesse, qu’il déforme l’espace à l’inverse de la gravitation. De ce fait, il diminue la courbure spatiotemporelle de la gravitation environnante au champ tournant… Tout ça m’aurait, autrefois, passionné, mais je n’ai plus la foi. Je ne l’écoute que d’une oreille distraite… Le montage des planchers, l’assemblage du fantastique polyèdre qui constituera le musée, ainsi que l’édification des cinq piliers. Dressés au bout des pistes, ils sont reliés au polyèdre central par un système de rails.
« Les achions sont montés et… » Voyant mon air perplexe, Franck précise.
« Les cinq piliers, les stabilisateurs antigravitationnels. La main ne sera qu’l’habillage de la technologie.
— Je devine.
— J’en suis à l’étape cruciale.
— C’est-à-dire ?
— La mise en route du dispositif. Les piliers devraient se rapprocher du polyèdre, qui lui… devrait s’élever. Mais j’hésite. Le doute me ronge, et ça fait plusieurs jours que je retarde cette mise en route. Je subis les pressions des autorités pour accélérer les travaux, mais j’aurais aimé la présence de physiciens emnos à mes côtés.
— Ils ne sont pas avec toi ?
— Ils sont tous sur Mars pour le dixième anniversaire du jumelage Syrtis Major – Kor Saria. Ils ne s’ront pas d’retour avant deux semaines !
— Et si, au lieu d’discuter, on allait voir le chantier ? » Je vois son regard s’éclairer.
« Ça t’dirait ?
— Allons-y ! »
À bord de l’hydrogyre de Franck, il nous faut moins de trois minutes pour parcourir les quelque onze kilomètres qui nous séparent du site. D’impressionnantes palissades, remparts d’acier d’un autre âge, sont dressées autour du chantier. C’est un ouvrage contre nature… protégé de la nature. Et le spectacle est encore plus impressionnant que sur les photographies ! Même si le chantier paraît abandonné. Les machines sont à l’arrêt, et des bâches recouvrent ce que je devine être les piliers… les achions, et l’énorme volume sphérique central.
Franck nous pose à l’intérieur de l’enceinte fortifiée. Près d’un baraquement d’où sortent deux personnes vêtues de combinaisons blanches et de casques. Ils nous accueillent et se présentent, Kadri Rebane, une blonde aux yeux bleus à la voix teintée d’un accent slave, et Min Limwoo, un Asiatique. Tous deux jeunes collaborateurs de Franck. Nous entrons dans un vestiaire pour enfiler la tenue de rigueur. La combinaison blanche, les bottes et le casque. Je ne participe pas à leur conversation. Un échange très technique. La relève est assurée. Un sas nous mène à la salle des opérations, une pièce circulaire sombre au centre vide. Cinq pupitres sont disposés sur le pourtour. Les fauteuils sont tous dirigés vers le cœur de la pièce.
« Vous n’êtes que tous les trois ?
— Ces jours-ci, oui, répond Franck. Nous fonctionnons en effectif réduit depuis qu’j’ai décidé de stopper le chantier. » Franck hoche la tête et les deux jeunes s’installent chacun derrière un pupitre.
« Si j’ai bien compris… vous êtes prêts pour un premier essai ?
— Oui ! » L’éclairage indirect du plafond diminue. Un hologramme apparaît au centre de la pièce… Il présente l’ensemble du site. L’extérieur, filmé par des caméras, et la partie souterraine figurée par des schémas techniques extrêmement détaillés.
« Et qu’est-ce qui vous empêche de faire un test ?
— Moi, répond Franck.
— Qu’est-ce que tu risques ?
— Que la sphère s’élève… pour retomber sèchement et que tout soit à recommencer.
— Les autorités te réclament un essai ?
— Oui.
— Alors, tu les préviens… et tu te décharges des responsabilités. Que tu sois couvert si ça tourne au vinaigre… »
Il grimace, mais je vois bien qu’il n’attend que ça. Je ne suis là que pour le convaincre de poursuivre.
« Il vous faut combien de temps pour préparer une séquence de tests ?
— L’enlèvement des bâches, répond Kadri, le déclenchement du compte à rebours…
— Six minutes, complète Min.
— C’est possible… à deux ?
— Oui. Tout est automatisé », précise Kadri. Je m’adresse à Franck : « Alors ?
— Je préviens les autorités ! »
*
Franck a reçu l’aval de ses commanditaires… Ce qui n’a pas l’air de l’enchanter, plutôt même de l’embarrasser.
« Bon… On est quand même… en effectif… plus que réduit. » Franck fait une nouvelle grimace de contrariété. Il attend que je le pousse.
« Ça servirait à quoi d’être plus nombreux ? Si tout est automatisé ? Et je suppose que les caméras retransmettent l’évènement en direct ? Au moins pour ceux qu’ça intéresse ?
— Tout à fait, réplique Min.
— Alors, c’est parti ! » décide Franck.
Min et Kadri enclenchent des mécanismes… Je vois sur l’hologramme que les bâches se retirent… Surpris, je découvre un sol couvert de balles rouges, jaunes et bleues. Franck lance la procédure… et des caractères emnos jaunes apparaissent sous l’hologramme… Des caractères qui défilent…
Mes trois compagnons affichent un même air dubitatif… J’espère qu’ils connaissent la signification du message !
La représentation du cœur du dispositif souterrain vire au bleu et se met à clignoter… À son tour, l’énorme anneau qui entoure la technologie change de couleur pour devenir vert.
