Chapitre 5-70

Ève

Je me suis introduite dans le bâtiment des transports, et je suis descendue au second sous-sol. Je me suis tapie dans un recoin d’une réserve sombre, entre de hautes étagères métalliques garnies de caisses noires. Personne ne viendra me chercher ici.

Je me suis élevée… suis sortie de l’édifice… pour fuser vers la résidence Margov, toujours en flamme… J’ai ensuite bondi au sommet de l’aiguille qui couronne la tour Kepler…

Une quarantaine d’Emnos traverse le quartier résidentiel de Nili Patera. Ils se rapprochent de la zone de combat. Les renforts ! Ils vont passer près du centre hospitalier. Je m’élance pour m’immobiliser près de l’angle ouest du centre… Contre toute attente, les abords de l’hôpital sont déserts… De ma position, je vais pouvoir examiner les Emnos un à un. Si l’un d’eux porte un liseré argenté, ce sera Élégi… Ils se rapprochent… Je n’ai pas besoin de chercher le liseré argenté pour deviner qui, en bon général, s’élance dans la bataille à la tête de ses troupes. Le premier Emnos est voûté et sa démarche boiteuse…

Je descends, en courant d’air, me positionner à quelques mètres devant elle… Elle s’approche d’un pas décidé… Ne voit-elle pas une ombre qui lui barre la route ?… Elle fonce droit vers moi… Trois mètres nous séparent, deux mètres, un mètre…

Elle entre en contact ! Je me glisse en elle… Elle sursaute ! et tombe ! terrassée par une attaque. Les gardes se précipitent sur elle, trois s’accroupissent et l’un d’eux retire le casque d’Élégi… Je quitte son corps sous forme d’ectoplasme… ce qui fait instinctivement reculer les Emnos. L’un d’eux tend une main comme s’il cherchait à m’attraper…

Au contact, il crie ! recule aussitôt son bras ! braille quelques mots ! saisit son arme de poing et tire sur moi… Je me précipite sur lui, le traverse, puis les pénètre l’un après l’autre… allant et venant d’Emnos en Emnos, en un mouvement ample de balancier… Certains perdent connaissance, les autres s’enfuient, affolés… Seuls deux gardes restent au chevet de leur leader.

Élégi songe à un ciel d’orage jaune-orangé encombré d’obscurs nuages… Une mer grisâtre aux reflets émeraude… Des côtes rocheuses découpées… d’un continent… ou d’une grande île noire… avec une étrange végétation bleu sombre…

« Pourquoi… les troupes d’Assibir… ne viennent-elles pas… nous porter assistance ?

Elles ne viendront pas… Élégi.

Qui ?

C’est moi… Ève… l’ange de Zand.

Argh ! »

Elle se voit planer au-dessus d’un labyrinthe de canaux, de bassins géométriques, emplis d’une eau carmin. De l’eau colorée ? Du sang ?… Des alignements de statues d’Emnos se dressent le long des digues. Les eaux rouges sortent de deux voûtes semi-circulaires de la façade d’un temple, aux colonnes d’albâtre, rehaussé de pinacles et de coupoles bleues, vertes, chromées et dorées… Elle pénètre dans le temple, franchit une galerie aux colonnes monumentales, et s’enfonce dans une salle profonde, l’origine des eaux carmin… Des sphères rouges flottent, comme en apesanteur… elles s’élèvent doucement et se séparent en deux courants. Elles proviennent d’un puits extraordinaire où plonge Élégi… Elle traverse la source, tourbillonne, jusqu’à débarquer à l’intérieur d’une gigantesque sphère rouge sombre parcourue de veines changeantes qui dessinent d’étranges formes blanches… Une créature difforme flotte au milieu de la sphère… Une espèce de monstre à la figure de cauchemar reconstituée ! Les images s’évanouissent… Élégi s’éteint… Les deux gardes tentent de la ranimer… je les quitte pour me diriger vers la zone de combats…