Adar Hil Matori – Alak Palaïd 1
« Adar… Réveille-toi, Adar ! »
Je suis allongé sur le sol… Et j’ai soif ! Depuis quand suis-je ici ? J’ouvre les paupières, et je suis ébloui par la silhouette lumineuse qui est penchée sur moi ! Je me redresse et recule, les yeux plissés. C’est une Humaine aux longs cheveux roux ! Vêtue d’une robe blanche !
« Qui… qui êtes-vous ?
— Tu ne nous connais pas encore… Mais tu as déjà évoqué notre présence.
— Pardon ?
— Dans tes pensées, tu as évoqué l’existence d’une puissance supérieure qui veille à préserver l’harmonie universelle ! » Ces paroles me glacent le sang. Comment est-elle au courant de mes pensées ?
« Je m’appelle Ève. Je suis l’une des six lueurs dont tu as consigné l’existence sur ton journal de bord… Et ta définition était on ne peut plus juste. Une légende orak nous appelle “Anges de Zand”.
— Que… que me voulez-vous ?
— Je veux que tu reprennes ta place de commandant d’escadre.
— Ma place ? Je nage en plein délire !
— Oui ! Ta place, Adar.
— Mais… je suis enfermé.
— Plus pour très longtemps. Je viens te libérer. Maintenant qu’Acer s’est déclaré…
— Acer s’est déclaré ? C’est-à-dire ?
— Les évènements se sont enchaînés depuis que tu es au secret. Ilias a défendu ta cause… Alors, un Palaïd a abattu Tanacé 5.
— Quoi ?
— Tanacé 5 s’est abîmé en mer. Comme Tanacé 6 en son temps.
— L’équipage ? Ilias ?
— Ils sont sur Terre, sains et saufs. Adria a répliqué… Elle a détruit Alak Palaïd 2… Et entraîné dans sa chute Alak Palaïd 4.
— Quoi, quoi, quoi ?
— Après Tanacé 5, Alak Palaïd 2, Tanacé 4 et Alak Palaïd 4 se sont écrasés sur Terre. L’équipage de Tanacé 4 s’en est sorti indemne.
— Et Adria ?
— Origni la récupère en ce moment même.
— Origni ? Il est vivant ?
— Oui, Adar. Origni a rallié la cause des humains. Comme Assibir. Les équipages des Tanacés 4 et 5 également.
— Tanacé 1 ? Tanacé 3 ?
— Galam Tot Amonrax surveille Vitri. Mohol Gor Derdax surveille Licori.
— Deux Tanacés, cinq Alaks Palaïds, sept vaisseaux… Nous sommes en minorité ! Abakan ne me laissera jamais reprendre mon rôle de leader !
— Adar… Dans une autre cellule…tout près…
— Oui ?
— Sont enfermés Ecklèn Akt Essax, Oysin Eib Scarax, Anwin Wat Danax et Uther Nam Pendrax.
— Impossible ! Non ?!
— Si, Adar. Ferg Alt Ïeysès les a enfermés.
— Ferg ? Leur chef tactique ?
— Oui, Adar. Ferg est de mèche avec Acer.
— Comment ça, de mèche ?
— Acer s’est dévoilé devant moi. Les humains, leur civilisation, leurs deux planètes… ne l’intéressent pas le moins du monde. Menacer la Terre, la détruire s’il avait pu, tout ça n’était qu’un prétexte. Ce qu’il souhaitait, c’était attirer notre attention. Il veut conclure un marché. Il souhaite se mettre au service de notre dieu pour obtenir… l’immortalité ! Le traître… Adar… ce n’est pas toi. Il te voit comme son reflet dans le miroir. Le traître… c’est lui ! Ecklèn, Oysin, Anwin, Uther, les quatre leaders étaient présents. Ils ont été témoins de l’intrigue. Ferg s’apprête à les éliminer. Ensuite, il te tuera. »
Une seconde silhouette lumineuse se forme… Une silhouette masculine à la peau brune, aux cheveux noirs tressés. Il porte la même robe, les mêmes accessoires.
