Devant l’urgence absolue de la situation, j’ai, en ma qualité d’Administrateur Général, déclenché le plan MABUR.
Plan MABUR : Martian ABsolute URgency.
Un plan d’urgence pour mobiliser les moyens de secours, mettre en alerte les hôpitaux, et mettre en place des postes médicaux et des postes de commandement opérationnels. J’attends l’arrivée de mes cinq collègues administrateurs pour une réunion de crise au siège du gouvernement, la résidence Margov.
Pour leur sécurité, leurs vaisseaux sont tenus de voler en rase-mottes, à vitesse minimale, et pilotés par des navigateurs chevronnés présents à bord. Je ne veux pas qu’ils risquent leur vie en cas de nouvelle coupure d’énergie.
Nous avons 69 morts et 116 blessés à déplorer dans les 31 crashs recensés suite à la panne. Si cette étrange interruption s’était produite sur Terre, le bilan aurait été bien plus lourd. La faible pesanteur martienne a permis de limiter le nombre de victimes. Il faut hélas ajouter, à ce triste bilan, le décès de 53 personnes porteuses d’appareils médicaux.
Les ruptures totales de communication ont considérablement retardé les secours. Seules les liaisons de courtes distances ont été rétablies. Nous n’avons plus de télécommunications spatiales, a fortiori de liaison avec la Terre.
Willim Brandon, l’administrateur de Nepenthes, est arrivé hier soir. Willim est, pour moi, bien plus qu’un administrateur. C’est un ami de longue date, un confident. Il a 46 ans, deux ans de moins que moi. C’est un arrière-petit-fils de colon, issu d’une troisième génération à naître sur Mars, tout comme moi. Ce blond au teint pâle et aux yeux bleus, au visage apathique, étroit, a une peau ridée et bardée de taches de rousseur. Légèrement plus grand que moi, Willim mesure 2 m 07. Je l’ai invité à passer la nuit dans ma résidence d’Isidis Bay.
*
À notre arrivée, nous retrouvons Zéa Benwal, l’administratrice de Marikh, dans la cour intérieure de la résidence Margov. Assise sur le rebord du bassin de l’atrium, Zéa nous attend, une tasse fumante à la main. Elle porte une longue robe noire asymétrique, très moulante… fendue sur les côtés… et d’incroyables escarpins noir et bordeaux.
Cette vamp d’1 m 92, au profil de déesse, brune de 39 ans, a des yeux verts au regard charmeur, des lèvres pulpeuses. C’est une séductrice née, à la fois sensuelle, ensorcelante, et insaisissable.
Le mystérieux signal poursuit son approche, mais aucune observation ne vient éclairer notre lanterne. Son origine demeure invisible.
Élya Kad’Orh, l’administratrice de Daga, 57 ans, débarque pour le déjeuner. Ce n’est pas son vrai nom, mais son pseudo d’écrivain. Elle est l’auteure du best-seller “Fictions Martiennes”. Seule administratrice née sur Terre, elle fait figure, avec son 1 m 72, de naine parmi les géants. Ronde, d’humeur joyeuse, pleine d’humour, intelligente, cultivée, elle nous apporte la fantaisie, la chaleur, la convivialité. Elle porte une robe tunique ample sur un pantalon coloré. Elle est véritablement transportée, exaltée, de vivre ce moment historique.
L’administrateur de Ma’adim, Akid Farouk, que l’on surnomme “le farouche”, arrive dans l’après-midi. Akid a 37 ans. Né sur Mars, il mesure 2 m 01. Plutôt froid, distant, j’ajouterais même d’un abord glacial, il a un regard sombre, pensif, que je qualifierais de ténébreux… Au teint mat, il a les arcades sourcilières proéminentes, une chevelure noire sauvage aux boucles amples, un nez de boxeur, une musculature d’athlète, et il exhibe d’énigmatiques tatouages tribaux visibles sur son cou et ses poignets. Il est vêtu d’une tunique noire brodée de fils d’or, d’un pantalon bouffant noir, et porte un imposant collier d’or et de pierres bleues, des bracelets et des boucles d’oreille.
C’est un personnage que je préfère avoir à mes côtés, plutôt que dans le camp adverse… Si j’apprenais un jour qu’il fait partie d’une mystérieuse organisation, d’une société secrète… ou d’une secte, je n’en serais pas le moins du monde surpris…
Il vient à peine d’arriver, qu’il critique le fait que nous nous réunissions ! Il m’enjoint de décréter un couvre-feu et commande à chacun de rentrer ! Élya est stupéfaite ! Pour elle, rentrer à Daga… et manquer l’occasion d’un contact extraterrestre ! un contact qu’elle qualifie, à raison, de fantastique, est totalement hors de question. Nous décidons de rester à la résidence…
*
Nous avons passé l’avant-soirée dans le salon Viking.
