Anna active le pilote automatique, et nous profitons enfin d’un moment pour souffler. Mais, rapidement, la discussion s’engage, et les questions se bousculent dans ma tête comme des vagues sur une digue en ruine.
L’équipement de notre éclopé est d’une sophistication déconcertante. Le couteau, l’arc à poulies, le nécessaire de survie… Rien ne trahit l’œuvre d’un peuple primitif. Au contraire, tout cela témoigne d’un savoir-faire avancé, précis, pensé pour durer. Et pourtant, selon Sarah, il n’existe sur cette planète que quelques hameaux épars, des villages sommaires disséminés autour de la ceinture tropicale. Où est la faille dans ce tableau ? Pourquoi ces incohérences ?
Je repense à la destruction inexpliquée de la sonde lors de son survol du village de Pangou. Et à ces mystérieux extraits de musique électroacoustique détectés depuis l’espace… Des fragments d’un puzzle dont les pièces refusent de s’assembler. Une civilisation avancée pourrait-elle réellement échapper à nos capteurs ?
Et si l’espèce dominante de cette planète était bien plus ingénieuse et dissimulée que ce que nous supposions ? Cette créature fait-elle partie de leur élite technologique ? Ou… pourrait-elle venir d’ailleurs ?
Une hypothèse, folle, mais persistante, s’insinue en moi. Et si cet être n’était pas de cette planète ? Serait-ce un explorateur, comme nous ? Peut-être appartient-il à l’espèce qui nous a contactés et envoyés ici. Mais alors, dans quel but ? Était-il chargé de nous observer, de nous espionner ?
Je tourne ces pensées en boucle, le regard fixé sur le ciel artificiel de la cabine, mais aucune réponse ne me semble satisfaire l’ampleur du mystère. Quelque chose nous échappe, et ce quelque chose pourrait bien tout changer.
« Anna ? » Mathias, la main posée sur son menton, la fixe avec une curiosité inquiète. « Peux-tu… éclairer ma lanterne ? Comment as-tu su où nous mener ? Et surtout, comment savais-tu ce dont il, ou elle, souffrait ? »
Anna prend une profonde inspiration, comme si elle cherchait ses mots au milieu du chaos qu’a laissé cette journée.
« J’ai fait un cauchemar la nuit dernière, commence-t-elle, sa voix un peu tremblante. Un cauchemar étrange. Je me dirigeais vers cette grotte, et… j’avais l’impression que quelque chose m’y attendait. » Elle marque une pause, visiblement troublée par ses propres souvenirs. « Au réveil, j’ai ressenti… un malaise. Une urgence, comme une alarme sourde dans ma tête. C’est aussi pour ça que je vous ai pressés ce matin. Je voulais en avoir le cœur net. »
Nous l’écoutons, suspendus à ses mots. Elle lève les yeux vers nous, comme si elle craignait notre jugement.
« Et ensuite ? l’encourage Mathias.
— Ensuite… Je dirais que nos esprits ont communié, ou peut-être fusionné. Je ne peux pas vraiment l’expliquer. » Elle hausse les épaules, visiblement désorientée. « Je ressentais sa douleur, ses craintes, sa gratitude… toutes ses émotions comme si elles étaient miennes. Et ce n’était pas tout. » Elle s’interrompt, cherchant son souffle. « Je lisais ses pensées. Je n’ai pas “cru deviner”. J’en suis sûre. Je lisais dans son esprit. »
Un silence pesant s’abat sur nous.
« Et maintenant ? demande Mathias, rompant la tension.
— Plus rien, souffle Anna en secouant la tête. Depuis qu’elle s’est endormie, tout est redevenu silencieux. »
Éria croise les bras, le regard plissé. « Vous vous souvenez de ces cauchemars bizarres qu’on a tous faits avant de se diriger vers Alpha 3 ?
— Comment oublier ? répond Mathias en fronçant les sourcils.