« Sauf que nous ne le laisserons pas faire ! Je me nomme Mel. Es-tu prêt, Adar ?
— Je suis prêt ! » Des paroles lancées sans réfléchir à leurs implications.
« Alors, suis-nous… » dit la femme. Ils traversent la porte de la cellule et disparaissent, me laissant dans l’obscurité. Un bruit métallique retentit, un rai de lumière apparaît : la porte vient de s’entrouvrir ! Je tire prudemment le battant… et découvre trois silhouettes lumineuses ! L’homme aux cheveux noirs tressés, un autre homme aux yeux en amande, comme les natifs de Cherfax, et une femme aux longs cheveux blonds et aux yeux aux iris flamboyants ! La femme aux cheveux roux a disparu.
« Par ici, Adar », m’indique l’homme à la peau brune. Tous les trois me font signe de les suivre. Je presse le pas, remonte la coursive, prends à droite à l’embranchement. Une nouvelle coursive… La femme aux cheveux roux réapparaît dans le couloir. Elle vient de passer au travers d’une porte que je vois s’entrouvrir ! Oysin ! Uther ! Anwin ! Ecklèn !
« Adar ! lance Uther à voix basse.
— Vous étiez vraiment enfermés ?
— Oui ! Ferg s’est joué de nous ! Le traître ! » souffle Anwin. Mes quelques doutes s’évanouissent.
« Abakan nous a trahis, murmure Oysin. Tout n’était que supercherie ! Nous qui te pensions perfide… » Il se ravise, le regard méfiant, suspicieux. « T’as quand même été infidèle !
— Il faut savoir réfléchir. »
Le nuage sombre s’éclipse du visage d’Oysin. Il sourit et lève un index.
« T’as pas tort !
— Les Palaïds sont partout, annonce la femme aux cheveux roux. Vous avez deux options. Le passage en force à notre suite. Vous risquez d’être discrédités aux yeux de l’équipage. Ou le passage en douceur. Nous vous escortons en restant invisibles. L’équipage n’est pas au courant de votre destitution, ils vous laisseront passer.
— Si nous rencontrons Abakan… ou Ferg ? s’inquiète Ecklèn.
— Vous ne rencontrerez ni l’un ni l’autre, nous y veillons.
— Et moi ? Ils ne me laisseront pas passer.
— Transfert de prisonnier ! réplique sèchement Oysin. On t’a à l’œil… sale traître !
— Seconde option ? » Ils hochent la tête.
« Adar, tu rentres sur Tanacé 1, et tu expliques la situation à Galam, m’ordonne la femme aux cheveux roux. Nous sommes les anges de Zand… Il comprendra. Ensuite, tu le congédies. Il saura se débrouiller.
— Je rappelle Mohol ? demande Ecklèn.
— Oui. Chacun de vous réunit son équipage. Vous devez leur porter notre message.
— Et comment Abakan et Ferg réagiront quand ils verront que nous nous sommes échappés ? s’inquiète Uther.
— Que pourront-ils dire ? Que quatre leaders Palaïds sont des traîtres ? La pilule aura du mal à passer !
— Oui. Juste.
— Je compte sur vous pour inverser le rapport de force.
— Six contre un, précise Anwin.
— Voilà… Rappelez-vous ! Vous œuvrez pour le bien du peuple emnos. L’Histoire se souviendra de vous en tant que héros… Et non en tant que traîtres ! »
Ce sont ses derniers mots. Tous les quatre disparaissent… Oysin regarde autour de lui, avant de prendre la parole à voix basse :
« Uther, Anwin, vous êtes censés escorter notre prisonnier. Ecklèn et moi, on ouvre la marche. Plus question de faire demi-tour. On y va ! »
Ils jouent leurs rôles à merveille. Je n’ai qu’à baisser les yeux… et personne ne s’étonne de me voir en compagnie des leaders Palaïds… Quelques nèmes plus tard, je me retrouve devant le sas qui mène à ma capsule… Mon casque m’attend là où je l’ai suspendu…
Tous les quatre me souhaitent bonne chance ! Je les remercie, leur souhaite la pareille, positionne le casque, pressurise la combinaison et déclenche l’ouverture du sas… Ce n’est que lorsque la capsule se détache d’A P 1, et que la pesanteur disparaît, que je siffle de soulagement ! Je n’en reviens pas ! M’enfuir a été si facile !