Vaste loft situé au cinquième et dernier niveau de la résidence Margov.
Il est 19 h 40 et nous n’avons toujours aucune nouvelle de Bortsch, notre dernier collègue, administrateur de Gigas Sulci, ville située au pied du mont Olympus.
Lorenzo nous rejoint, l’air abattu, accablé.
« Lorenzo ?
— Nous avons des nouvelles…
— De Bortsch ?
— Non ! Des signaux ! L’émission vient de stopper net ! Sa dernière origine est localisée sur une orbite basse, à moins de 6 000 km de la surface… Cette chose inconnue ne va pas tarder à pénétrer notre espace aérien… si ce n’est déjà fait ! Le contact s’annonce imminent… »
Malgré nos émotions contenues, la tension, palpable, oscille entre l’excitation et l’angoisse de l’attente… C’est aux alentours de 20 heures que Bortsch arrive enfin. Bortsch Ovlag, 59 ans, le plus âgé d’entre nous.
Avec ses 2 m 12, Bortsch est un personnage au physique imposant, mais humble, discret et réservé. Le vieux sage, à l’allure de druide avec ses longs cheveux grisonnants attachés au niveau de la nuque, et sa barbe drue, porte une cape rouge brique sur une chemise et un pantalon écru. Ses yeux, bleu délavé, ont un regard si profond qu’ils semblent sonder les âmes…
L’équipe au complet, je propose de descendre au deuxième sous-sol de l’aile sud du bâtiment. Un secteur que j’ai fait isoler du système. À ce niveau, un tunnel nous relie en ligne directe à un quai privé d’embarquement de l’astroport. Mais Bortsch refuse catégoriquement que nous nous cachions comme des clandestins ! Nous commençons notre table ronde dans le salon Viking…
L’attente est interminable, une nuit de veille, aux aguets, préparés à vivre… l’imprévisible. Mais aucune observation, aucun incident, ne vient troubler notre tranquillité. Le phénomène semble s’être volatilisé…
Aux premières lueurs de l’aube, Willim et moi allons prendre un peu de repos dans un appartement de la résidence. Nous ne sommes pas dérangés. Zéa et Akid vont ensuite se reposer… puis c’est au tour d’Élya et de Bortsch…
Au soir, nous n’avons toujours aucune nouvelle… Le doute s’est emparé des esprits. Faut-il continuer à veiller ? Devons-nous reprendre nos activités ?
*
Nous sommes l’équivalent du lundi 30.
Akid est rentré à Ma’adim en tout début d’après-midi. Bortsch se décide à 18 heures et prend congé. Zéa hésite, elle choisit d’attendre. Willim se donne jusqu’à jeudi. Élya est fermement décidée à rester, tant qu’il le faudra, mais elle aussi… commence à douter. Son euphorie est passée et bien passée. À son air taciturne, auquel s’ajoute la fatigue, je devine qu’elle est profondément déçue.
Personnellement, je suis soulagé que la pression de ces derniers jours retombe enfin. Ce soir, nous ne sommes plus que quatre, l’ambiance est plus décontractée. Mon dîner ne me pèsera pas sur l’estomac. Par l’une des baies vitrées du salon Viking, je suis sorti prendre l’air sur la terrasse ouest avec Willim. Le soleil se couche sur les trois cheminées rutilantes de l’usine de méthane. Des cheminées qui ne fument pas, le complexe étant stoppé depuis la panne. J’autoriserai demain le redémarrage des machines.
Le ciel, plombé toute la journée, a commencé à se dégager en fin d’après-midi. Mais l’accalmie ne devrait pas durer, les informations météo nous prévoient un flux de sud. Des masses d’air humide remontent du bassin d’Hellas et nous promettent de copieuses précipitations pour demain matin. Une préoccupation bien infime à côté des tourments des dernières heures.
