L’origine de la sonde identifiée, nous avons aussitôt dirigé l’antenne de notre radiotélescope vers le système d’Ourou Uppardi… Bien que très atténué, le signal, une fois purifié du bruit aléatoire cosmique, a fait apparaître une concentration anormale de radiations. L’analyse du spectre électromagnétique a permis la découverte d’une richesse incommensurable d’informations dans une bande de longueurs d’onde comprises entre 5 et 50 000 exis.
Nous avons immédiatement affecté un local technique à l’étude de ces signaux artificiels. Il ne fait aucun doute que le système compte une ou plusieurs civilisations. Nous avons relevé une abondance de langues différentes qui laissent, pour l’instant, nos systèmes linguistiques hésitants.
En compagnie de trois techniciens, Ériné et moi sommes réunis autour d’une table interactive au-dessus de laquelle danse, telle une chaîne d’innombrables pics acérés, la représentation tridimensionnelle de la gamme de fréquences… Nous écoutons aléatoirement les séquences sonores, passant de séries de bips à de la musique nasillarde ou à d’étranges conversations. Lorsqu’Adar m’appelle :
« Origni, le rapport au HCS doit être expédié sans délai, je ne peux attendre plus longtemps. Souhaites-tu encore adjoindre un commentaire ? » Une interrogation pouvant paraître anodine, mais, pour moi, d’une importance capitale.
« Oui ! Absolument, Commandant !
— Eh bien… fais-le ! Sans tarder !
— Je m’y emploie… de suite, Commandant ! »
Je quitte la salle après avoir demandé à Ériné qu’on ne me dérange sous aucun prétexte, et descends retrouver ma cabine de commandement…
Ne pas pouvoir atermoyer me contrarie… J’aurais préféré fournir de plus amples informations… mais bon… mes confrères se contenteront des renseignements que je vais leur fournir.
Avant toute chose, je vérifie qu’il n’y ait pas eu d’intrusion dans ma cabine… Mon détecteur n’a rien remarqué. Je m’assois sur mon fauteuil… et repasse mentalement les opérations à effectuer.
Je repère les deux rangées de six poignées situées sous le bas de la cloison noire, les systèmes électroniques d’interface aux réseaux de Tanacé. Le système général d’alimentation de la cabine, un disjoncteur bleu pâle. L’armoire de commutateurs sur ma droite, et demande : « Adjonction au rapport destiné à Acer Bar Kantari, Commandant Suprême. Générateur, Origni Kar Atvédef, leader de Tanacé Six. » Un indicateur circulaire coloré apparaît sur la cloison interactive. Le rapport se charge… il est chargé ! C’est le moment ! Je vais devoir jouer serré !
« J’ai approuvé la décision responsable de notre commandant, Adar Hil Matori… »
J’actionne le disjoncteur ! Plongé dans le noir, je n’ai que quelques instants pour effectuer mes manipulations… Des manipulations maintes et maintes fois répétées ! De la main gauche, je repère à tâtons la troisième et large poignée de la deuxième rangée, sous le repli de la cloison. Je la tire légèrement pour poser l’index sur la tranche du minidisque intégré, tandis que je déverrouille trois commutateurs de la main droite…
Et pas n’importe lesquels ! Et dans le bon ordre ! En partant de la gauche, le cinquième de la sixième rangée… le quatrième de la cinquième rangée… et le troisième de la quatrième rangée…
Un déclic ! La tablette secrète s’est ouverte au bas de l’armoire. Je descends la main droite pour récupérer le minidisque… que j’insère à la place de celui qui se trouve sous mon index gauche ! Je glisse l’original dans la tablette secrète… que je referme… comme les trois commutateurs. Je pousse la poignée… avant de réenclencher le disjoncteur !
Et je poursuis le rapport comme si de rien n’était, prenant fait et cause pour le commandant…
« … Terminé ! » Je suis satisfait, non pas par ce que je viens d’énoncer, mais par ce que je viens d’accomplir. À la transmission destinée au HCS, je viens d’adjoindre un rapport codé pour mes confrères. Ils le recevront en même temps que le HCS…
