Enki – Lesotho
« Nous formions un clan soudé, solidaire, d’une vingtaine d’individus… Une tribu de chasseurs-cueilleurs nomades… C’était le mode de vie de l’époque… et on ne se posait pas de questions. Nous avions une vie simple, rythmée par une lutte quotidienne pour la survie… C’était un autre temps… barbare, sans pitié, sans foi ni loi…
— Barbare ? N’exagère pas, remarque Abgal qui sourit. Il a toujours eu ce sens de l’exagération narrative.
— Eh ! C’est pour ça qu’je suis numéro 1 ! Non ? » Je réplique avec humour… Un humour qu’ils ne semblent pas saisir.
« Numéro 1, 2, 3, 4 ou 5, quel que soit le numéro, il n’autorise aucune prérogative, précise Marduk.
— Quel dommage, fiston. Bref… Nous vivions l’aube de l’Humanité… Enlil, Abgal et moi, nous étions les chefs du clan, inséparables, solidaires dans la tâche, dans l’effort, comme parfois dans la résignation… Entre nous, c’était à la vie… à la mort ! Je me souviens… » Je me ravise avant d’être à nouveau taclé. « … Enfin, je crois me souvenir… du jour qui a changé le monde. Nous étions en été, Marduk avait un peu plus d’un an… Je commençais tout juste à me soucier de sa présence… Ah ! Ça les surprend ! Oui… En ces temps-là, la mortalité infantile était telle, que les hommes ne se préoccupaient pas des nouveau-nés. C’était l’affaire des femmes. Nous commencions à nous attacher aux enfants lorsqu’ils pouvaient courir…
— Lorsqu’on pouvait commencer à transmettre notre maigre savoir, complète Abgal.
— Ça devait faire deux mois, deux lunes, que nous avions quitté les hautes vallées pour explorer un territoire marécageux. Une contrée riche en gibier d’eau, en poissons, en sangliers… et en dangers de toutes sortes ! Insectes, serpents, crocodiles… et j’en passe… Comme à notre habitude, ce matin-là nous étions à la chasse… en compagnie de nos deux fidèles rabatteurs… et rapporteurs ! An et Eâ.
— Nos chiens, précise Abgal.
— Nous contournions les marais par l’ouest… le soleil était au zénith… il ne devait pas être loin de midi… Lorsque les chiens se sont mis à aboyer ! Sans raison… Des aboiements… inhabituels, étranges pour nous, des hurlements, des grognements, des gémissements… Ils avaient senti quelque chose…
— En fait sans eux, ajoute Abgal, la face du monde en aurait été changée. Nous ne serions pas là… Vous non plus.
— Quelqu’un d’autre serait peut-être à notre place, avance Inanna.
— Les voies du hasard sont impénétrables, renchérit Ereshkigal.
— Bref… Ils nous ont faussé compagnie ! Ils ont filé vers l’est pour disparaître derrière les roseaux… Tu voulais aller les chercher, dis-je à Abgal, mais je ne voulais pas prendre le risque.
— C’est l’inverse, me semble-t-il, réagit Abgal, mais peu importe.
— Peut-être… Enfin bref… On s’est retrouvés tous les trois… Seuls ! En territoire hostile ! Alors que faire ? Eh bien… on est rentrés… penauds d’avoir été… lâchés par nos chiens. Honteux de les avoir perdus… Mais c’n’est pas fini ! La nuit tombe… on reprend nos petites habitudes… Et là ! Surprise ! Les voilà qui réapparaissent ! Comme si de rien n’était… Et dire qu’on en serait restés là… si Eâ n’avait pas porté… le collier !
— Le collier qui a causé leur perte, précise Abgal.
— Oui… Ça… j’n’en suis pas fier… Eâ avait réapparu avec un collier. Un collier qui paraîtrait bien plus qu’ordinaire aujourd’hui. Mais un collier de métal argenté ! Lisse et parfaitement régulier ! Impensable à l’époque ! Un objet… impossible ! Plus qu’extraordinaire, un présent des dieux !… Je reste persuadé qu’ils avaient posé le collier pour nous interpeller et nous attirer. Je n’ai pas dormi cette nuit-là… Et nous sommes partis dès l’aube, encourageant nos chiens à retourner vers l’endroit qu’ils avaient découvert la veille…
— Ils n’ont fait aucune difficulté, ajoute Abgal.
