Mathéo Carpigiani – Yulara Australie
Je suis réveillé par une étrange agitation… avec l’impression d’être en mouvement ! J’ouvre les paupières… Les rideaux occultants laissent passer la lumière, une lumière blanche, éclatante. Le lustre se balance ! Le Triad 7 trépide sur le chevet…
Le Triad 7 est un appareil nomade de dernière génération.
… des affaires s’agitent, le matelas bouge ! Et j’entends de sinistres grondements ! Un tremblement de terre ! La tablette alphabet de Juliette tombe… comme son puzzle souvenir acheté la veille…
« Mon cœur ? Qu’est-ce qui s’passe ? me demande Laura qui se redresse.
— Je n’sais pas… Un tremblement de terre ? »
Les chiffres digitaux du chevet sont éteints.
« Mais qu’est-ce que c’est qu’cette lueur ? » s’étonne Laura. Je repousse les draps et me lève. Le sol vibre sous mes pieds !
« Papa ?… C’est quoi ? questionne Juliette d’une petite voix inquiète. J’ai peur… » Elle se redresse dans son lit.
« Papa va voir, ma puce. » Je passe une chemisette et m’approche de la baie vitrée. J’écarte un rideau… et découvre un spectacle hallucinant ! Le ciel est blanc, éblouissant, plus lumineux qu’en plein jour ! Les buissons fleuris, les palmiers, sont secoués dans tous les sens, et l’eau de la piscine s’agite ! Des pensionnaires de l’hôtel, des touristes, comme nous, sortent de leur chambre en peignoir, en chemise de nuit, l’air hagard… Ils lèvent la tête, regardent le ciel, les mains devant leurs visages blêmes. L’un d’eux filme la scène. Une déflagration vient s’ajouter au vacarme ambiant !
« Papa ! » Juliette pleure. Je vais aussitôt la prendre dans mes bras…
« T’inquiète pas ma puce, c’est comme dans un manège ! » Je lui souris, la confie aux bras tendus de Laura, et saisis le Triad pour regarder l’heure : 4 h 19 !
« J’vais voir c’qui s’passe.
— Fais attention, mon cœur !
— T’inquiète… » J’entrouvre doucement la baie… Une forte odeur de soufre, de poudre, flotte dans l’air. Je me glisse à l’extérieur et me hasarde sur la terrasse commune qui ceinture la piscine. L’air atterré, les voisins d’en face désignent le ciel au-dessus de ma tête. Je m’empresse de les rejoindre et vois le ciel blanc se couvrir d’épais nuages menaçants ! Des nuages gris cendré, boursouflés, se déplacent à grande vitesse ! Ils viennent vers nous !
« Rentrez ! Rentrez vite ! » braille un grand blond frisé. Un homme de la quarantaine, avec une chemisette à carreaux sur un short rayé. Il vient d’apparaître devant l’entrée de l’hôtel.
« Ne restez pas à l’extérieur ! Allez vous mettre à l’abri ! »
Je cours m’abriter dans notre chambre, et referme la baie… juste à temps ! Dans un hurlement de tempête, un nuage de poussière frappe l’hôtel ! Des poussières grise, ocre, rouille… et les tremblements cessent… Derrière la vitre, je suis surpris par un gigantesque flash rouge qui me fait reculer ! Et les tremblements reprennent de plus belle ! Et le ciel se colore d’étranges lueurs orangées ! Un spectacle de fin du monde…
« Mais qu’est-ce que c’est ? Qu’est-ce qui s’passe ? » me demande Laura. Je ne peux que hausser les épaules… Une violente explosion est suivie de sinistres roulements de tonnerre… Plus de deux minutes après le flash… Le phénomène se serait-il produit à une quarantaine de kilomètres ? Les lueurs célestes s’estompent, les tremblements cessent… à nouveau… lorsqu’un bruit strident surgit ! Et les lumières de l’hôtel s’allument ! Les chambres, le hall d’entrée, comme les bornes poussiéreuses de la piscine. Je me retourne pour voir Juliette, éblouie par les lampes qui viennent de s’allumer, se blottir contre la poitrine de sa maman. Le réveil, qui indique “00 : 00″ passe à “04 : 48″… Le bruit strident disparaît…
Je rouvre la baie… L’odeur est affreuse, lourde, âcre. Une importante couche de poussière recouvre l’hôtel. La terrasse, le mobilier extérieur, les plantes… Elle forme un film boueux à la surface de la piscine. J’ai l’impression d’être sur Mars, après le passage d’une tempête… Et si le nuage était toxique ? Et s’il y avait des radiations ?
