Chapitre 6-55

Osgor Nöl Aïérès – A P 2

Centre névralgique des communications d’Alak Palaïd 2.

Salle circulaire, dans laquelle sont disposées, en étoile, seize rangées comportant chacune quatre tubes horizontaux placés en colonne. Les tubes vitrés, séparés les uns des autres par un fluide isolant transparent, contiennent la matière cellulaire et la nanotechnologie associée qui gèrent les mémoires vives et l’archivage des données.

Au cœur de la pièce, deux Emnos, vêtus de combinaisons intégrales blanches, sont assis dos à dos devant plusieurs pupitres holographiques qui vont et viennent suivant les occurrences.

Tous deux bio-informaticiens, Achka et moi veillons au bon fonctionnement du centre névralgique des communications d’A P 2. Véritable nœud d’acquisition et de calcul, c’est ici qu’aboutissent, et sont traitées, toutes les données. Chaque vaisseau mère possède un cerveau équivalent. Nous sommes étroitement reliés les uns aux autres, et nous fonctionnons de concert, les sept Alaks Palaïds et les quatre Tanacés.

Les dispositifs fonctionnent à plein régime depuis qu’ils doivent administrer Appia et le système humain. Nous n’avions jamais eu affaire à une civilisation aussi technologiquement développée. Mais après une délicate phase d’adaptation, le flux des échanges s’est stabilisé et les machines ont trouvé leur rythme de croisière. La tension des premiers jours est retombée. L’incertitude, la méconnaissance, la crainte des réactions, tout ça me paraît déjà loin. Notre surveillance n’est plus qu’une affaire de routine…

« Ööhh ! » lance Achka. Devant moi, l’espace est soudain envahi par une multitude de pupitres ! Les alarmes sonores se déclenchent ! Des listes chiffrées défilent et colonisent l’espace ! J’ai pensé routine… trop vite !

« Toi aussi ?

Oui !

Que s’passe-t-il ?… Des boucles !

Sortie de boucle ! » Je lance l’instruction sur le premier pupitre… Les listes se multiplient ! Elles prolifèrent… inondent ma vision !

« Ça n’a pas fonctionné ! Sortie de boucle !

C’est pire ! » Je me redresse, me lève sur la pointe des pieds, pour apercevoir les tubes. C’est bien ce que je craignais : le liquide jaune-vert commence à frémir !

« Coupe Achka ! Coupe tout !… Mais coupe tout ! » Je me rassois pour stopper les machines…

« C’est fait, Osgor ! J’ai coupé ! » Je déclenche le système d’urgence qui permet d’arrêter les dispositifs.

« Alors ?

Rien !

Bon sang ! Pourquoi j’t’entends ?

On a perdu la main ! Faut prévenir ! » Achka quitte son poste au pas de course, il se dirige vers la sortie…

« Achka ?… Achka ? » Il ne répond pas. Je me rapproche des tubes pour les observer… Cette fois, le liquide bout à gros bouillons !