— Et nous nous sommes enfoncés dans le marais… de l’eau jusqu’aux épaules ! Nous frayant un chemin entre des forêts de roseaux de plus de trois mètres… Jusqu’à atteindre un îlot couvert de buissons, d’arbrisseaux… Un îlot dominant, de quelques mètres, un étonnant pays de terre et d’eau. Un inextricable lacis de canaux, de bras de mer, d’îles, d’îlots… Un immense delta !
— Notre premier labyrinthe, sourit Abgal.
— Devant nous, les chiens continuaient de nager… Et nous avons peiné pendant un bon bout de temps… avant de l’apercevoir ! Cachée dans la verdure, entourée d’un tapis de lentilles d’eau… Une grande île… à la végétation… extraordinaire ! Des arbres et des arbustes aux essences variées dominaient des massifs fleuris, des prairies de graminées, des carrés de végétaux alignés ! Un ordre déconcertant, inattendu, inquiétant… Nous avions devant nous une nature domptée ! Avec une abondance de fleurs, de fruits ! Un tableau construit à la beauté diabolique ! Je vous rappelle que nous étions nomades… C’était la première fois… que nous apercevions… un jardin !
— L’Eden !
— Nous sommes restés plusieurs heures à observer cette île fabuleuse… Couchés derrière des buissons… à épier les mouvements des habitants de l’île…
— Les gardiens !
— Sous les jappements indiscrets de nos compagnons qui s’étaient visiblement liés à ces mystérieux personnages. Des individus d’une autre espèce ! Plus grands, plus robustes… Avec un crâne volumineux, des arcades sourcilières marquées, un front fuyant, un menton quasi inexistant… Les hommes, comme les femmes, portaient de longues tuniques maintenues à la taille par une ceinture. Des tuniques avec des broches aux épaules… Des broches argentées ! Scintillantes sous le soleil ! Tous étaient plutôt jeunes… Il n’y avait ni vieux ni enfant… Peut-être les cachaient-ils ?
— C’est ce que nous pensions, intervient Abgal.
— Des enfants ? En fait, ils n’en avaient pas. Et ce n’est que bien plus tard… que nous en avons compris la raison…
— Le premier véritable contraceptif de l’Humanité ! Cent pour cent efficace ! précise Inanna.
— Imaginez notre perplexité, notre trouble, nos hésitations… Nous avions découvert une île peuplée d’inconnus mystérieux ! Des inconnus… apparemment bien bâtis… Bien plus vigoureux que nous autres ! Des inconnus qui avaient dompté la nature !… Comme ils avaient dompté nos chiens ! Ils devaient posséder d’extraordinaires pouvoirs… Des dieux… à n’en pas douter !
— Et ce sont nos chiens qui nous ont trahis, grimace Abgal.
— Ils se sont mis à aboyer sur nous ! Les alertant immédiatement. Ils se sont avancés jusqu’à la rive… Ils étaient quatre. Et nous n’étions qu’à quelques mètres…
— Autant dire qu’ils nous ont tout de suite repérés ! lance Abgal.
— Nous nous sommes levés, menaçants, l’arc et le carquois à l’épaule, la lance à la main droite… J’ai croisé leurs regards ! Et ce que j’ai lu… en eux… m’a marqué à tout jamais…
— Ils ont tout de suite saisi nos intentions, reprend Abgal.
— Ils ont su que nous venions pour les tuer, les anéantir… Il n’y avait pourtant aucune animosité dans leurs regards… Bien au contraire ! Il y avait de la bienveillance, de la bonté, de la sagesse…
— La sagesse, chez l’homme, soupire Ereshkigal, ne s’acquiert qu’après de longues années !
— C’est le fruit du temps, de l’expérience… Des expériences ! Bonnes et mauvaises… À cette époque, cette sagesse nous était… inconnue. Et pourtant, ils nous ont invités à les rejoindre…
— Comme on invite des loups dans la bergerie ! s’exclame Abgal.
