Chapitre 4-01

4.0.0

Univers Fèch

Galaxie Amal Tyrh

Système stellaire binaire d’Aporéa – Énoria

Torakis, quatrième planète d’Aporéa

 

Les Oraks sont les représentants de l’espèce dominante de Torakis. Ils sont bipèdes, trapus, massifs, et ils ont la peau sombre, profondément ridée. Leur tête est en forme de poire, le crâne aminci au-dessus des arcades sourcilières, et la base du visage large. Ils ont deux grands yeux ronds, noirs, un nez plat et une bouche aux lèvres épaisses. Leurs deux mains, à quatre doigts boudinés, ont un pouce opposable. Détailler leur dimorphisme sexuel n’est pas évident, car leur corps est caché par un accoutrement métallique complexe d’anneaux, de boucles, de crochets, de chaînes, de bracelets et de colliers. Comme s’ils souhaitaient entrer en osmose, faire corps, avec le métal. Ce sont d’ailleurs des experts en génie des matériaux et métallurgie.

 

Nous sommes au fond d’une mine. Dans une galerie étroite creusée dans une roche sombre. Un photophore octogonal diffuse un éclairage jaune. Raköl, un Orak, est perceur, un mineur chargé de creuser les galeries. Sur Terre, nous sommes en 1732.

Raköl – Torakis

Il paraît qu’à chaque jour suffit sa peine… alors je pense que j’ai assez creusé pour aujourd’hui… Les wagonnets que j’ai remplis, et mon dos… peuvent en témoigner ! J’ai largement dépassé mon quota. Je retire les gants de forage, masse mes poignets endoloris, et le bas du dos… Je me sens las… mais las ! Mais j’éprouve aussi une sorte de bien-être, la satisfaction du devoir consciencieusement accompli. Et pourtant la masse métallique au fond de la galerie me nargue encore ! Le filon, sous l’île, est si riche, si pur ! Il paraît inépuisable.

« Tu… ne… m’auras pas ! La, la… la, la, la ! semble-t-il chanter.

Eh bien c’est ce qu’on va voir ! »

Sa voix est sourde, caverneuse, le timbre guttural.

Allez ! Un dernier effort ! Je renfile les gants, ajuste mes huit doigts, et me remets au travail. Je gratte, gratte, gratte le métal, enlevant les ébarbures, raclant les copeaux, jusqu’à entendre un bruit strident, criard. Je stoppe un instant, avant de redonner un coup de gant. Une même sonorité acérée, aiguë. Ce n’est plus du métal que je gratte, mais une roche vitreuse noire !

Aurais-je atteint l’extrémité de la veine ? Je vais chercher le photophore, et l’approche pour examiner la roche… qui renvoie mon reflet déformé. Le bijou de septum et les quatre anneaux nasaux, le V frontal formé par l’enfilade de pointes, les anneaux spirales tour de bouche, bouche que j’ouvre grand pour admirer mes dents de métal brillant.

*

Je n’ai parlé à personne de ma découverte. La nouvelle se serait répandue comme un nuage d’understrup !

L’understrup est un minéral noir riche en carbone, fer, magnésium et strontium. Il réagit violemment à l’oxydation en dégageant d’importantes quantités de chaleur et d’impressionnants nuages de fumée rouge.

Je suis certain que les élus n’auraient pas hésité, un seul instant, à m’évincer pour s’approprier la découverte. Cela fait donc plusieurs jours que je m’obstine à percer, seul, le mystère de cette roche vitreuse… Et je crois que ma patience, ma persévérance, vont être récompensées, car j’ai trouvé… quelque chose… d’extraordinaire !

