Chapitre 22

1.1.4

Il fait nuit sur la côte sud-est de Gandharva, le ciel est dégagé. Au bord d’une falaise, un jeune Wa’ Dan a tendu une toile pour se créer un abri. Assis en tailleur, il joue doucement de la flûte, ses notes se mêlant au souffle de l’océan. Devant lui, la voûte céleste s’étend, éclatant de milliers d’étoiles. Il laisse son regard se perdre dans cette immensité, chaque note qu’il joue semblant répondre à l’appel des astres. Soudain, son attention est attirée par une étrange apparition. Des points lumineux apparaissent dans le ciel, non loin de lui. Ce ne sont pas des étoiles filantes. Ces lumières se déplacent lentement, presque en synchronie, mais leur mouvement est trop fluide, trop contrôlé. Elles s’éloignent les unes des autres, formant une danse silencieuse dans la nuit. Le Wa’ Dan, surpris, cesse de jouer et observe attentivement ces objets mystérieux. Il en compte huit. Une question flotte dans son esprit, mais il ne parvient pas à en saisir le sens.

*

C’est un début d’après-midi, dans le sud d’Asadal. Une plaine herbeuse s’étend à perte de vue, d’un vert éclatant sous un ciel d’azur. Une jeune Wa’ Dan court à travers cette étendue, ses pieds frappant le sol avec une légèreté étrange. Elle slalome entre des joncs et des roseaux, alternant sa course, parfois bipède, parfois quadrupède, comme une créature en parfaite harmonie avec la terre. Son sac, porté sur son dos, balance au rythme de ses mouvements, laissant dépasser des objets longs et effilés qui frappent l’air avec une légèreté presque hypnotique.

Un oiseau prend soudain son envol, attirant brièvement son attention. Elle le suit du regard, mais c’est un tout autre phénomène qui capte aussitôt toute son attention. Haut dans le ciel dégagé, flotte quelque chose d’improbable : un œuf, immense, qui tournoie lentement, comme suspendu dans l’air.

Elle s’arrête net, les yeux fixés sur l’étrange objet qui glisse doucement sous le soleil…

L’œuf vacille soudain, un éclat lumineux jaillit, puis un essaim d’insectes surgit de l’œuf ! Des milliers de petites créatures qui s’échappent dans un tumulte chaotique.

Un frisson de surprise traverse la jeune Wa’ Dan. Sans un mot, elle détourne le regard et, le cœur battant, détale en knuckle-walking, ses mains frappant le sol avec une rapidité effrayée, comme un chimpanzé cherchant à échapper à un danger invisible.

La peur, instinctive, la pousse à fuir, mais l’étrangeté de la scène la hante déjà…

*

Le crépuscule tombe sur Pangou. Vautré dans un hamac suspendu aux branches supérieures d’un arbre d’une forêt claire, un jeune Wa’ Dan déguste un mélange de fruits et de graines. L’air est doux, l’odeur de la forêt s’enroule autour de lui, apaisante. Mais soudain, un bourdonnement étrange perce le silence relatif, le faisant se redresser d’un coup.

« Zzz… »

Le bruit se fait plus proche, plus insistant. Le Wa’ Dan tourne la tête, intrigué, et aperçoit une grosse bestiole qui se dirige droit vers lui. Elle le frôle en passant, avant de se poser directement sur son avant-bras. Le Wa’ Dan ne bouge pas, figé par l’étrangeté de l’insecte qu’il n’a jamais vu. Il l’observe avec un mélange de curiosité et de méfiance, ses yeux rivés sur la créature.

La bestiole, sans crier gare, lui pique l’avant-bras avant de s’envoler à tire-d’aile. Le Wa’ Dan, surpris et agacé, fronce les sourcils. En un éclair, il saisit l’arc à poulies accroché à son côté d’une main, une flèche de l’autre. Il inspire profondément, positionne la flèche avec une précision naturelle, tend l’arc… et décoche. La flèche file dans l’air, atteignant la bestiole en plein vol, avant de se planter dans le tronc d’un arbre avec un bruit sec ! Le Wa’ Dan lâche un grognement irrité.

« Non, mais! »

Il se laisse retomber dans son hamac, les yeux fixés sur la flèche. Flèche qui se dresse comme le témoin silencieux de sa réponse à l’irruption inattendue dans la quiétude de son quotidien.