2.1.1
Galaxie Éra Myth
Système binaire de Soul Alsum et Rahav Nor
Soléna, deuxième planète de Rahav Nor
Sous un ciel abricot, baignant dans la douce lumière d’un soleil d’or, une chaîne de montagnes majestueuses émerge d’un océan d’épais nuages roux et cuivrés. Leurs pics acérés, d’une beauté sauvage, semblent défier les cieux. Sur l’une des parois rocheuses, sombre et abrupte, une profonde fissure zèbre la surface comme une cicatrice laissée par un ancien cataclysme.
En scrutant cette faille, on distingue une multitude de protubérances étranges, agglutinées à la roche comme des colonies vivantes. Et soudain, dans une synchronisation parfaite, elles frissonnent de concert. Puis, dans une éclosion spectaculaire, leurs parties supérieures s’ouvrent comme autant de fleurs minérales, projetant des fragments scintillants dans l’air saturé d’ambre.
De ces éclats jaillissent des créatures à l’allure de phasmes géants, dont les corps évoquent un assemblage de branchages tordus recouverts de mousses verdâtres et de lichens jaune-gris. Ces Solènes, espèce dominante de Soléna, possèdent trois paires de pattes élancées, un long thorax segmenté, et un abdomen renflé. Leur tête, semblable à celle d’une mante religieuse, est dotée de puissantes mandibules tranchantes et de deux yeux composés protubérants, rouge vif, qui scintillent comme des rubis sous la lumière dorée.
Un échange de craquettements stridents s’élève entre eux. L’un d’eux, plus imposant, redresse la tête et déploie deux antennes plumeuses, vibrantes de vie. Il étire ensuite une paire d’ailes translucides et iridescentes, bordées de fins poils scintillants. Dans un mouvement gracieux, il s’élance dans le ciel abricot… Mais à peine a-t-il pris son envol qu’il disparaît, littéralement avalé par l’air…
Il réapparaît au-dessus de la canopée d’une vaste forêt sombre, baignant dans une pénombre mystérieuse, que seuls quelques rayons de lumière parviennent à percer. Au loin, un volcan domine l’horizon, crachant des panaches de cendres cuivrées qui se mélangent aux nuages. Un second Solène jaillit de la forêt et rejoint le premier. Après un bref échange de craquettements, ils disparaissent à nouveau… pour réapparaître sur un ponton suspendu dans le vide.
Le ponton se situe au cœur d’un plateau rocheux semblant flotter sur une mer de nuages tourmentés. Plusieurs engins étranges y sont ancrés : des structures brunes, vertes ou orangées, en forme de quenouilles renflées. Tout autour, le brouillard épais masque le paysage. Seules deux hautes tours torsadées, noires, à leurs sommets ornés de bulbes argentés, transpercent la brume.
Les deux Solènes replient leurs ailes et entrent dans un engin brun mordoré, dont la coque se referme dans un bruit sec. L’engin décolle à la verticale, projetant une gerbe de lumière cuivrée, puis disparaît dans les nuages. Il traverse cette mer mouvante et jaillit dans l’espace, où il ralentit pour s’amarrer à une structure colossale.
Une myriade de vaisseaux identiques sont rangés le long de galeries étagées, s’élevant sur plusieurs niveaux. C’est le port orbital d’une immense station, cerclée d’un réseau de coursives qui pulsent d’une lueur verte intermittente. Les deux Solènes, désormais vêtues d’une combinaison intégrale étrange, en sortent pour emprunter une plate-forme qui glisse avec fluidité dans un dédale complexe de passerelles.
La plate-forme s’immobilise brusquement devant un sas massif. Ils franchissent l’entrée et débouchent dans un vaste espace où des teintes vibrantes s’entrelacent : un vert impérial d’une profondeur envoûtante et un ambre éclatant, irradiant comme une lumière liquide. Chaque nuance semble presque vivante, palpitant au rythme d’une énergie mystérieuse et captivante. Ils retirent leur casque, révélant leurs traits d’insectes. Leur démarche, lente et saccadée, les mène vers le cœur de la salle où les attend une galerie de miroirs. Ces miroirs démultiplient leurs reflets à l’infini avant de les conduire à une pièce plus petite. Là, cinq autres Solènes les attendent.
« Kèkotè ! Okotek ! On n’attendait plus que vous !
— Eh bien, nous voici, Ètèkot !
— Nous avons fait aussi vite que possible !
— Nous n’en doutons pas. Nous évoquions la requête d’une assemblée de délégués de tous les peuples !
— Une telle assemblée doit se réunir de toute urgence !
— Je suppose que nous sommes tous d’accord ?
— À l’unanimité ! On doit découvrir l’origine du phénomène !
— Et savoir si Aïné a été le seul univers touché !
— Les Kylèniens viennent probablement d’être affectés.
— Très probablement. On doit connaître l’origine… et les raisons exactes de la perturbation !
— Et tout mettre en œuvre pour que ça ne se reproduise plus ! Les conséquences pourraient être… désastreuses !
— Peut-être. Mais elles pourraient aussi représenter… une opportunité.
— Une opportunité ? Explique-toi.
— Imagine un instant… qu’une créature soit à l’origine du phénomène !
— Une créature ? Ses pouvoirs seraient… inimaginables. Colossaux !
— Exactement !
— Je n’ose même pas envisager ce qui pourrait advenir si de tels pouvoirs tombaient entre de mauvaises mains !
— Les conséquences ? Elles seraient… apocalyptiques.
— Alors, il nous incombe, à nous tous, de veiller à ce que ces pouvoirs, si colossaux soient-ils, soient confiés aux mains justes. Et uniquement aux mains justes. »