Willim est à ma droite, nous sommes tous deux accoudés à la rambarde métallique. Muet, je me sens à plat, vidé par un énorme coup de pompe, contrecoup du stress des derniers jours. Je respire à fond un air revigorant en écoutant les chants d’oiseaux et les cris des singes qui peuplent le parc…
Et c’est un silence inattendu, soudain, qui me tire de ma rêverie. Les chants, les cris, se sont étouffés d’un coup. N’entendant plus les oiseaux ni les singes, je scrute les cimes des grands arbres tout proches, des essences disparues sur Terre et réintroduites sur Mars…
Je ne perçois aucun mouvement, aucune feuille ne bouge ! La brise elle-même s’est arrêtée ! Le paysage semble figé, paralysé.
Willim me lance un regard déconcerté, dubitatif, il affiche une moue interdite. Je me redresse, lève les yeux… mais n’aperçois que quelques nuages rouille dans un ciel qui s’assombrit. Alors que je lâche le garde-corps pour rejoindre les deux collègues féminines, un sifflement strident, suraigu, vient me vriller les tympans !
« Wow ! Qu’est-ce que c’est ? » s’exclame Willim qui grimace et porte les mains contre les oreilles. Nous nous précipitons dans le salon. Assises face à face, Élya et Zéa portent, elles aussi, les mains contre les tempes, elles grimacent de douleur. Le sifflement est omniprésent ! aussi puissant à l’intérieur qu’à l’extérieur !
« Qu’est-ce qui s’passe ? C’est quoi ce sifflement ? » Je crie à l’attention de l’IA. Lorenzo, la tête rentrée dans les épaules, fait irruption dans la pièce.
« Mais qu’est-ce qui s’passe ? IA ?
— IA ? » reprend Zéa. Aucune réponse.
« Ça vient d’où ? » Lorenzo, les paumes à plat contre les oreilles, écarte les coudes en signe d’ignorance : « Le système ne répond plus ! Ça recommence !
— Cette fois ! c’est la bonne ! » lance Élya. Malgré les paumes contre les oreilles, le front plissé, ses yeux pétillent et elle sourit !
Le sifflement diminue, je sens mon corps vibrer sous une très basse fréquence… La puissance des vibrations augmente, elles commencent à battre comme des pulsations cardiaques. Je bondis vers la terrasse pour observer le ciel… mais ne distingue toujours rien de spécial. Les infrastructures sont éclairées, comme la résidence Margov, et tout semble normal, mis à part les battements qui s’accentuent à tel point que le bâtiment commence à tressaillir en cadence…
Je retrouve mes collègues en discussion avec Lorenzo qui souhaite que nous descendions dans les sous-sols sécurisés. Au regard interrogateur de Willim, je réponds par un hochement de tête négatif.
« Je n’vais pas me cacher ! s’exclame Élya. C’est bien c’qu’on attendait ?… Non ? » Son regard est enflammé par l’excitation. « Je sors ! » Elle regroupe ses cheveux en chignon.
Au refus d’Élya, Lorenzo, visiblement contrarié, propose que nous quittions la résidence en urgence. Zéa hésite, elle demande à visionner les vidéos des caméras de l’extérieur…
Mais aucune caméra ne fonctionne. Les écrans holographiques que Lorenzo fait apparaître devant nous, par l’intermédiaire de simples manipulations dans le vide, ne présentent que des rectangles noirs… Ce qui nous fait à nouveau grimacer.
Alors que Lorenzo, plus que jamais déconcerté, tend la paume droite pour effacer les écrans, une image apparaît sur les rectangles restants… Une image identique : le bassin circulaire de l’atrium !
« Le lieu du contact ! s’exclame Élya. Ils nous attendent ! Vite ! » Elle nous fait signe de la suivre. « Alors ? Vous venez ? »
Elle est si excitée, si joyeuse, qu’elle en oublie toute prudence. Pourtant la situation exige… réflexion… analyse. Nous devons prendre du recul ! Nous avons des procédures à respecter ! Théoriquement… Mais nous sommes dépassés, submergés par nos émotions.
Je lui emboîte le pas… terriblement inquiet, alarmé ! et très mal à l’aise… Je n’aime pas du tout la tournure que prennent les évènements.
Je sors du salon Viking et jette un regard par-dessus mon épaule : Willim et Zéa nous suivent. Lorenzo est paralysé, les bras écartés, il nous observe étrangement, bouche bée, comme s’il assistait, impuissant, à notre ruée vers l’échafaud !