Mon apaisement est de courte durée. Je prends soudain conscience de ma vulnérabilité ! Et l’angoisse revient au galop ! Ma capsule est une cible idéale ! Le temps d’atteindre l’enceinte de protection de Tanacé 1… Par le hublot, je suis l’approche lente du vaisseau mère… Arrive la secousse ! Le bruit sourd de l’arrimage ! Le souffle de la pressurisation, le retour de la pesanteur ! Ouf !… J’ouvre précipitamment la porte du sas… Attends l’ouverture de la porte suivante… Et débarque sur Tanacé 1 !… Je crois que je n’ai jamais été aussi content de retrouver le vaisseau mère ! Je retire le casque, l’accroche à sa potence et sors de la salle d’embarquement.
« Commandant ? » s’étonne un membre de l’équipe technique. Je vois à son visage qu’il est surpris et ravi. Ça fait plaisir de retrouver un visage familier !
« Je rentre à la maison. » Je tente une liaison : « Vitri ?
— Commandant ? C’est vous, Commandant ? Où êtes-vous ?
— Je viens de rentrer. Et toi, où es-tu ?
— En salle de navigation, Commandant. Je suis… avec Olibir… et Galam.
— J’arrive ! D’ici là tu appelles à une réunion de tout l’équipage dans l’atrium ! J’ai une importante déclaration à faire.
— On rentre, Commandant ?
— Pas encore, hélas. »
Demandant à tout le personnel rencontré d’aller m’attendre dans l’atrium, je me dirige vers la salle de navigation, et retrouve Vitri, Olibir et Galam !
« Commandant ! » me dit Vitri. Galam, perplexe, me fixe sans un mot, le regard soupçonneux.
« Assemblée générale dans l’atrium ! J’ai une déclaration à faire ! Pas toi, Galam ! Je dois te parler ! » Vitri hésite. « Seul à seul ! » Je vois bien que Vitri a quelque chose à me dire… Il attendra. Il nous quitte avec une grimace de contrariété.
« Je vous écoute… » Galam me vouvoie, je l’ai tutoyé intentionnellement pour marquer mon autorité.
« Acer ne m’a pas libéré. Ce sont les anges de Zand qui l’ont fait… » Galam reste de marbre, impassible, silencieux.
« Et je ne suis pas le seul prisonnier qu’ils ont libéré… Ecklèn Akt Essax, le leader d’Alak Palaïd 3, Oysin Eib Scarax, le leader d’Alak…
— 5, je sais ! » Il est déstabilisé. J’ai trouvé une faille dans l’imperturbable cuirasse du personnage.
« Anwin Wat Danax et Uther Nam Pendrax !
— Je ne vous suis pas ?
— T’as bien compris, Galam. Les quatre leaders Palaïds étaient prisonniers ! Comme moi ! Acer et Ferg ne travaillent pas pour Cherfa !… Ils roulent pour eux !… Et qu’est-ce qui me dit que tu n’es pas complice ! De quel côté es-tu Galam ? C’est trop tard pour faire marche arrière. Acer veut gagner les faveurs de Zand. Il souhaite remplacer Cherfa !
— Acer ?!… Et Ferg ! ajoute-t-il, l’air songeur. Les deux inséparables ! Mmh… Mmh… Le petit roi et son valet… Ceci explique bien des choses… » Il ne semble qu’à moitié surpris.
« A P 1 va se retrouver isolé. Les quatre autres Alaks Palaïds sont avec moi. Pour ta sécurité, je te renvoie de Tanacé 1. Je ne t’ai rien dit. Tu n’es au courant de rien.
— Merci… Commandant Adar ! » Il insiste sur les deux derniers mots, une lueur d’encouragement dans le regard…