— Eh bien… les rêves, les cauchemars, les pensées… poursuit Éria, son ton presque amusé. Ça doit être un moyen de communication courant dans le coin, vous ne croyez pas ? Et le peuple des cavernes, vous vous souvenez de leur attitude ? J’ai eu l’impression qu’ils déchiffraient nos pensées. Pas vous ? » Éria sursaute, les yeux écarquillés. « Mince alors… Vous imaginez ce qu’ils ont pu lire dans nos têtes ? Ils n’ont pas dû être déçus ! C’est sûr ! »
Un éclat nerveux traverse le groupe, mais personne ne rit vraiment.
Conscients de la gravité des blessures de notre mystérieux passager, et des opportunités qu’une relation de confiance pourrait offrir, nous décidons, d’un commun accord, de lui accorder les meilleurs soins possibles. Au-delà de la survie, l’idée d’un dialogue, même balbutiant, attise notre curiosité. Si nous réussissons à établir un semblant de communication, Éria se propose déjà de bricoler un traducteur sur mesure.
Parallèlement, nous allons examiner de près les symboles gravés sur les coupoles des thermes et les comparer à ceux de l’équipement que nous avons trouvé sur notre invité. Ces motifs pourraient bien révéler une piste, un lien, un langage. Cette perspective me remplit d’une excitation que je ne saurais dissimuler. Les jours à venir promettent d’être captivants, chargés de découvertes.
La navette amorce sa décélération, et à travers les vitres, la silhouette imposante de la base se dessine avec de plus en plus de netteté. La porte du hangar est déjà grande ouverte, comme pour nous accueillir à bras ouverts. Héliantis freine brusquement, effectue une élégante rotation, et se stabilise dans sa position d’attente habituelle.
Une légère secousse marque l’arrêt définitif. Nous sommes de retour, mais une partie de nous reste suspendue, portée par l’énigme vivante qui va désormais partager notre quotidien.
Orthos, sous l’œil attentif de Perthie, transporte la créature vers le labo médical, tandis qu’Éria, Mathias et Yves s’occupent des échantillons, les bras chargés de précieuses trouvailles à analyser. Resté seul au poste de pilotage avec Anna, je prends une profonde inspiration avant de me lever pour la rejoindre.
Je la serre dans mes bras, savourant ce moment de calme après la tempête. Les paupières closes, je penche la tête dans sa chevelure et m’imprègne de son parfum, ce mélange rassurant et familier qui apaise mes nerfs tendus. Avec une tendresse infinie, je pose mes lèvres sur les siennes, un baiser long et délicat, comme une promesse murmurée dans le silence.
Ne voulant pas qu’elle se fatigue davantage, je lui prends doucement des mains le ballot de linge qu’elle s’apprêtait à débarquer. Elle en a déjà fait bien assez ces derniers jours. Je lui murmure un « je m’en charge » avant de m’éloigner, laissant ses traits se détendre légèrement sous l’effet du court répit que je lui offre.
Après avoir rangé le linge, je la retrouve. Nos regards se croisent, complices, avant que nous ne nous dirigions ensemble vers la salle commune. Lorsqu’Anna et moi entrons, nous découvrons Yves, Mathias et Éria déjà plongés, par écran interposé, dans une discussion avec Perthie : « … Oui, oui, je les ai enregistrés. Les données sont stockées dans la base, tu pourras les consulter. » Perthie tourne brièvement la tête et nous remarque. Son regard s’illumine. « Je vois que tout le monde est là. »
Anna s’avance légèrement, une lueur d’impatience dans les yeux : « Oui, Perthie. Alors, as-tu quelques premières observations à nous faire partager ? »
La tension est palpable. Nous scrutons l’écran avec une attention fébrile, suspendus à ce que Perthie va nous révéler.
« Plutôt ! Alors… Première constatation : c’est une femelle, une jeune femelle, qui doit avoir l’équivalent terrestre de quinze ou seize ans. Elle mesure 1 mètre 40 pour un poids de 40 kilos. Son système pileux est identique au nôtre, mais sa peau, d’un marron foncé intense, doit sa teinte à de gros mélanosomes indépendants, uniformément répartis et produits par ses mélanocytes. »
Perthie marque une pause, le regard brillant, avant de continuer, un sourire en coin :
« Je l’ai radiographiée, et le résultat… est fascinant ! Ses points communs avec notre squelette sont nombreux : une colonne vertébrale à quatre courbures, un bassin d’une largeur comparable au nôtre, mais avec un angle légèrement oblique par rapport à l’axe du fémur. Ses membres antérieurs, plus longs, sont clairement adaptés pour soutenir le corps en déplacement. »
Elle lève ses mains pour illustrer son propos.
