Chapitre 7-32

Widyan Ark Émézos – Alak Palaïd 1

Matolch et moi suivons à tour de rôle la régénération de la matière cellulaire des tubes du centre névralgique des communications d’A P 1… Vêtu de ma combinaison intégrale blanche, je suis assis dans mon fauteuil et je patiente en attendant le retour de Matolch… Les pupitres holographiques sont muets. Il ne faut pas être pressé, nous n’en sommes qu’à 6 % de restauration pour Appia, mais déjà 42 % pour Ionos… Le système personnel d’Acer Bar Kantari sera opérationnel d’ici 45 grefs.

En attendant, je poireaute… puisque je n’ai que ça à faire… Habitué à gérer d’importants flux de données, je trouve le temps incroyablement long… C’est fou comme le temps est relatif, pensé-je, le vague à l’âme, lorsqu’un hologramme apparaît ! Je me redresse et examine les données : une transmission codée de cryptage de haut niveau. Son origine, la Terre. Sa destination, Acer Bar Kantari et Galam Tot Amonrax… Ah ! L’émetteur ne sait pas que Galam se trouve sur Tanacé 1.

Les systèmes coupés, je ne peux transmettre le message en salle de navigation. Je dois donc, avec le plus grand des plaisirs, aller le porter moi-même à son destinataire ! Je le télécharge sur l’interface de la combinaison, repousse le fauteuil, me lève, et me dirige vers la sortie… Je déclenche l’ouverture manuelle, pénètre à l’intérieur du sas, repousse la porte pour qu’elle se referme, et engage le mécanisme qui entraîne l’ouverture de la seconde porte… Je dépressurise la combinaison, retire le casque, et prends la direction de la salle de navigation au pas de course…

Quelle n’est pas ma surprise de découvrir Galam en compagnie d’Abakan et de Uathach ! Abakan tient le pommeau de son satikka !… En salle de navigation !… Étrange…

« Je n’ai pas compris, leader », dit Galam qui semble perplexe. Ce n’est pas dans ses habitudes.

« Adar m’a congédié, purement et simplement.

Il ne vous en a pas donné les raisons ? questionne Abakan, l’air soupçonneux.

Non, leader. Et je n’lui ai rien demandé. Je suppose que vous l’avez libéré ?

Oui… C’était inutile de le retenir prisonnier.

Widyan ? m’appelle Galam.

Je viens d’recevoir un message qui vous est destiné… À vous deux ! » J’insiste en regardant Abakan et Galam.

« Uathach… » le prie Abakan. Il sort de la salle de navigation. Matolch et moi bénéficions d’une totale habilitation. Nous possédons nos propres clés de décryptage. Je transfère le message sur un pupitre de la salle de navigation, demande son ouverture, forme ma clé, et invite Abakan, ou Galam, à former la leur. C’est Abakan qui s’exécute… Le message s’ouvre… Un message radio… de très mauvaise qualité ! Les paroles sont hachées, quasi incompréhensibles, tant un bruit de fond de friture domine.

« … en vie… Je répète… Origni… en vie… à la tête de renégats… sur Terre… coordonnées… en-tête…

L’en-tête du message, des coordonnées !

Origni… a survécu ! » lâche Abakan qui écarquille les yeux. Un tic nerveux fait tressaillir sa joue droite. Sa main tremble, crispée sur le pommeau du satikka. Il fulmine de rage.

« Galam !… Vous me sélectionnez un bataillon ! Je n’veux pas de tendre ! Et vous m’les envoyez éliminer cette… raclure !

Je vais m’en occuper moi-même ! décide Galam.

Vous feriez ça… mon fidèle Galam ? »

Il se penche, sans répondre, sur les coordonnées. J’attends un instant avant de débrancher l’interface… Je donne un bref signe de tête, et m’empresse, sans un mot, de quitter la salle de navigation. Le malaise et la tension sont si palpables que je ne suis pas fâché de regagner le centre névralgique…

À mi-chemin, je suis surpris d’être attrapé par l’épaule :

« Combien de temps pour Ionos ? me demande Galam le ténébreux.

Euh… Moins de deux jours, 44 grefs. »

Il hoche la tête et reprend son chemin.