— Oui… Pourtant, ils semblaient étrangement soulagés… En fait, ils devaient éprouver ce que nous avons ressenti en apprenant votre venue : du soulagement, de l’apaisement… Comme si le poids des responsabilités qui pèse sur vos épaules s’envolait soudain. Ils étaient les gardiens, présents sur les lieux depuis… des temps immémoriaux… Nous étions la relève…
— Ce que, bien entendu… nous ignorions, ajoute Abgal.
— Ils nous ont accueillis comme des rois… Ils nous ont présenté tout ce qu’ils avaient de plus précieux, des bijoux, des pièces de métal… Ils voulaient nous offrir toute sorte de nourriture exotique, des fruits inconnus, des galettes d’épeautre, la céréale qu’ils cultivaient, de curieuses boissons ambrées…
— Mais méfiance… dit Abgal. Nous n’allions pas goûter quelque chose que nous ne connaissions pas.
— Et ils nous ont présenté… le sanctuaire !… Une éminence circulaire au cœur de l’île, dissimulée par des arbres majestueux, consolidée sur son pourtour par un parement de pierres sèches… Un tumulus à l’entrée marquée par deux pierres levées… Des marches de pierre descendaient dans l’obscurité…
— Ça sentait le piège à plein nez, précise Abgal. Ils faisaient ami-ami pour endormir notre méfiance… Et ils pensaient que nous allions les suivre dans un tunnel qui s’enfonce sous terre ? C’était bien mal nous connaître.
— Nous avons refusé de les suivre. Qu’importe… Trois d’entre eux sont descendus… Et quelle ne fut pas notre surprise de voir une puissante lumière blanche jaillir des profondeurs ! Non pas la lueur vacillante d’un flambeau, la chaleur d’une torche enflammée, non, non, non ! Une lumière stable, blanche, froide ! Ils ont tellement insisté pour que nous descendions… que nous avons fini par céder à la tentation… Et nous avons découvert… le domaine des Dieux ! C’était il y a plus de huit mille ans… Nous étions au néolithique ! Nous faisions nos premiers pas sur du métal ! Nous foulions les corridors austères d’un vaisseau spatial !… Imaginez le bond dans le temps !
— Le vaisseau nous a semblé gigantesque, reprend Abgal.
— Ils nous ont présenté celui qu’ils appelaient… “Anounaki” ! Le squelette d’une petite créature vêtue d’une combinaison brillante. Elle reposait dans un petit fauteuil, au cœur d’une salle blanche…
— Un Éthaïre ! s’exclame Jade.
— Probablement… Et c’est à ce moment que nous avons compris que nos guides… n’étaient que les gardiens du sanctuaire… Ensuite ils nous ont dirigés vers une salle obscure… Et ils nous ont priés de patienter… Un rai de lumière verte est apparu soudain, en même temps qu’un sifflement ! Une machine infernale venait de se déclencher ! Le couvercle d’un sarcophage se relevait… seul ! Un sarcophage rempli d’un liquide vert luminescent ! Une jeune femelle, nue, était recroquevillée, immergée dans le liquide ! Et l’incroyable s’est produit ! Elle s’est redressée brutalement ! Le regard dément, la bouche grande ouverte… Elle toussait, recrachait le liquide fumant… Je crois qu’elle ne nous voyait pas… Elle s’est levée… a enjambé l’appareil… et j’ai paniqué ! Je l’ai violemment collée contre la cloison du vaisseau ! Ma main gauche plaquée contre sa bouche ! De ma main droite, j’ai enfoncé une flèche dans sa poitrine ! De toutes mes forces… J’ai senti la chaleur de son sang, ses yeux se sont éteints, son âme s’en est allée… C’était il y a si longtemps… et pourtant je dois retenir mes larmes chaque fois que je repense à cet instant…
— La vue du sang, l’odeur du sang, le goût du sang ! nous ont rendus fous, poursuit Abgal. Nous les avons froidement massacrés…
— Ils n’ont même pas cherché à se défendre… Accueillant leur sacrifice comme une bénédiction… Et j’ai honte à le dire… mais ça nous galvanisait… Et tandis qu’Enlil retournait au campement, Abgal et moi avons jeté leurs cadavres dans les canaux environnants… Enlil n’est revenu que le lendemain après-midi… avec l’ensemble de la tribu… Nous avons été infiniment soulagés de retrouver les nôtres… Nous n’avions pas dormi, la nuit passée à l’affût du moindre bruit, nous attendant à voir surgir les fantômes des gardiens…
— Et nous nous sommes installés sur l’île, précise Abgal.
