Pendant le dîner, Lepte nous annonce que demain… c’est quartier libre ! Jade et moi, nous sautons sur l’occasion pour demander aux Opiriens, et aux Kylèniens, de les accompagner à la chasse. Ils acceptent aussitôt, et nous annoncent qu’ils ont prévu de nous équiper en conséquence ! Après l’équipement de camouflage solène, nous allons recevoir de l’équipement offensif et défensif opirien et kylènien ! C’est la période de Noël sur Soléna !
*
Vêtus des combinaisons caméléons et équipés des dispositifs de camouflage, nous remontons le village avec les Kylèniens et les Opiriens. Arrivés sur l’esplanade, nous montons sur les plates-formes…
« Je monte avec vous ! décide une Opirien.
— Comme tu veux, répond Ève.
— Merci, je prends les commandes. »
Sous les regards de ses congénères, l’Opirien déclenche le départ de notre plate-forme… Et nous nous élevons à la verticale… tandis que les Kylèniens partent de leur côté.
« Et ? On va où ?
— Devinez ! » Elle ne cache pas sa pensée, elle nous conduit vers son vaisseau !
Nous poursuivons l’ascension et nous entrons dans les nuages… J’ai froid… et mal aux oreilles. Rahav Nor m’éblouit lorsque nous sortons des nuages… mais il ne me réchauffe pas pour autant. La plate-forme ralentit… Je lève la tête, comme notre pilote, mais n’aperçois rien d’autre qu’un ciel pâle jaune rosé. Et brusquement ! apparaît un extraordinaire vaisseau !
« Notre vaisseau, comme vous l’aviez deviné. Nous venons de traverser son camouflage. »
Ses deux grandes ailes le font ressembler à une immense raie manta rouge sombre. Nous arrivons sous sa face ventrale. De son cœur partent des réseaux de nervures qui se terminent par des espèces de grands haricots ornés de structures en nid d’abeilles. J’entends un sifflement suraigu, et vois apparaître un point brillant au-dessus de nos têtes. Le faisceau s’élargit pour former une ouverture que nous franchissons… Je découvre un hangar, éclairé par un bouquet de rampes lumineuses. Un hangar où règne une forte odeur chlorée. Nous stationnons près de trois engins à l’allure de poisson torpille. Leur coque chromée leur donne un drôle d’aspect semi-liquide.
Une voix rauque résonne, une voix de synthèse sans pensée associée. Après nous avoir fait signe de la suivre, notre guide lui donne la réplique. « Bien. Quelles nouvelles ? » La voix lui répond…
Une portion de cloison s’écarte devant nous, un couloir lumineux, à l’extrémité fermée par une porte blindée, apparaît. Nous entrons dans la galerie, mais nous ne faisons que quelques pas. La paroi, couverte de motifs torsadés en relief, s’écarte sur notre droite. Une nouvelle coursive apparaît, également fermée par une porte blindée. Cette fois, nous avançons jusqu’au fond. Dans un sifflement pneumatique, la porte s’ouvre latéralement…
Nous entrons à la suite de l’Opirien… dans une grande pièce lumineuse remplie d’armoires vitrées inondées d’éclairages bleus, roses ou violets. Les étagères sont garnies de quantités d’appareils électroniques et mécaniques. Elle se dirige vivement vers la gauche, slalome entre les armoires, et entre dans une nouvelle salle plus petite. Sur sa droite, elle agrippe la poignée de ce qui me semble être une espèce de tiroir plat. Elle le tire sans ménagement, jusqu’à le dégager entièrement, et le secoue d’un geste brusque : son objet se transforme en sac. Une nouvelle poignée apparaît à l’emplacement de la précédente… comme s’il s’agissait, tout simplement, d’un distributeur de sacs. L’Opirien s’arrête devant une armoire vitrée, et je découvre, surpris, que ce ne sont pas des vitres : sa main passe au travers ! Elle en sort, un, deux, trois, quatre, cinq, six objets gélatineux qu’elle dépose dans le sac. Mel vient l’aider.
« C’est pour vous. Prenez un autre sac ! » Adam se retourne, il refait le même geste, et tend le nouveau sac à l’Opirien qui a donné le premier à Mel. Elle se déplace vers une autre armoire “vitrée”, choisit et en retire six nouveaux équipements moulés dans une espèce de résine synthétique grise.
« Qu’est-ce que c’est ? demande Jade.
— Vous allez bientôt le découvrir. Nous redescendons pour la démonstration. »
Nous reprenons le chemin en sens inverse… L’Opirien reprend les commandes de la plate-forme… et s’engage dans une descente en chute libre ! Je dois avaler ma salive à plusieurs reprises pour aider à la décompression… Nous retrouvons les quatre Opiriens… et les Kylèniens qui sont de retour. Notre guide emporte les deux sacs et rejoint les siens.