« Et ses mains, parlons-en ! Plus longues, plus musclées… mais ça, vous l’aviez sûrement déjà remarqué. Les os de ses poignets révèlent des caractéristiques très intéressantes. Elles suggèrent soit un mode de locomotion en knuckle-walking… Vous savez, marcher sur le dos des phalanges. »
Perthie mime rapidement le geste, avant de poursuivre :
« Soit une certaine aptitude à grimper. Et puis, il y a ses pieds. Là, la différence est flagrante : ils sont longs, et ses pouces sont opposables à ses orteils. »
Elle s’interrompt, laissant le temps à chacun d’assimiler ces informations, puis reprend d’un ton plus posé :
« Après avoir étudié sa boîte crânienne, ronde, avec une face droite très proche de la nôtre, j’ai constaté un volume cervical supérieur. Ce qui ne signifie pas qu’elle est plus intelligente que nous. En tout cas, une chose est certaine au vu de son squelette : elle surpasse largement notre agilité ! »
Perthie lève un index ganté, comme pour souligner l’importance de ce qu’elle s’apprête à dire :
« Tout cela confirme notre première impression : elle appartient à une espèce de l’ordre des Primates. Mieux encore, elle présente des caractéristiques propres à la famille des Hominidés. Je dirais même qu’elle est aussi proche de nous que nos cousins les chimpanzés. Un primate qui aurait suivi une voie évolutive différente, combinant une bipédie parfaitement maîtrisée avec des capacités arboricoles avancées. »
Elle s’arrête, un éclat d’excitation dans les yeux, avant d’ajouter : « J’attends encore les résultats de son génome. Ah, et au fait, voici la liste des effets personnels qu’elle portait. »
Se retournant, Perthie disparaît un instant hors du champ de la caméra avant de revenir, les mains pleines d’objets.
« Tout d’abord, ce collier. Il est orné d’un triangle, pointe vers le bas, entouré de six perles noires. Le collier lui-même… est en platine ! Les perles sont en résine de synthèse, et le triangle… en alliage d’or et de platine… est recouvert… d’un placage… de rhodium ! Pas mal, hein ? »
Elle s’interrompt, laissant planer le suspense, puis sort un autre objet qu’elle brandit avec précaution : « Encore plus intrigant ! Dans une poche intérieure cousue dans sa veste, j’ai trouvé cette fine plaque métallique… de 14 millimètres sur 28… Et maintenant, devinez de quel métal elle est faite ? »
Son sourire énigmatique, presque triomphant, laisse deviner qu’elle a gardé le meilleur pour la fin.
« Tu vas nous l’dire, réplique Anna.
— De l’iridium ! Incroyable ! J’en reste perplexe… Bon ! Je file, j’ai encore du travail.
— Sacré boulot, Perthie. Merci pour ton rapport, la salue Anna avec un sourire mêlé d’admiration. Tiens-nous au courant de la suite.
— Évidemment ! À plus tard ! »
L’écran s’éteint, nous plongeant dans un bref silence, le poids de ces révélations suspendu dans l’air.
« Ça ne fait que confirmer nos soupçons, intervient Mathias. Nous avons bel et bien affaire à une créature issue d’une civilisation technologiquement avancée.
— Vous parliez d’enregistrements et de bases de données à notre arrivée ? demande Anna, intriguée.
— Oui, répond Éria, les yeux brillants d’excitation et un sourire en coin. Nous comparions les symboles gravés sur le miroir de la jeune fille avec ceux de son poignard et de ses vêtements. »
Elle relève la tête.
« Sarah, des nouveautés sur les symboles des coupoles des cavernes ?
— Coupole de l’entrée : trois séries principales, 1 847 symboles répertoriés, 37 symboles isolés et 4 diacritiques distincts. »
L’écran s’anime aussitôt, affichant les séries dans la partie supérieure. En bas, les symboles apparaissent un à un, méthodiquement reclassés selon leur fréquence. Un ballet hypnotique de formes étranges qui, pour l’instant, refusent de dévoiler leur mystère.
