Carol Destees – Syrtis Major
« Chéri !… Chéri !… Réveille-toi !
— Mmm ? » J’ouvre les paupières. La chambre est plongée dans le noir. Je tourne la tête vers l’horloge digitale. Les chiffres bleus clignotent, ils indiquent “0 : 07″.
« Quelqu’un frappe à la porte, murmure Aria.
— Oh ! Lumière ! » L’éclairage jaillit. Ébloui, je dois fermer les paupières. Les yeux mi-clos, je me lève et enfile un peignoir.
« Monsieur Destees ! crie une voix étouffée que je reconnais, tandis que des coups sourds résonnent. C’est moi ! Lorenzo Esteban ! Monsieur Destees ! »
Lorenzo est mon bras droit. Clé de voûte de notre administration, il a la lourde tâche d’assumer le rôle de Secrétaire Général. Qu’y a-t-il de si urgent pour qu’il se déplace… en personne ! en pleine nuit !… Pourquoi n’a-t-il pas passé un appel vidéo ?… Ou pourquoi n’a-t-il pas essayé de me joindre par interphone ? Mon domicile relié au siège en permanence… Je me dirige vers l’entrée comme un zombie, mais observe tout de même l’écran de sécurité avant d’autoriser l’ouverture de la porte. Je découvre un visage défait, livide, aux yeux cernés d’ombres terreuses. Lorenzo, en sueur, est hors d’haleine !
« Ouverture ! Lorenzo ? Mais qu’est-ce qu’y a ?
— Monsieur Destees ! » Lorenzo est à bout de souffle. « Il vient d’y avoir… une panne gigantesque !
— Une panne ?… Une panne de quoi ? »
Lorenzo reprend son souffle, il se prépare à répondre, mais je le stoppe dans sa lancée en levant la main droite.
« Attends ! Lorenzo ! Entre… » Je m’écarte pour le laisser passer, referme la porte et lui indique le salon.
« Assois-toi…
— Merci… »
Les lampes s’allument lorsqu’il pénètre dans la pièce. Il s’assoit sur le rebord du canapé. Je resserre mon peignoir et m’installe dans un fauteuil, devant lui.
« Je t’écoute… » Il s’éclaircit la voix.
« Il y a eu… une panne générale ! Tous les appareils, électriques, électroniques, quels qu’ils soient, se sont éteints simultanément !
— Comment ? On sait d’quoi ça vient ? On connaît l’origine de la panne ? C’est réglé ?
— Une partie seulement. Certains appareils se sont remis à fonctionner… sans qu’on sache ni comment ni pourquoi ! Mais nous n’avons plus aucune communication, aucune liaison ! Tous les réseaux sont hors service. C’est aussi pour ça… que je suis venu en personne.
— Mais ?… les raisons sont… naturelles ?
— Hélas… je n’le pense pas. Les observateurs ont aperçu une ondulation du tissu spatial, une distorsion, juste avant la panne.
— Une distorsion ? Encore une espèce de trou noir ?
— Je n’crois pas. C’était autre chose… D’après les observateurs… quelque chose a… pénétré notre espace. »
La nouvelle me stupéfie !
« Comment ça ? quelque chose ?
— Les rares témoignages concordent. Une forme lumineuse, apparemment gigantesque !
— Nous avons les images ?
— Justement…
— Quoi, justement ?
— Les images ont… disparu. » Il grimace. « Elles ont été… effacées.
— Effacées ?
— Oui. C’est c’qui nous fait craindre le pire. » Il hoche la tête. « Nous ne recevons plus qu’une seule émission de signaux provenant de l’espace… et son origine… se rapproche.
— Se rapproche ?
— Oui… Nous prévoyons un contact dans les prochaines heures, une cinquantaine tout au plus.
— La panne pourrait-elle provenir d’une arme à énergie dirigée ?
— C’est possible… probable même.
— Une attaque ?… On n’est pas préparés ! Que peut-on faire ?
— Pas grand-chose, je le crains. »
