Chapitre 6-60

Anna – NF 17

Les deux apsilos se sont dangereusement rapprochés. Deux apsilos noirs, veinés de marbrures bleues luminescentes. L’un s’est positionné sur bâbord, le second sur tribord. Leur aile rhomboédrique est toujours à l’horizontale, ce qui me laisse à penser qu’ils n’ont pas l’intention de nous aborder.

Nous ne nous sommes pas identifiés, nous faisons la sourde oreille à leurs requêtes. Quant à notre plan de vol, je suppose qu’ils le devinent. La station orbitale n’est plus qu’à 45 km. Pour l’instant, ils se contentent de nous escorter, nous laissant dans l’expectative…

« NF17 ! Déroutez-vous ! Mettez le cap sur tribord, 32° ! »

L’ordre de nous dérouter ne me dit rien qui vaille. Un mauvais présage.

« Tu peux toujours courir ! réplique Lewis.

— Sarah ? Tu peux nous transmettre… et traduire… les conversations ? » demande Éria. Aussitôt demandé aussitôt fait.

« A P 2 ?… A P 2 ?… Ici Apsilos 4 ! A P 2, répondez ! Kekman ! Kekman ! Tu m’entends ? A P 2 ? Oggor !… Ici Apsilos 7 ! Apsilos 4 ne répond pas ! Oggor !… A P 2 ?… A P 2 ?… Ici Apsilos 4 ! La navette refuse d’obtempérer ! Demande l’autorisation d’attaquer !

— Oh, oh… »

Attaque, synonyme de conflit ! Les enfants n’ont pas réglé le problème emnos ! Nous arrivons dans un guet-apens !

« A P 2 ?… Oggor, tu m’entends ?… Putain ! C’est quoi c’bordel ?

— Oh ! Merci pour la traduction, Sarah ! lance Éria.

Oggor ! J’vais les obliger à s’dérouter ! J’barre leur trajectoire !

— Merde ! » lâche Lewis.

L’apsilos de bâbord vire pour venir nous couper la route ! Et tout se passe très vite : l’appareil disparaît de notre vue, brutalement propulsé vers l’arrière ! Comme s’il venait de heurter quelque chose. Sur l’écran radar, son écho s’est évanoui !

« Kekman ! A P 2 ! A P 2 ! Apsilos 7 vient d’imploser ! Destruction de la navette ! »

Le temps d’un regard sur l’écran radar, je vois l’apsilos émettre un signal, il tire sur nous ! Éblouie par un puissant flash, je ferme les paupières ! La navette est violemment secouée ! Agrippée aux accoudoirs, je stoppe la respiration et serre les mâchoires… Les paupières scellées, le souffle coupé, je sens encore les vibrations de la navette…

« On est en vie ! » lance Lewis. Je rouvre les paupières. La verrière solaire est intacte. Les indicateurs affichent la variation de trajectoire due à l’impact, mais son amplitude est déjà en train de se réduire. L’écran radar ne présente plus que la signature de la station orbitale. Le second apsilos s’est, lui aussi, évanoui !

« Tu doutais ? semble s’étonner Éria. Sarah ?

J’ai la situation en main.

— Wow ! lâche Lewis. Ils ont tiré sans sommation !

— COS Upsilon ! Ici November Fox 17 ! Anna Zeed. Nous sommes en approche !

November Fox 17 ! Ici COS Upsilon. Nous vous avons en visuel… Vous nous recevez ?

— Cinq sur cinq, COS Upsilon ! Lewis Taylor.

Eh ben ! L’équipage d’Alpha Cent !

— Au complet ! lance Éria.

On peut dire que vous en avez d’la chance ! On suivait votre arrivée… Votre escorte vous a lâchés ?

November Fox 17, intervient une autre voix. Je suis Xavier de Fontaine, chef de station. En mon nom… et au nom de mon équipe, je vous remercie d’avoir choisi Upsilon ! C’est un honneur !

— Je vous en prie.

Les systèmes viennent de redémarrer !… Les relais vont vous prendre en charge… Bienvenue à la maison !

— Sarah ! On te doit une fière chandelle ! lance Lewis. Enfin… quand j’dis une… En fait j’les compte plus. »