2.1.0
Sous une musique aux accents synthwave, l’Éthaïre Lepte court sur le chemin de ronde d’une fortification interminable. Entièrement nue, elle avance d’une foulée légère, presque aérienne. Son buste reste droit, ses bras mi-fléchis accompagnent ses mouvements avec une harmonie instinctive. Le ciel indigo, lourd de promesses orageuses, s’étend au-dessus d’elle, des nuages orangés tourmentés se déchirant par endroits pour laisser percer des rais de lumière spectrale.
Sur sa droite, la muraille plonge abruptement dans une mer agitée, ses eaux d’un violet sombre striées d’écume phosphorescente. Sous la surface tourmentée, on devine les contours d’une seconde fortification submergée, à la fois menaçante et fascinante.
À sa gauche, une cité s’étire à perte de vue, étrangement silencieuse. Ses édifices hybrides, baroques, évoquent un passé oublié. Les dômes à bulbe réfléchissent les lueurs changeantes du ciel, tandis que les tours aux toits étagés projettent des ombres allongées sur des avenues désertes. Aucune vie n’anime cet espace chargé de mystère.
Lepte fixe l’horizon, insensible à l’étrangeté familière de ce monde. Ses pieds frappent le sol pavé avec une régularité hypnotique, rythmée par la musique qui pulse dans l’air dense. Chaque note amplifie son élan, chaque battement fait écho à son propre cœur.
Soudain, une décharge furtive, à la fois intense et éphémère, traverse son corps. Son souffle se coupe, son regard vacille. Elle perd l’équilibre et s’effondre, les bras tendus vers l’avant.
La musique s’interrompt brutalement, laissant place à un silence oppressant. Le décor entier disparaît dans une détonation lumineuse. Les murailles, la mer, la cité… tout s’efface en un clin d’œil, absorbé par une réalité plus froide et impersonnelle.
Lepte se retrouve recroquevillée sur un immense tapis de course surélevé, planté au centre d’une pièce immaculée d’un blanc clinique. Elle reste figée un instant, son souffle court, son regard balayant les murs lisses et sans âme. Ce contraste brutal avec la splendeur simulée de son monde la trouble.
Elle pose une main sur le tapis encore tiède, ressentant sous ses doigts une vibration éteinte, mais perceptible, vestige de l’élan stoppé. L’interruption violente de la simulation lui donne une impression d’intrusion. Ce genre de dysfonctionnement n’arrive jamais.
Lepte se redresse, les sourcils froncés, son esprit en alerte. Elle est habituée aux transitions fluides entre le virtuel et le réel, mais, cette fois, quelque chose cloche. Elle balaye la pièce d’un regard acéré, cherchant une anomalie. Rien. La pièce est froide, vide, parfaitement fonctionnelle, comme toujours. Pourtant, une tension sourde flotte dans l’air, une dissonance qu’elle ne parvient pas à nommer.
Elle glisse une main sur sa nuque pour calmer un frisson persistant. Ce n’est pas la chute ni l’effort qui l’inquiètent, mais une pulsation ténue, vibrante, au creux de son être. Une sensation trop réelle, comme si la simulation était restée accrochée à elle.
Debout, son regard fixe et perçant se perd dans le vide. Ses pensées fusent, projetant un appel muet vers l’entité qui contrôle cet environnement. Aucune réponse. Le vaisseau demeure silencieux, figé dans une indifférence glaçante.
Pourtant, elle le sait : il n’y a pas de place pour le hasard ici. Cette interruption soudaine brise l’ordre immuable auquel elle est habituée. Quelque chose ou quelqu’un a perturbé la mécanique impeccable. Une anomalie s’est glissée dans ce système parfait.
Lepte se relève lentement, son corps tendu, une lueur de vigilance dans son regard. Sa connexion télépathique reste ouverte, son esprit prêt à capter le moindre écho. Elle attend, tendue, déterminée à dévoiler l’origine de cette étrange dissonance qu’elle pressent bien plus qu’un simple incident.