Avons-nous perdu tout sens commun ? J’en suis conscient, mais incapable de réagir, comme happé, appelé, par les pressantes pulsations d’un être tout-puissant…
Nous débouchons sur la grande galerie qui fait le tour de l’atrium. Nous sommes au dernier niveau, sous la verrière qu’éclaire la lumière tamisée de rampes lumineuses. Je jette un regard vers le bassin circulaire en contrebas… Mis à part le personnel qui se précipite vers l’extérieur, et les violentes pulsations omniprésentes, tout semble normal…
Élya, par réflexe, se présente devant la première cage d’ascenseur, les portes s’ouvrent… Elle avance un pied… avant de se raviser : « On prend l’escalier ! » Elle saisit la rampe blanche et entame la descente…
Alors que je dévale l’escalier à sa suite, le rythme des battements accélère ! Ils cognent dans ma tête en résonance avec ceux de mon cœur… Je porte la main gauche à la poitrine et stoppe ! stupéfait !… Je m’assois sur les marches, déboutonne l’encolure de ma chemise, et inspire profondément…
« Carol ! s’écrie Willim. Ça va ? »
Il me rejoint, pose les mains sur mes épaules, et me fixe droit dans les yeux. Zéa s’arrête à son tour, elle me dévisage, l’air perplexe.
« Élya !… Attends !
— Qu’est-ce qu’y a ? interroge Zéa.
— Je suis… en train… de me demander…
— Quoi ? questionne Willim.
— Non… C’est pas possible ! » Je secoue la tête, inspire à nouveau profondément… « Attendez…
— Mais quoi ? » insiste Zéa qui se penche vers moi. Mon regard plonge dans le décolleté de sa robe moulante…
« Je m’demande… si c’qu’on entend… ce n’sont pas… les battements d’mon cœur ! » Willim et Zéa sont éberlués.
« Élya ! Attends-nous ! » Elle poursuit la descente sans se retourner.
« Les pulsations ! Je cours… elles accélèrent… Et là… je reprends mon souffle… elles ralentissent.
— Mais ? s’étonne Zéa.
— J’n’en sais pas plus que toi… mais c’qu’on entend… eh bien je pense que c’est l’amplification de mon rythme cardiaque.
— Un message personnalisé ? » propose Willim après un instant de réflexion. Je ne peux que hausser les épaules.
« Mais qu’est-ce que vous faites ? » nous demande Élya. Elle a atteint le rez-de-chaussée, elle hésite avant de s’approcher du bassin.
« Alors ?… Qu’est-ce qu’on fait ? » me demande Zéa.
J’hésite… une main contre ma barbe naissante. Rester assis ? Impensable… Remonter ?… À quoi bon ? Descendre… et affronter… notre destin ? Je ne vois pas d’autre alternative. J’inspire une nouvelle fois profondément… et me relève. J’acquiesce de la tête et lance : « Élya ! On arrive ! »
Nous la rejoignons sans précipitation, sous les “Baoum ! Boum boum !” répétés qui saturent l’atrium. Quatre personnes de la sécurité, armées de patersons, nous observent et gardent l’entrée. Mes mains en porte-voix, je leur ordonne d’évacuer l’immeuble… et descends les dernières marches.
Ils s’observent, hésitent, je dois insister d’un geste ferme des deux mains pour qu’ils obtempèrent. J’attends que les portes de la résidence se referment pour retrouver Élya debout près du bassin. Je suis son regard, lève la tête vers la verrière, quand le vacarme cesse.
Nous attendons un instant, figés sur place, lorsqu’un nouveau son jaillit autour de nous. Cette fois, il s’agit d’une harmonie. Tandis qu’elle s’amplifie, se module, je crois apercevoir la formation d’une brume lumineuse qui se déplace… Comme mes collègues, je pivote pour la suivre du regard. Elle nous entoure… nous enveloppe et se colore…
« Vous sentez ? demande Zéa.
— L’ozone ! » répond Élya.
Une nouvelle harmonie se joint à la première… et la tête me tourne. J’ai l’impression de perdre pied. Je crois apercevoir le visage d’Élya, béate, à la hauteur du mien. Elle tend les bras à l’horizontale… elle a quitté le sol ! Elle monte ! Je sens que le sol se dérobe sous mes pieds ! La pesanteur s’efface ! Nous nous élevons ! La brume colorée envahit l’atrium… Une brume plutôt irisée, avec des couleurs multiples, changeantes. Les harmonies se multiplient, s’affinent, se diversifient, nous montons en musique ! Il me semble même reconnaître des chœurs… La brume s’épaissit, je ne vois plus l’atrium, mes collègues s’évanouissent dans ce brouillard coloré qui m’entraîne vers les hauteurs…
« Cet air ! Un space opera du début du siècle !… Déméter !… Mais que font ici les accords de Déméter ?… La verrière ! »
Je m’attends à son contact d’un instant à l’autre… mais mon environnement s’assombrit… et je me retrouve dans l’obscurité. La musique s’arrête ! et je manque de tomber en retrouvant le contact du sol ! Je m’accroupis pour tâtonner un plancher métallique, rugueux… et froid.