— En lieu et place des gardiens… Et ce n’est que bien plus tard que nous avons compris… que nous avions massacré… les derniers Néandertaliens !… De véritables fossiles vivants ! Eux qui avaient survécu plus de vingt mille ans après l’extinction de leur espèce !… Jamais nous ne pourrons expier un tel crime…
— Avec les progrès de la génétique, intervient Inanna, des généticiens ont souhaité ressusciter les Néandertaliens… Comme ils l’ont fait pour certaines espèces disparues… Celles qui ont été réimplantées sur Mars… Avec d’ailleurs, des succès plus ou moins contestables… Alors, ressusciter les Néandertaliens ! Nous nous y sommes farouchement opposés ! Par respect, et en mémoire, de ceux qui nous ont transmis… l’Arche… l’Arche, c’est le nom que nous avons donné à la machine qui régénère… Au vu de sa forme générale. Notre code d’éthique interdit tout clonage humain. Comment auraient-ils été traités ? Que seraient-ils devenus ? Des sujets d’expériences ? Des bêtes de foire ? Vouloir recréer les Néandertaliens pour découvrir quels étaient leurs comportements n’était que stupidité. Les comportements ne sont pas inscrits dans notre patrimoine biologique. Ils sont les fruits de notre histoire, de notre vécu, de notre apprentissage…
— Depuis que les questions se posent, intervient Ereshkigal, Inanna se passionne pour la bioéthique.
— L’utilisation du sarcophage ne s’est présentée que trois ans plus tard, reprend Abgal.
— Presque quatre. Entre-temps, nous avions fort à faire avec notre apprentissage de l’agriculture… Et cette première utilisation a été le fruit d’un concours de circonstances. Ninmah, la compagne d’Enlil, se faisait… vieille. Elle devait avoir une quarantaine d’années… un âge respectable pour l’époque ! Elle avait des difficultés respiratoires… Peut-être une pneumonie ?
— Ou une allergie au pollen ? Nous étions au printemps, remarque Abgal.
— Elle s’était aperçue qu’elle respirait plus facilement à l’intérieur du vaisseau… Surprenant ! Mieux qu’à l’air libre ! Et plus elle s’approchait du sarcophage… et mieux elle respirait ! Les jours passaient, son état s’aggravait… Elle dut bientôt se mettre à genoux devant le sarcophage ouvert pour respirer ! C’était un matin… ou un après-midi… Il paraît que Ninmah est sortie du sanctuaire au pas de course ! Dans tous ses états ! Et je veux bien le croire. Elle n’avait plus cette triste mine, cet air de chien battu qui traîne la patte… Elle avait retrouvé ses couleurs, son énergie, sa force vitale ! Elle n’en revenait pas elle-même… Enlil nous a tous réunis… et Ninmah nous a raconté ce qui s’était passé. Elle avait fini par s’endormir, à genoux devant le sarcophage, et sa tête avait plongé dans le liquide ! Ce qui ne l’avait pas empêchée… de respirer !
— Un fluide respiratoire, précise Abgal.
— Oui, oui… » Mel opine de la tête.
« Bref… Elle était tellement chamboulée qu’elle a voulu retenter l’expérience… L’expérience ultime… S’immerger entièrement dans le liquide ! C’était une pure folie… Mais il nous fut impossible de l’en dissuader… Quand Ninmah avait quelque chose en tête…
— Mmm, mmm ! » Marduk tousse. Je comprends qu’il pense la même chose pour moi…
« Ninmah s’est déshabillée… Elle a enjambé le rebord du sarcophage… Elle s’est assise dans le fluide… puis elle s’est allongée… en se recroquevillant… J’ai forcément repensé à la jeune femelle que j’avais froidement assassinée…
— Le nez de Ninmah a disparu sous le liquide, poursuit Abgal, et la machine s’est mise en branle !
— Le couvercle s’est aussitôt refermé ! Enlil était terrifié ! Nous avons tout tenté… tout ce qui était en notre pouvoir à l’époque.
— C’est-à-dire pas grand-chose, intervient Ereshkigal.