J’ai creusé une longue galerie horizontale surprenante. Lorsque je la parcours, le photophore à la main, d’étranges reflets m’accompagnent. À l’intérieur même de la roche, des ombres mouvantes s’agitent et se tortillent ! J’ai l’impression que les parois sont habitées par les spectres des anciens qui me suivent et m’observent. Mais le plus incroyable se trouve au plus profond du tunnel. Hier, je me suis arrêté de piocher en apercevant d’étonnantes réverbérations irisées. Des lueurs roses, bleues, fabuleuses, irréelles, qui se déplacent dans la roche ! Elles vont et viennent, comme bercées par les émanations d’un souffle divin ! Aujourd’hui, je me lance vers l’inconnu : je prolonge le tunnel vers les lueurs.

Je pioche comme un forcené, poursuis mon ouvrage sans relâche, jusqu’à rencontrer… du vide !

Jaillissant de la cavité, un faisceau de lumière auréole la tête de mon outil et illumine la galerie ! Je retire prudemment le pic, risque un œil vers l’origine du halo, et me recule illico pour tousser et cracher ! Une forte odeur, âcre, irritante, me pique la gorge et me brûle les yeux.

La tête me tourne, le cœur bat la chamade, mais cela ne m’empêche pas d’enfiler les gants de forage. Je vais agrandir la fente pour voir ce qu’il y a derrière. La première inhalation passée, le gaz est finalement supportable.

Je découvre une vaste grotte aux parois recouvertes de cristaux gros comme deux poings. Une immense géode saturée d’extraordinaires vapeurs éthérées roses et bleues ! Des lumières magiques qui bondissent et rebondissent de cristal en cristal. Éclatantes, pétillantes, elles sautillent, pulsent, dansent… Mais le plus extraordinaire, la merveille des merveilles, c’est cet incroyable cristal, gigantesque, qui occupe le cœur de la géode ! Il ne repose… sur rien ! Il flotte… en lévitation !

Raköl vient de découvrir un icosaèdre stabilisateur temporel.

Je pose un pied prudent à l’intérieur de la géode, teste la résistance des cristaux, et avance à pas comptés… Les lumières réagissent ! Comme d’étranges lucioles, insaisissables, curieuses, inquisitrices, elles m’entourent et m’enlacent… Et le cristal central ! Le tout-puissant maître des lieux m’appelle ! Je ne sais ni comment ni pourquoi, mais il m’appelle ! Et ce n’est pas un appel, c’est une injonction, une sommation ! Je dois m’approcher ! Je le dois !

Et je m’en approche, même si je sais que je ne devrais pas ! Je ne devrais pas, mais je ne peux résister… Ses faces iridescentes me renvoient d’étranges images d’Oraks de tous âges… Je dois toucher ce cristal ! Je dois le toucher ! Il faut que je le touche ! Il le faut !

Je retire le gant droit et présente la main, paume ouverte, les quatre doigts écartés… Ma main, nimbée de lumières scintillantes, avance vers le cristal… et le touche !

*

Aspiré par un violent tourbillon, j’ai eu l’impression de partir en fumée, de me dissoudre. J’ai vu ma vie défiler, et celle de mes descendants. Ce cristal ouvre les portes du temps !

J’ai vu mon peuple ployer sous le joug d’ignobles “élus”. J’ai entendu les menaces, les ultimatums, proférés par ces immondes usurpateurs. Je les ai vus, ces “élus” oppresseurs, devenir tyranniques, hostiles, cruels. Ils ont sacrifié des générations au nom du devoir ! J’ai vu les miens souffrir et mourir sous des atrocités et des violences qu’aucun mot ne peut décrire…

Et j’ai vu des êtres de lumière descendre du ciel. Six êtres aux pouvoirs extraordinaires. Des anges envoyés par un dieu tout-puissant. Zand ! Zand Er Oprah ! Six anges venus sur Torakis pour combattre les faux dieux et engendrer l’apocalypse ! La fin de l’âge des dieux oraks, la fin de l’esclavage. Une apocalypse annonciatrice d’une renaissance, d’un nouvel âge, l’âge de la connaissance, de la prospérité, l’âge des Anges.