Chapitre 3-16

Thomas

La chute de Thomas a été amortie par les épaisses broussailles. Mais il a atterri sèchement sur son côté droit, avant de dévaler une pente rocailleuse en terribles roulés-boulés… Jusqu’à ce qu’un tronc mort ne le stoppe net. Allongé sur le dos, incapable de crier, de respirer, il tente, par à-coups, de reprendre sa respiration.

« Thomas ? » Ma sœur. « Ça va ?

Hmm ! Suis KO. J’essaie de… respirer. » Les branches sont tellement serrées que je ne vois pas le ciel, il fait même presque nuit.

« Tu nous as fait peur !

Ouais… ben, moi aussi j’ai eu peur !

Est-ce que tu peux marcher ?

Chais pas. Faudrait déjà qu’j’arrive à m’lever.

Prends ton temps, Thomas ! » Mel. « Et t’inquiète pas, on vient t’chercher.

Vous allez descendre ?

On va s’débrouiller.

O.K. » J’essaie de me lever, mais mon dos me fait trop mal. Je m’appuie sur le coude droit : mauvaise idée !

Thomas serre les dents et ferme les paupières. Il les rouvre pour examiner son bras, et découvre que la combinaison est déchirée du coude au biceps… et à l’épaule.

« Oh mince ! » La peau est arrachée ! Et je saigne !

« Qu’est-ce qu’y a ? demande Ève.

Je suis blessé.

Qu’est-ce que t’as ? »

Il regarde son bras gauche avec appréhension, mais ne voit rien de spécial. Rien non plus sur le torse. Il bouge ses jambes et sa main droite.

« C’est le bras droit.

Cassé ?

Non… j’crois pas.

Tu vas pouvoir marcher ?

Attends. »

Avec l’aide du bras gauche, Thomas parvient à s’asseoir.

« Ça tourne ! »

Il attend quelques instants avant de prendre appui sur la souche et réussit à se lever.

« Je suis debout.

Super ! Alors tu restes là le temps qu’on arrive.

Euh ? J’ai pas trop envie d’rester là. J’préfère me rapprocher d’vous.

Si tu veux.

Mais j’sais pas où j’chuis tombé. Le terrain est en pente. Je monte ? Ou je descends ?

Tu descends ! Et tu prendras… sur ta droite.

O.K. »

Thomas entame la descente en grimaçant à chaque pas. Il titube de tronc en tronc, comme un zombie, jusqu’à tomber sur le lit d’une rivière asséchée. Le chemin, un tunnel à la voûte végétale menaçante, s’enfonce vers les profondeurs.

« Suis le sentier ! » me conseille Ève. « Ça y est ! Jade nous a dégagé un puits dans les broussailles ! Adam va nous faire descendre !

O.K., mais j’fais une pause. »

Thomas, la bouche ouverte pour mieux reprendre son souffle, s’assoit sur un rocher. Derrière les bruits de sa respiration haletante, un craquement retentit. Immobile, les sens en alerte, Thomas entend des bruissements, des raclements… qui se rapprochent !

« Thomas ! Tu n’es pas seul ! »

Un grognement, un sifflement. Thomas n’a pas le temps de se retourner, un claquement sec retentit, quelque chose de puissant fouette l’air, et entoure son torse et ses bras. La douleur le fait hurler. Un gros boyau gris sombre, aux reflets bleu métallique, l’enserre au niveau de la ceinture. Un nouveau mouvement vif, et son torse est enlacé. L’étau se resserre et lui coupe le souffle. Un troisième claquement, et le piège se referme sur ses épaules. Thomas est soulevé et entraîné, il perd connaissance.

« Thomas ! Réveille-toi ! Fais quéqu’chose ! Défends-toi ! » Ève crie, elle hurle dans ma tête. « C’est un animal ! Tu peux le geler ! »

Je ne peux pas bouger le bras droit ! Ma main gauche est coincée contre ma cuisse, mais il faut que j’arrive à la retourner ! Du petit doigt, je sens un contact froid, rugueux. Sous cette cuirasse coule le liquide vital du monstre, un liquide que je vais simplement figer.

Au contact du doigt de Thomas, une lèpre réfrigérante fulgurante gagne le corps entier de la créature. Thomas se retrouve ainsi prisonnier d’une statue de glace. Puisant dans ses dernières forces, il inverse le processus et accélère les fluides… L’étreinte se desserre et Thomas tombe dans une chute amortie par les chairs flasques et tièdes du monstre. Il transmet un bref « C’est O.K. » et reste immobile sur ce matelas inattendu.

« On est descendus ! On arrive ! » Il ne faut pas que je reste ici ! Il faut que je dégage avant l’arrivée d’autres bestioles !

Thomas se relève et se retourne : il est pris d’un frisson irrépressible en découvrant une espèce de serpent à tête large et aplatie. Sous deux gros yeux jaunes et noirs, une gueule béante laisse entrevoir plusieurs rangées de crocs acérés. Une longue langue rouge violacé bifide pend lamentablement. Son corps, long de plusieurs mètres, se termine par cinq queues.

Un serpent à cinq queues !

Sans perdre un instant, Thomas s’engage sous le tunnel de broussailles.

« On s’rapproche !

— Hou ! Hou ! Thomas ! On arrive ! » La voix de Jade.

« Ici ! »

En voyant apparaître ses camarades, Thomas se laisse tomber. Ils ont le visage crispé, l’air soucieux, ils sourient timidement lorsqu’ils l’aperçoivent.

« Ben alors ? lance Mel. Qu’est-ce qui t’a pris d’t’envoler ? Tu voulais nous fausser compagnie ?

— Hein hein…

— Waouh ! s’exclame Ève qui mord sa lèvre inférieure et s’agenouille devant moi.

— Vous en faites une tête ! J’ai si mauvaise mine ?

— Pire ! Montre ton bras. Mmh… C’est pas chouette… »

Éoïah s’approche, elle pose une main sur son cou :

« T’inquiète, Thomas. J’arrangerai ça dès que nous serons dans un endroit sûr. Mais faut qu’on dégage d’ici au plus vite.

— J’te prends sur mon dos, m’annonce Mel. Adam, j’compte sur toi pour l’alléger. O.K. ?

— Ça marche. »