« Willim ?… Élya ?… Zéa ? » Je chuchote, à l’affût d’une réponse… Un vrombissement étouffé résonne autour de moi. Je renouvelle mon appel…
« Carol Destees ! » Mon nom résonne, prononcé par une voix grave aux accents étrangers.
« C’est moi ! À qui ai-je l’honneur ? » Je ne vais pas me laisser démonter.
« Carol Destees ! Administrateur Général de ce monde ! » Il ne s’agit pas d’une question, mais d’une affirmation.
« Oui ! C’est bien moi ! Et vous ?… Qui êtes-vous ?… Et où suis-je ?
— Nous sommes… les messagers… de Cherfa Kriemn, le guide d’Amal Tyrh, la galaxie que vous nommez… “Voie Lactée”. »
Ces mots me glacent le sang, comme du venin s’insinuant dans tout mon être. Je repense aussitôt à mon mauvais pressentiment.
« Nous venons vous mettre sur la voie… la voie de Cherfa Kriemn.
— Qu’attendez-vous de moi ? » Ma voix trahit le trouble que je m’efforce pourtant de cacher.
« Allégeance… et soumission à notre autorité ! » Les mots auxquels je pensais et que je redoutais d’entendre.
« Sinon ?
— Les mondes… qui ne suivent pas la voie… ne peuvent se développer. Ils sont voués… à la destruction.
— Donc… si je comprends bien… je… n’ai pas le choix ? »
N’obtenant pas de réponse, je tente une nouvelle question.
« Et qui est… ce guide ? Ce… Cherfa… Kriemn ? »
Un claquement sec me fait sursauter ! Je suis assis dans mon salon… dans mon canapé… toutes les lampes allumées !
« J’ai rêvé ? » Je me redresse et me lève d’un bond… La tête me tourne, je dois me rasseoir.
« Chérie ?… Chérie ?… Aria ?… Aria ?… Où se trouve Aria ?
— Elle va bien, répond l’IA.
— Comment ça, elle va bien ? Sa localisation ? »
Je n’ai pas de réponse. Le système n’obéit plus ! Je me lève, doucement cette fois, et explore la maison à la recherche d’Aria… mais je ne la trouve pas.
« Liaison avec Lorenzo Esteban ! »
Je suis presque surpris de voir apparaître un écran… et le visage décomposé de Lorenzo. Il paraît soudain soulagé :
« Ah ! Monsieur Destees ! Vous allez bien ?… Où êtes-vous ?
— Je suis… chez moi… Enfin… » J’hésite, plus trop sûr de moi. « Je pense… Qu’est-ce qui s’est passé ?
— Comment ça ? » Il a l’air surpris, perplexe.
« Eh bien… que s’est-il passé lorsque nous t’avons quitté ?
— La porte s’est refermée derrière vous… J’ai entendu une musique… un chant… Il a cessé d’un coup et la porte s’est ouverte… Vous aviez disparu.
— Élya, Zéa et Willim… Ils étaient bien avec moi ?
— Monsieur Destees ? demande Lorenzo qui m’observe avec des yeux de merlan frit. Vous allez bien ?
— Lorenzo ?
— Oui, bien sûr !
— Ah ! Quand même… Et maintenant ? Où sont-ils ?
— Je n’sais pas… Avec vous ?
— Non… Attends… Liaison avec Zéa Benwal !
— Zéa Benwal n’est pas disponible.
— Où se trouve Zéa Benwal ?
— Elle va bien.
— Ah ! Ça recommence ! Liaison avec Élya Kad’Orh !
— Élya Kad’Orh n’est pas disponible.
— Ben tiens ! Et où est-elle ?
— Elle va bien.
— Et si je demande une liaison avec Willim Brandon ?
— Willim Brandon n’est pas disponible.
— Évidemment… Et il va bien ?
— Oui, Carol. Tout comme toi.
— L’IA refuse de répondre à mes questions. A-t-on un moyen de localiser Élya, Zéa, Willim… et Aria ?
— Aria ?… Aria n’est pas avec vous ?
— Elle a disparu !
— Oh ! Je m’en charge, Monsieur Destees ! Je vous tiens au courant. »
