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« Ça y est ! s’exclame Ève, les yeux brillants. On est arrivés !
— Vous êtes effectivement arrivés ! confirme Lepte d’un ton chaleureux. Et, au nom des Peuples de la Communauté, je vous souhaite… la bienvenue…
— C’est qui ? Christophe Colomb ? demande Ève, la tête inclinée, un sérieux déconcertant dans le regard qu’elle fixe sur Lepte.
— Comment ça, Christophe Colomb ? réagit Anna, les sourcils froncés par l’étonnement.
— Et Amerigo Vespu… cci ? poursuit Ève, toujours concentrée, ignorant l’air perplexe de son entourage.
— Des aventuriers qui ont découvert de nouvelles terres, répond Perthie en essayant de contenir un sourire. Comme nous, en quelque sorte. Mais pourquoi tu demandes ça ?
— Ève lit mes pensées, intervient Lepte, amusée. Christophe Colomb, Amerigo Vespucci… c’est une longue histoire. Je vous la raconterai volontiers plus tard. Mais avant, si tu me le permets, Ève, je vais poursuivre mon petit laïus.
— C’est quoi un p’tit laïus ? demande-t-elle aussitôt.
— Ève ! soupire Perthie. Un laïus, c’est un discours. »
Sans se départir de son sourire bienveillant, Lepte reprend :
« Je vous souhaite la bienvenue… à Nakou Éti ! C’est le nom de la ville. C’est ici que se trouve l’astroport de Kyrta Priep, le nom du continent. Nakou Éti, c’est également ma ville, mon lieu de résidence. La cité est située près de l’équateur, elle s’étend le long de la côte nord de Kyrta Priep, en bordure de l’océan des Narkèses, un océan que vous découvrirez très bientôt. Au sud de la ville s’étendent les Saxies Gemiès, de vastes forêts sauvages aux panoramas que nous trouvons absolument époustouflants. Nous avons préparé des appartements pour vous au Centre de la Nature, un lieu de recueillement offrant des vues imprenables sur ces terres. Sa rotonde est prête à vous accueillir. L’établissement se situe à la bordure est de Tabar Eptis, mon quartier. J’entends que vos enfants sont impatients de découvrir leur nouvel environnement. Tout comme vous. Et vous êtes prêts… Alors, suivez-moi. »
Nous suivons Lepte dans une salle circulaire blanche. Le sol s’abaisse silencieusement sous nos pieds.
« C’est quoi, un… pyrias ? demande Ève, les yeux rivés sur Lepte avec une curiosité sans bornes.
— Le pyrias est un oiseau migrateur, et également le nom de ce vaisseau. Sa silhouette évoque celle de l’oiseau.
— Et pourquoi 45 ? insiste-t-elle.
— Cela indique la classe de l’astronef, sa taille. Un pyrias 45 mesure 45 éthals de longueur.
— Et c’est quoi… un éthal ? relance-t-elle, infatigable.
— Excellente question, Ève, répond-elle avec une indulgence évidente. Un éthal est notre unité de longueur, correspondant à un peu plus d’un mètre quarante selon vos mesures. C’est également la taille moyenne de notre espèce. Un éthal carré équivaut à peu près à deux de vos mètres carrés. »
Nous débouchons dans un hall blanc, immaculé, sans aucune décoration. Plusieurs couloirs se déploient devant nous. Le lieu est étrangement désert, silencieux et sans odeur.
« Vous venez de quitter le pyrias, vous arrivez dans notre réseau souterrain de communications, explique Lepte. Il s’agit d’un enchevêtrement complexe de tapis roulants.
— C’est quoi, un ench… commence Ève.
— Ève ! s’exclame Perthie, excédée. Tu poseras tes questions plus tard !
— Tu veux savoir ce qu’est un tapis roulant ? reprend Lepte, imperturbable. Eh bien, suivez-moi. Ce réseau est très simple à utiliser. Je pense à ma destination, et il m’y conduit. »
Nous avançons deux par deux sur un plancher granité antidérapant. La machinerie se met en route, nous transportant sans effort jusqu’à un quai désert.
« C’était trop cool ! s’enthousiasme Adam, les yeux brillants. On peut recommencer ?
— Je suis désolée, Adam, mais nous sommes arrivés. Ne t’inquiète pas, tu auras d’autres occasions d’apprécier ce mode de transport. Si l’endroit vous semble désert, c’est intentionnel. Le secteur est bouclé pour éviter toute contamination.
— Ah ! C’est pour ça que Septier est resté dans le pyrias ! s’écrie Ève, triomphante.
— Exactement. Septier, c’est mon compagnon, ajoute Lepte. Non, ne vous inquiétez pas, les questions d’Ève ne me dérangent pas. Au contraire, c’est ainsi que nous échangeons. » Elle sourit. « Vous voyez, je ne peux rien vous cacher. »
Un monte-charge nous élève jusqu’à une galerie circulaire qui entoure un vaste cylindre interne à puits zénithal. Il est couronné par une coupole hémisphérique de verre et de métal. Un ciel, d’un violet améthyste, illumine la scène !
Au centre de l’édifice se trouve un bassin, dans lequel reposent de grosses sphères beiges marbrées de veines brunes. Autour du bassin, quatre massifs de plantes à longues tiges, semblables à des bambous, s’entrelacent en une pyramide végétale.
Nous suivons Lepte, et nous montons un escalier en verre et métal blanc. Il nous mène, cinq bons mètres plus haut, dans une pièce vide ouverte sur le puits de lumière. La pièce donne sur une coursive, transparente comme notre terrasse de Baïamé, qui fait le tour du bâtiment et dessert plusieurs portes. Lepte prend à droite…
En avançant sur cette plateforme vertigineuse, une sensation de malaise me saisit, alors que les enfants, eux, gambadent avec insouciance.
Lepte s’arrête devant la première porte :
« Cette porte, ainsi que les deux suivantes, conduisent à vos appartements. La quatrième donne accès à votre salle de réunion et de repas. Avant de vous laisser vous installer, je vous propose de poursuivre la visite. Depuis le troisième niveau, vous pourrez admirer le site dans toute sa splendeur et profiter d’une vue exceptionnelle. »
Une nouvelle pièce, un nouvel escalier… Nous suivons Lepte jusqu’à atteindre la base du dôme vitré. Le dernier niveau, entièrement transparent, offre une vue spectaculaire sur 360°.
« Waouh ! » s’exclame Éria, immédiatement imitée par Jade et Thomas.
Nous sommes tous ébahis devant la splendeur du paysage.