De nouveaux caractères apparaissent, et il me semble entendre un sifflement. Je déglutis, mais le bruit s’accentue… et se métamorphose en un chant étrange et lancinant ! Composé de gammes montantes et descendantes, on dirait qu’il cherche à s’accorder…
Moi je ne suis là qu’en tant qu’invité, simple spectateur… Ce qui m’inquiète, c’est que Franck, Min, comme Kadri, ont plus l’air d’observateurs que d’acteurs confirmés… J’ai la désagréable impression de les voir jouer aux apprentis sorciers avec cette machine infernale qu’ils n’ont pas l’air de maîtriser ! Et si tout cela tournait mal ? C’est quand même moi qui les ai poussés… J’ai forcé Franck à faire le test…
L’anneau vert vire au bleu et se met aussi à clignoter.
« Distorsion du continuum spatiotemporel, annonce une voix féminine. Anomalie gravitationnelle.
— C’est… normal ?
— Oui ! C’est l’but, réplique Kadri, avec un air qui se veut rassurant.
— Alors… » Sur la partie retransmise par les caméras, je vois le sol vibrer et les balles bleues se soulever en périphérie pour former une ceinture autour du site !
« Pourquoi les balles bleues ?
— Leur densité est plus faible, répond Franck. Les jaunes s’élèveront ensuite, puis les rouges… Si tout s’passe comme prévu.
— Cela nous permet de visualiser le champ gravitationnel », précise Min.
Les balles bleues s’accumulent en périphérie. Elles forment une enceinte de plus en plus haute, lorsque les balles jaunes commencent à s’animer, comme aspirées par l’agrégat bleu…
Sur l’hologramme, de nouveaux caractères emnos apparaissent près de chaque achion. En glissant très lentement sur les rails, les piliers entament leur approche du volume central… Ils entraînent l’anneau de balles bleues qui voit son diamètre rétrécir en même temps qu’il se transforme en tore… Les balles jaunes s’agglomèrent à l’intérieur du tore… Et les balles rouges viennent compléter le volume central !
Le volume tricolore entre en contact avec le polyèdre. Il l’épouse, et s’élève… pour former un dôme aplati… À son tour, le polyèdre s’élève lentement…
« Ça fonctionne ! » s’exclame Min, l’air surpris, comme s’il en doutait ! Encore heureux que cela fonctionne !
Les achions s’immobilisent. Stabilisé, le polyèdre flotte en apesanteur ! Les balles colorées matérialisent maintenant une cloche qui coiffe le dispositif. Sur l’hologramme, l’ensemble de la machinerie a viré au bleu… et clignote.
Les communications s’abattent sur les écrans ! Des personnalités de tous bords, des scientifiques, les donneurs d’ordres de Franck, les autorités berlinoises…
Moi qui pensais que nous étions seuls ! L’enthousiasme est général et les messages de félicitations pleuvent… Le premier magistrat berlinois nous invite à fêter l’évènement à l’hôtel de ville…
Festivités, mondanités, ne me disent plus rien. J’ai eu mon compte et je préfère retrouver mes petites occupations.
« Merci, Mathias. Sans toi, j’aurais attendu les Emnos.
— J’t’en prie… Tu m’reconduis à l’aéroport ?
— Comment !? Tu veux nous quitter ? Là ? Comme ça ? Pas question ! Tu vas venir fêter ça avec nous ! »
Franck ne me laisse pas le choix. Je ne peux que hausser les épaules. Min et Kadri quittent leur poste.
« Vous ne stoppez pas les machines ?
— Non, répond Kadri. Une fois mises en route, elles ne peuvent être stoppées.
— Ah ? Et si elles tombent en panne ?
— Une machine en panne ? Le concept n’est pas envisageable chez les Emnos », sourit Franck.
Nous nous changeons avant de sortir du baraquement… Nous sommes à l’extérieur du volume concerné par la modification du champ gravitationnel, et pourtant notre espace s’est modifié !
L’air empeste l’ozone et les oreilles sifflent ! Je n’ai pas besoin de regarder le dôme de balles colorées et le polyèdre flottant, menaçant, pour deviner qu’il se passe quelque chose d’anormal.
Nous montons tous les quatre à bord de l’hydrogyre de Franck. L’appareil décolle, puis s’élève lentement jusqu’au niveau supérieur du dôme. À la demande insistante de Min et de Kadri, Franck s’approche de la surface bombée qui ondule et se déforme.
Moi qui n’ai ni le mal de mer ni le mal de l’air, je me sens pris de vertiges, de nausées ! Des turbulences se font aussitôt ressentir !
Je crie : « Dégage de là ! »
Franck entame une manœuvre d’échappement, mais le moteur patine ! L’appareil pivote, il perd l’équilibre et se retourne !
Dans un craquement infernal, la coque de l’engin se brise ! Une lame, l’une des deux hélices, vient décapiter mon jeune voisin asiatique ! Je ferme les paupières…
« Ah ! » Je me redresse brutalement… dans l’obscurité…
« Lumière ! » lance la voix d’Éria. Ébloui, je plisse les paupières… et c’est avec un soulagement intense que je retrouve… la réalité : Saint-Malo ! La chambre d’hôtel !
« Wow ! Je viens d’faire un sacré cauchemar !
— Pourtant tu semblais… dormir paisiblement. D’un sommeil sans rêves… Je suppose que tu t’es vu mourir ?
— Hein ? Comment tu l’sais ?
— Parce que… j’ai fait un rêve équivalent. C’était notre futur. Un avertissement. Est-ce que t’as rencontré une femme brune ?
— Une femme brune ?… Le métro ! Ah oui.
— Not’ petite-fille.
— Quoi, not’ petite-fille ?
— C’était not’ petite-fille. »
Le métro ! Le hall de l’aéroport ! La jeune femme ! Ce même regard vert pénétrant !