— C’était impossible de relever le satané couvercle ! Enlil venait de perdre sa compagne… Nous sommes restés immobiles, impuissants, devant le monstre endormi… Le temps du deuil… Et la machine s’est soudain mise à siffler ! J’ai revu le rai de lumière verte ! Et j’ai aussitôt revécu la scène qui vient et revient me hanter depuis…
— Ninmah s’est redressée, poursuit Abgal. J’en ai eu la chair de poule !
— Nous avons tous eu la chair de poule ! C’était bien Ninmah… mais elle était… méconnaissable ! Elle avait les traits, le corps… de la jeunesse, de l’adolescence !
— Nous venions de découvrir… la régénérescence ! lance Abgal. Et nous en avons usé… et même parfois abusé… Son effet nous garantissait contre toute maladie… mais il nous a rendus stériles… Un bien maigre mal en comparaison de ce qu’il nous apportait : la jeunesse éternelle ! L’immortalité !
— Négligeable, notre stérilité. Quand on voit l’évolution de la population humaine…
— Et que devient… cet appareil ? demande Mel.
— Vous imaginez qu’il ne nous a pas quittés… Nous sommes restés sur l’île sanctuaire… pendant… plus de quatre mille ans ! Quand on y pense ! Une île que nous avions transformée en véritable forteresse.
— Nous n’allions pas nous laisser massacrer comme les gardiens précédents, précise Marduk.
— Et c’est à proximité que nous avons fondé Sumer, la première véritable civilisation !
— Et c’est grâce aux symboles gravés dans le vaisseau que nous avons inventé… la première forme d’écriture, renchérit Inanna.
— Et c’est avec l’avènement de la civilisation sumérienne… que les complications se sont multipliées. Une proximité trop étroite, entre les hommes et notre clan, devint rapidement préjudiciable. Ils commencèrent à douter… de leurs dieux vivants…
— Notre déification ! lance Abgal. Elle aurait pu signifier notre anéantissement… Les premières statues à nos effigies… Les premiers portraits… Les premiers textes… La mémoire du passé !
— Ils s’aperçurent de notre éternelle jeunesse ! Et c’est à partir de là que nous avons commencé à perdre certains des nôtres… L’homme est belliqueux par nature… Nous en savons quelque chose ! La jalousie, la soif de puissance, la volonté de domination… Nous avons dû quitter les lieux… avec notre secret… Et l’emporter… n’a pas été chose facile ! Le sarcophage n’est qu’une partie du mécanisme… Un mécanisme fort complexe… Démonter l’Arche, la déplacer, la remonter, a toujours été une tâche extrêmement délicate… Notre atout principal, c’est d’avoir toujours su nous entourer des meilleurs, des plus brillants, des plus compétents…
— Et notre force de ne pas avoir la prétention de nous croire supérieurs ! Nous étions au bon endroit… au bon moment… Nous avons juste… l’Expérience… L’Expérience avec un grand E !
— Et nous sommes partis à l’abri des guerres de civilisation… Mais nous avons dû, sans cesse, déménager… toujours plus loin… À l’abri de l’expansion des civilisations… L’Arche a été détruite à la fin du XXe siècle. Lorsque nos scientifiques ont compris son mécanisme. Ils ont réussi à fabriquer un appareil similaire, plus adapté à la morphologie humaine… La nouvelle Arche se trouve trois étages plus bas.
— Et le vaisseau éthaïre ? demande Mel.
— Il est toujours en place. En Irak, dans la région de Bassora. Nous avons des gens sur place. Des personnes de confiance qui protègent et surveillent la zone. Nous avons, bien sûr, arasé le tumulus, et l’île a disparu… depuis plusieurs millénaires. Le vaisseau est parfaitement indétectable ! Même avec les moyens actuels ! Il ne crée aucune anomalie… si ce n’est d’étranges vapeurs éthérées roses et bleues… Elles apparaissent parfois, sans que nous ne sachions ni comment ni pourquoi.
— Ah ! Ah ! s’amuse Thomas.
— Nous avons l’explication, assure Mel.
— C’est un cristal… qui est à l’origine des vapeurs, annonce la voix traduite d’Éoïah. Un icosaèdre. Un stabilisateur temporel que nous disposons sur chaque planète… Ces cristaux forment un lien qui nous permet, lors de nos lointains voyages, de revenir sur nos pas… Mais je vous en prie… »