« Les six autres coupoles : 18 séries, 17 972 symboles. On y retrouve les mêmes 37 symboles et 4 diacritiques, avec l’ajout de 2 nouveaux diacritiques et un symbole altéré, probablement une variante due à l’usure du temps. Datation approximative : plus d’un millénaire terrestre.
— Mille ans ? Waouh ! s’exclame Éria, les yeux écarquillés. Et tu as comparé ces symboles avec ceux retrouvés sur les équipements de la créature ? »
L’écran affiche successivement le miroir, le poignard, puis les motifs présents sur les vêtements. À chaque symbole analysé, son équivalent dans la liste du bas de l’écran s’illumine en rouge et clignote brièvement.
« Résultat : vingt-neuf symboles et trois diacritiques concordent avec la liste précédente. De plus, sept nouveaux symboles ont été identifiés.
— Génial ! s’enthousiasme Éria. Et concernant le type d’écriture, tu as pu avancer ?
— Mes données de corrélation demeurent insuffisantes, mais je peux proposer des probabilités. Il pourrait s’agir de lettres ou de graphèmes. Les chances que ce soit un alphabet s’élèvent à 69 %, un syllabaire à 18 %, un alphasyllabaire à 7 %, et d’autres possibilités, 6 %.
— Merci, Sarah, répond Éria avec un sourire. Eh bien, on progresse à pas de géant !
— Les symboles sont identiques, confirme Yves d’un ton assuré. La jeune créature appartient donc sans aucun doute à une espèce locale.
— Ce qui m’interpelle, intervient Anna, pensive, tout en portant une main à son menton, c’est le lien potentiel entre cette créature et celles des cavernes. Il y a quelque chose… d’étrange.
— Mmm… » marmonne Éria, hochant ostensiblement la tête en signe d’accord. Puis, comme prise d’un sursaut, elle secoue légèrement la tête, comme pour dissiper un voile de torpeur. « Au fait ! Une autre question ! Sarah, où en es-tu dans ton exploration d’Alpha 3 ? »
Les moniteurs révèlent maintenant une vue aérienne détaillée du sud de notre continent. La canopée équatoriale s’étend en un camaïeu de verts éclatants, vibrant de vie.
« Le rayon d’observation atteint désormais 5 078 kilomètres, annonce Sarah. J’ai détecté quatre groupes de population autour de l’équateur, répartis entre les latitudes 0° 53′ 1″ Nord et 4° 27′ 51″ Sud, à proximité de la chaîne de montagnes qui sépare Taranis d’Asadal. »
Une image infrarouge s’ajoute en incrustation sur l’écran. Deux zones se détachent nettement, marquées par de multiples taches violacées, tandis que deux autres zones apparaissent en bordure du rayon d’observation.
« Ces quatre groupes totalisent plus de 80 000 individus.
— Ah ! Quand même, s’étonne Éria, les sourcils légèrement haussés.
— Sarah, demande Anna, le regard concentré sur l’écran, peux-tu zoomer précisément sur le groupe le plus au nord, celui qui se situe sur notre longitude, et nous en donner les détails ?
— Bien sûr, Anna, répond Sarah d’un ton neutre. Ce groupe s’étend sur une zone d’environ 500 kilomètres carrés et compte près de 28 000 individus. Ils sont répartis en sous-groupes divers, composés de cent à quatre cents individus chacun. Chaque sous-groupe occupe un territoire compris entre deux et huit hectares. »
L’écran affiche un zoom progressif sur un secteur forestier dense, couvrant environ 2,2 hectares, comme l’indique le chiffre qui s’affiche en bas de l’image. Autour d’une vingtaine d’arbres gigantesques, des points rouges apparaissent en surimpression, organisés en petits amas.
« Je dénombre précisément 123 individus dans cette zone », ajoute Sarah, tandis que l’écran s’anime d’une subtile pulsation autour des points rouges, simulant leur répartition dans l’espace.
