Chapitre 2-20

Yves

Lepte nous a véritablement comblés !

Perthie a découvert une machine absolument prodigieuse, un bijou de technologie, qui dépasse tout ce que nous aurions pu imaginer. Cet appareil à lui seul remplace nos instruments d’extraction, de dosage, de fractionnement et d’identification. Mais ce n’est pas tout ! Il permet également l’analyse des macromolécules, des acides nucléiques, des génomes, des transcriptomes, et même l’étude des interactions moléculaires. Un véritable laboratoire miniature qui combine les techniques les plus avancées : isotopiques, spectroscopiques, spectrométriques, chromatographiques, électrophorétiques, électrochimiques, potentiométriques, enzymatiques et immunologiques. Un chef-d’œuvre d’ingénierie !

Et que dire de ma collection de minéraux… Une contribution généreuse, dis-je ? Non, le mot est bien trop faible. Extraordinaire, somptueuse, presque irréelle ! Quand j’ai découvert les trésors qui avaient été déposés sur les étagères de mon bureau, j’ai dû cligner des yeux plusieurs fois pour m’assurer que je ne rêvais pas.

Parmi ces merveilles, un diamant brut d’un bleu-gris envoûtant, pesant 410 carats ; une pierre d’une valeur inestimable sur Terre. À ses côtés, une émeraude trapiche, dont la structure hexagonale dessine une étoile à six branches, comme un miracle figé dans la roche. Et ce saphir… un astérisme si parfait qu’il semble emprisonner la lumière des étoiles. Un cristal de rubis rouge vif, des améthystes éclatantes, des aigues-marines d’une pureté saisissante : autant de joyaux connus sur Terre, mais ici sublimés, magnifiés.

Et puis, il y a l’inédit, l’inexplicable : un quasi-cristal rose à symétrie pentagonale, une anomalie minéralogique qui défie tout ce que nous connaissions. À ma connaissance, une telle pierre est introuvable sur notre planète d’origine.

Et enfin, le summum, ou plutôt… les sommets ! Deux diamants noirs aux reflets profonds comme l’abîme, dont la composition en hydrogène semble indiquer une origine extraordinaire : l’explosion d’une supernova.

À contempler ces merveilles, je me sens tout petit, un simple témoin devant les mystères insondables de l’univers.

Quant à Ève, son comportement depuis notre arrivée sur Baïamé fascine par son extraordinaire maturité. Elle est indéniablement adorable, mais révèle également une subtilité désarmante, presque troublante, particulièrement inhabituelle pour son jeune âge.

Je ne suis pas un expert en enfants, et c’est peu dire, mais il est évident que son attitude et sa prestance dépassent de loin celles d’une fillette de trois ans à peine. Elle veille sur son petit frère avec une tendresse qui force le respect. Adam dort enfin sereinement, et je pense que c’est grâce à elle.

Ici, les jours défilent à une vitesse troublante, et j’en ai abandonné le désir d’explorations effrénées.

Orthos nous a ouvert des chemins vers le cap et la forêt, et cela suffit largement à nourrir notre quotidien. Au-delà de la deuxième cascade, nous avons découvert un véritable jardin d’Éden : un lieu où abondent arbres et arbustes fruitiers, offrant leurs trésors à qui sait les trouver.

Les journées s’égrènent dans une tranquillité presque irréelle, au gré de nos envies : promenades vers la forêt ou le cap, bains dans les cascades ou l’océan, balades sur les plages nord et sud… Parfois, nous nous adonnons simplement au farniente, étendus dans l’herbe ou sur le sable. Et les siestes, qu’elles soient en chambre ou en plein air, prennent ici une saveur inédite, presque sacrée.

Depuis notre logement, nous sommes les spectateurs privilégiés d’un paysage en perpétuelle métamorphose. Les couleurs changent sans cesse, comme si la nature elle-même voulait nous offrir une toile différente à chaque instant. Que ce soit sous la pluie, par grand soleil, ou sous un ciel d’orage, le panorama reste sublime, une véritable ode à la beauté brute de ce monde. Lorsque le temps est clément, nous laissons la double porte de notre chambre ouverte. Et, lorsque le ciel est dégagé, nous avançons le lit sur la terrasse pour profiter des clairs de lunes. Ces nuits passées à la belle étoile prennent ici tout leur sens : bercés par le murmure de l’océan, nous contemplons la voûte céleste, un spectacle qui ne cesse de me couper le souffle.

Émi Wahé, notre galaxie, s’étire au-dessus de nous comme un immense ruban scintillant, suspendu dans le néant : une cité cosmique d’une splendeur inégalée. Nous dormons sous ce firmament, baignés par sa lumière, enveloppés dans un sentiment de plénitude que je n’aurais jamais cru possible.

C’est comme si nous vivions des vacances sans fin, une parenthèse enchantée dans laquelle nous avons retrouvé notre insouciance. Nous sommes heureux, presque isolés du reste du monde, tels des Robinsons modernes. Et bien que les rapports quotidiens avec nos camarades maintiennent ce fragile lien avec la réalité, Baïamé semble avoir suspendu le cours du temps.