Chapitre 6-02

6.1.2 TERRE

Adar Hil Matori – Vatican

La richesse de la diversité culturelle de l’Humanité est telle, que j’ai décidé de m’y intéresser de plus près.

Dans maintenant moins de deux mois terrestres, le 24 février prochain, je me rendrai à Mathura pour assister à Holî, la fête hindoue de l’équinoxe de printemps. J’irai ensuite à la Mecque lorsque débutera Dhou Al-Hijja, le douzième mois du calendrier Hégire arabe, même si ce lieu est fermé aux non-musulmans.

Pour l’heure, je suis en compagnie d’Adria, d’Ilias et d’Origni. Nous avons atterri hier soir sur l’héliport de la Cité du Vatican. Accueillis par les cinq officiers de la Garde suisse pontificale, nous avons été guidés vers les appartements du pape, Grégoire XIX. Nous avons dîné frugalement en sa compagnie, avant d’assister, dans l’une des chapelles de la basilique Saint-Pierre, à la traditionnelle messe de minuit. Ce midi, cachés, pour la foule, derrière les hauts rideaux de velours ascara, nous avons suivi la bénédiction urbi et orbi depuis le balcon de la loggia centrale de la basilique.

Après un déjeuner végétarien, nous sommes allés dans la chapelle Sixtine pour assister à un concert de chants grégoriens, des chants liturgiques rythmés non cadencés. Je suis en compagnie de Grégoire XIX, et d’une trentaine de hauts dignitaires de l’Église catholique romaine. Sous les commentaires éclairés de trois cardinaux, j’observe la fresque du plafond… Lorsqu’une alarme lumineuse se déclenche sur mon avant-bras gauche ! Ilias, tout près, grimace à la vue du signal, un rappel d’urgence…

« Très Saint-Père… » Je nomme mon voisin de droite comme le veut leur protocole. « … nous devons prendre congé…

— Eh bien soit, mes enfants, dit-il, l’air presque déçu. Revenez quand vous voulez, ma porte vous est ouverte… Nous sommes tous les enfants de Dieu ! » ajoute le patriarche avec un regard malicieux. Il lève deux doigts de la main droite. Le colonel de la Garde pontificale, reconnaissable à la plume blanche qui orne son morion, s’approche.

« Raccompagnez nos amis. » Le pape met la main sur le cœur. « Allez en paix… »

Nous empruntons un passage souterrain pour ressortir à l’air libre devant l’hospice de Sainte-Marthe, la résidence où nous avons passé la nuit. Le plus discrètement possible, nous remontons par les jardins jusqu’à notre Abat Garanta. Le vaisseau à peine refermé, je lance la communication : « Vitri ! Que se passe-t-il ?

Commandant… Retrouvez-nous, vous quatre, en salle du Conseil.

Vitri ? Nous ? Qui, nous ?… Vitri ?

Mmm ! Il a raccroché ! » peste Ilias. Je tente de joindre à nouveau mon second, mais mon appel reste sans réponse. Étonnés par cette attitude inhabituelle, nous prenons place dans nos fauteuils… L’Abat Garanta décolle dès que nous sommes harnachés.

Arrivés sur Tanacé 1, nous nous rendons directement en salle du Conseil… Je suis… stupéfié ! de découvrir Vitri et Licori en compagnie… d’Acer Bar Kantari !… Tous les trois sont assis devant nous, les bras sur les accoudoirs.

« Eh bien, mon cher Adar… C’est fou comme tu as l’air ravi de me voir ! attaque Abakan.

Je suis… surpris, certes… Si Abakan est devant moi, c’est qu’il est venu avec une autre escadre ! Ce qui veut dire que nous allons pouvoir rentrer chez nous !

Je t’avoue… mon cher Adar… que je suis également surpris ! » Il me foudroie de son regard glacial et pénétrant. « Vous vous êtes dispersés ?

Comme vous avez pu le découvrir en arrivant… » Je m’assois devant lui. « … les Humains, originaires de la Terre, ont colonisé une planète voisine, Mars… » Origni, Adria et Ilias s’assoient discrètement. « J’ai choisi leur point faible, Mars, que nous avons rapidement assujetti… J’ai laissé deux Tanacés sur place, Mars est sous contrôle. » Abakan soupire…

« Ce n’est pas ce que me signalent mes informateurs, grimace Abakan, ce qui me surprend au plus haut point.

Les nouvelles sont mauvaises, grimace Licori. Élégi aurait été tuée…

Dans des circonstances bien mystérieuses, précise Abakan.

Comment ?

La situation n’est pas très claire, poursuit Abakan. J’envoie des enquêteurs sur place. En ces temps troublés, notre Maître à tous souhaite un exemple… Je suis donc venu avec Alak Palaïd… »

Entendre le nom de l’escadre me fait frémir. L’escadre de Cherfax, les combattants de Cherfa, des guerriers d’un autre âge, sans pitié, sans âme…

« Nous sommes équipés pour faire face à l’adversité. Ces peuples doivent se soumettre ! ou périr… Ces deux planètes doivent être nôtres… ou disparaître. » Origni, figé, me fixe sans broncher.

« En ce moment même, cinq vaisseaux garnissent leur planète mère d’orakunderstrup.

Mais nous négocions avec eux ! Nous avons des otages !

Les temps ne sont plus aux compromis ! réplique sèchement Abakan. Débarrassez-vous-en ! »

Origni, qui a la charge des otages détenus sur son vaisseau, ne réagit pas. Il reste impassible, perdu dans ses pensées… ailleurs.

« Bon… Puisque vous êtes là… notre présence n’a plus aucune raison d’être.

Exact, mon cher Adar. Mais je souhaite attendre le retour des enquêteurs avant de réunir les sept Tanacés.

Alors nous patienterons. »