« Je détecte des constructions aux formes géométriques variées dissimulées sous la cime d’arbres gigantesques. Elles sont disposées autour de chaque tronc et, pour la majorité, suspendues à des hauteurs allant de 15 à 25 mètres. Un réseau complexe de passerelles sinue entre ces structures, les connectant en un ensemble aérien fascinant. »
Sur l’écran, chaque tronc est marqué par un cercle bleu, et des formes géométriques jaunes s’ajoutent progressivement, allant de simples carrés à des polygones aux contours plus sophistiqués. Puis, un entrelacs de lignes et d’arcs de cercle apparaît, reliant ces formes dans une chorégraphie visuelle qui évoque à la fois l’ingéniosité et l’harmonie.
« Merci, Sarah. Continue ton exploration », répond Anna, l’air pensif. Elle se tourne vers l’équipe, ses yeux brillant d’une lueur d’interrogation. « Alors ? Qu’en pensez-vous ?
— Des constructions suspendues entre ciel et terre, reprend Mathias en plissant les yeux, pensif. Autour de grands arbres… Une civilisation arboricole, rien que ça. Tiens donc ! Perthie nous parlait justement d’adaptations arboricoles. Vous voyez où je veux en venir ?
— Mais si elle vient de là-bas, s’interroge Éria en fronçant les sourcils, qu’est-ce qu’elle faisait si loin de chez elle ?
— Et nous, alors ? intervient Yves avec une pointe d’ironie. Qu’est-ce qu’on faisait là, nous aussi ?
— Hello ! Je vous rappelle, coupe Perthie avec enthousiasme, les yeux pétillants. J’ai les résultats de l’analyse génétique, et tenez-vous bien ! Vingt-trois paires de chromosomes, dont dix-sept quasi identiques aux nôtres. Les différences ? Quelques remaniements : des translocations, des inversions centromériques, enfin, je vous épargne les détails techniques. Mais voilà le plus frappant : seulement un petit nombre de gènes homéotiques spécifiques. Au final ? Nous partageons 99,1 % de gènes communs ! »
Elle s’interrompt un instant pour laisser planer l’effet, avant de conclure avec un sourire éclatant : « Sur Terre, j’aurais affirmé sans hésitation une parenté probable. C’est tout bonnement incroyable.
— Et comment va-t-elle ? intervient Anna, impatiente. Elle est réveillée ?
— Oh, elle ne se réveillera pas avant demain, annonce Perthie avec assurance. Je lui ai administré une bonne dose de sédatifs. D’ailleurs, j’ai aussi les résultats de l’analyse de la plante qu’elle a ingérée. Vous vous souvenez ? Le bouton floral ?
— Oui, Perthie ? réagit Anna, attentive.
— Eh bien, il contient un alcaloïde vrai appartenant à un groupe inédit, proche des isoquinolines et des terpénoïdes. Pour faire simple : elle a ingéré un puissant analgésique. Ce qui prouve qu’elle connaît parfaitement les propriétés des plantes locales. Une chose est sûre, elle va dormir comme un bébé cette nuit. Pour son épaule et sa hanche, on a fait du bon boulot. Enfin, Orthos surtout. Elle gardera deux petites cicatrices, mais pour sa jambe… il était plus que temps ! Elle était au bout du stade deux, et j’ai bien failli craindre une ostéite. Mais elle est sacrément résistante ! »
Perthie marque une pause, son ton oscillant entre fierté professionnelle et soulagement.
« Il a fallu parer la plaie et réduire les fractures. On lui a posé tout le matériel d’ostéosynthèse : plaques, vis, enclouage centromédullaire. Comme je ne sais pas comment elle réagira en se réveillant, j’ai préféré immobiliser avec un plâtre. Idéalement, elle devrait le garder au moins un mois. Quant à marcher, il lui faudra patienter… deux mois ! Minimum !
— Et pour le reste ?
— Je l’ai mise sous antibiotiques en prophylaxie ciblée anti-staphylocoques et je l’ai aussi traitée pour éviter qu’elle ne contracte nos virus. Je vais rester à son chevet cette nuit », conclut Perthie d’un ton ferme avant de jeter un regard en direction d’Yves.
« Yves, je t’attends.
— J’arrive ! » répond ce dernier en souriant.
Un échange de clins d’œil et de sourires complices passe entre eux avant que Perthie ne coupe la communication, laissant derrière elle un instant suspendu.
