Philippe Labbé – Pacifique Sud
« 12 h 21 GMT, 23 h 51 heure locale, neuf minutes avant ma prise de poste… Il est temps… Je suis désolé mes chéris, mais là j’vais devoir vous quitter.
— Oh, Papa ! proteste Victor. J’t’ai pas raconté c’que j’ai fait c’matin !
— Eh bien tu m’raconteras ça demain !
— Mais demain j’chuis à l’école ! » Il fait une grimace comique.
« Alors tu m’raconteras ça la prochaine fois.
— Tu laisses Papa aller au travail », intervient Coraline. Victor souffle, l’air résigné.
« Mes chéris… j’vous embrasse ! » Je mime un baiser. « Bon après-midi !
— À demain… Je t’aime ! » ajoute Coraline avec un clin d’œil. Victor boude. « Je vous aime. Bisous ! » Je coupe la liaison. Appréciable, le retour des communications ! Je recule la chaise à roulettes, m’aide des accoudoirs pour me lever, je m’étire… et quitte la cabine. Je presse le pas dans la coursive, monte les marches deux par deux jusqu’au pont principal… Et j’emprunte le couloir qui mène à la cage d’ascenseur de la passerelle, une vaste salle à l’avant du navire. Le Stjerners Bergen est un cargo de divers qui fait le tour du monde. Le gigantesque pentamaran navigue aux énergies conjuguées du vent, du soleil, de la houle et de piles à combustible à oxydes solides. Il dispose de cinq voiles, solaires et éoliennes, rigides, rabattables et repliables. En ce moment, nous assurons une liaison San Francisco-Sydney. Je suis second capitaine, celui que l’équipage nomme le “Chien de Bord”. Nous sommes dix-huit. Sven Wilhelmsen, le capitaine, trois lieutenants, officiers de pont, cinq officiers mécaniciens, un maître d’équipage et trois matelots, un maître machine, trois ouvriers et moi. La porte de la passerelle s’ouvre. Lee, un lieutenant philippin, se retourne.
« Lee ! Quoi d’neuf ?
— R.A.S. Philippe. Nous sommes à douze milles de l’île Norfolk… 24 nœuds… Tout baigne !
— O.K. ! Tu peux aller te… »
Le “pooot” fracassant et répété de l’alarme radar retentit !
Lee et moi nous précipitons vers l’écran de contrôle.
« Passerelle ! résonne la voix du capitaine. Identification ?
— Sur bâbord, capitaine ! Quelque chose d’énorme ! Qui se déplace à grande vitesse ! Ça tombe du ciel ! Vous devriez v’nir voir ça !
— J’arrive ! » Nous accourons vers la large baie vitrée. Nous bénéficions, lorsque les voiles sont rabaissées, d’une observation sur 360°. Les nuages s’éclairent au passage d’un bolide gigantesque incandescent ! Il est suivi par une cohorte d’objets enflammés ! Du bolide, jaillit soudain un puissant flash de feu d’artifice qui illumine le ciel ! Des dizaines… peut-être une centaine, d’objets sont projetés dans toutes les directions…
