7 juillet 2393, 21 h 32
Dix mois se sont presque écoulés depuis la visite de Tchéa, Korda et Axel.
Ève a désormais 4 ans et 32 jours d’Ir’ Dan, ce qui équivaut à 4 ans et 191 jours terrestres. Elle mesure un mètre douze et pèse 15 kilos. Ses traits s’affinent délicatement : l’ovale de son visage se dessine avec une grâce naturelle, et d’innombrables taches de rousseur constellent son adorable minois. Aujourd’hui, je l’ai coiffée de deux couettes bien symétriques, attachées par des petits nœuds blancs, une coiffure qui lui va à ravir.
Thomas, lui, a 2 ans et 110 jours d’Ir’ Dan, soit 2 ans et 212 jours terrestres. Il mesure 99 centimètres et pèse presque 14 kilos. Son visage angélique est illuminé par ses grands yeux bleus, ces mêmes yeux éclatants qu’il avait à sa naissance. Le blondinet semble toujours enveloppé d’une aura d’innocence et d’espièglerie mêlées.
Mais que s’est-il passé aujourd’hui ? Hé, hé…
En fin de matinée, nous sommes sortis pour aller déjeuner près de la cascade, à l’ombre accueillante des bambous. Le temps était parfait : un ciel pur et sans nuages, baigné de soleil dès l’aube. La chaleur, adoucie par une brise marine, était presque caressante. Après le repas, Ève, impatiente d’aller à la plage, a catégoriquement refusé de faire la sieste. Nous avons donc, tous les quatre, appliqué une généreuse couche de crème solaire… non sans mal pour Thomas, qui grogne et se tortille à chaque fois comme s’il s’agissait d’un supplice. Une fois prêts, nous avons pris la direction de notre plage…
Une fois là-bas, je me suis installée sur un tronc d’arbre tout juste échoué près de l’eau, tandis qu’Yves s’amusait avec les enfants. Leurs éclats de rire résonnaient joyeusement dans l’air salé. Peu après, Yves m’a annoncé qu’ils allaient poursuivre leur exploration un peu plus loin. Ils ont escaladé la dune et disparu derrière les roseaux, leurs cris d’excitation s’éloignant peu à peu.
Je suis restée là, à savourer une rare tranquillité. Dix, peut-être vingt minutes, le regard perdu dans le mouvement apaisant des vagues. Puis, prise d’une envie soudaine, je me suis levée pour aller à leur rencontre. J’ai longé le rivage jusqu’au sentier de sable qui serpente à travers les roseaux.
En arrivant au sommet de la butte, un frisson étrange m’a traversée… Ma robe rose pâle, légère et dansante, flottait doucement dans la brise, et je portais mes sandales marron à double bride de cheville… Exactement comme dans mon souvenir. J’ai effleuré mes cheveux tressés d’un geste mécanique. Et soudain, tout m’a frappée : ce paysage, je le connaissais. Ce moment, je l’avais déjà vécu.
Je me suis retournée vers la plage, le souffle court. Oui, c’était le jour J. Tout allait se dérouler exactement comme dans ce rêve, celui que j’avais fait avant même d’arriver sur Ir’ Dan ! Mon cœur battait à tout rompre lorsque Ève est apparue, et tout s’est enchaîné, fidèle à ce que j’avais vu, ou pressenti…
Depuis, des questions, des tas de questions me tourmentent.