« Vous nous suivez. Non, vous les aurez tout à l’heure. Après la démonstration. »
Adam prend les commandes pour suivre les deux plates-formes qui filent vers l’est… La forêt est remplacée par un paysage de collines boisées et de rivières. Les deux plates-formes qui nous précèdent descendent vers une prairie bordée par un ruisseau. Adam se gare près d’eux… Nous voici totalement isolés… en compagnie de huit sauriens terrifiants à la dégaine redoutable…
« Ici, c’est parfait, annonce l’une des Opiriens. Je commence ? » Les Kylèniens acquiescent simultanément d’un hochement de tête. « Merci. Venez voir ce que nous vous avons réservé… » Elle saisit un sac et nous le tend. « Servez-vous !
— Chouette ! s’exclame Mel qui prend le sac. On va s’amuser. » Il l’ouvre pour en observer le contenu. L’air perplexe, il plonge une main, et sort une poignée d’objets gris qu’il tend à Jade. Il poursuit la distribution… Il s’agit d’un lot de quatre pièces plates ovales. Deux ont une encoche, et les deux autres un motif en surépaisseur en forme de H majuscule.
« C’est ce que vous portez à la ceinture, remarque Jade.
— Exactement, répond une Opirien. C’est un système de protection, un bouclier. Retirez vos ceintures, et enlevez les deux rectangles. Vous voyez les encoches ? Elles sont conçues pour s’adapter aux rectangles. Ajustez-les… et repassez l’ensemble dans la ceinture. »
J’approche une pièce ovale d’un rectangle, et les deux pièces, attirées l’une vers l’autre par une force magnétique, s’ajustent automatiquement. L’ensemble prend l’aspect métallique bronze du rectangle. Le même phénomène se reproduit avec les deux autres pièces. Je les enfile dans la ceinture, avant de la replacer autour de la taille.
« Et les deux pièces en H ? demande Adam.
— Elles font partie du système de protection, explique une Opirien qui croise les bras et tapote ses épaules. Posez-les sur vos épaules, le motif en surépaisseur sur le dessus.
— Aïe ! s’écrie Jade qui grimace. Ça pince !
— Ce n’est que momentané », répond l’un des sauriens.
Je pose une pièce sur l’épaule gauche : au contact de la combinaison, elle prend la forme d’une épaulette, et serre l’épaule avec un bruit d’aspiration. La pression se relâche presque aussitôt.
« Chouette ! s’écrie Mel. Et ? on les enlève comment ? ajoute-t-il en grimaçant.
— Dégrafe ta ceinture ! »
Mel obéit, les deux épaulettes reprennent aussitôt leur forme initiale et glissent de la combinaison !
« Ah ! D’accord.
— Et comment ça marche ?
— Le système de protection est opérationnel dès que vous le portez.
— C’est-à-dire ? » L’Opirien s’avance… et me lance un coup de poing ! Je recule instinctivement, en criant ! Le bras de mon agresseur semble rebondir ! et l’Opirien est projetée en arrière !
« Wow ! J’n’ai rien senti ! » La réaction me surprend par sa violence. Jade s’approche prudemment, elle tend une main vers ma poitrine… et écarquille les yeux d’incompréhension alors que sa paume effleure ma combinaison.
« Comment ça s’fait que j’peux l’toucher ?
— Le bouclier ne fonctionne qu’en cas… d’agression ! reprend l’Opirien qui s’est relevée. Le système crée une bulle d’énergie contrôlée autour de son porteur. Et la bulle adapte sa réaction à la nature de l’apport destructeur. Elle filtre, ou stoppe, tout rayonnement, qu’il soit électrique, magnétique ou électromagnétique, et bloque les projectiles et les agressions physiques. Mais attention ! Au-delà d’un certain seuil… vous serez projetés ! Projetés dans votre bulle… qui pourra rebondir ! Ça vous rappellera les parcs d’attractions !
— Wouah ! s’exclame Jade, les yeux exorbités.
— Il n’interfère pas avec le camouflage ? demande Ève.
— Ou avec les ondes psychiques ? poursuit Adam.
— Non.
— Waouh ! reprend Mel. Génial vot’ truc !
— Ce n’est pas terminé », annonce l’Opirien qui brandit le second sac. Elle s’avance et me le tend. Je la remercie d’un hochement de tête, prends le sac, et l’ouvre : les objets gélatineux… Une espèce de triangle évasé, moulé dans une matière translucide beige, avec deux bandes élastiques.
« Qui veut ?
— Voici un accessoire… offensif ! du système de protection. Ce dispositif le complète en l’enrichissant d’une redoutable arme incapacitante. Rapprochez-vous… et observez… Cet appareil, le némadou, se place sur la paume d’une main. La droite si vous êtes gaucher, ou inversement. Vous commencez par enfiler la petite sangle sur les doigts… cette pointe du triangle vers le bas. Comme ceci… Ensuite vous glissez la seconde sangle au poignet. »
Elle agite sa main osseuse d’un mouvement rotatif. La première sangle épouse la base des phalanges, la seconde s’adapte au poignet.
« Ne serrez pas le poing ! Maintenant, attardons-nous sur le triangle. C’est la commande du dispositif. Un dispositif d’émission d’impulsions électromagnétiques. Examinez ses trois côtés. Les rebords arrondis en relief. Vous pouvez les faire glisser vers l’intérieur. De bas en haut, comme de gauche à droite. Cela permet de régler la puissance, la distance d’action, trente réseks maximum, et l’angle d’émission, un quart-de-cercle au maximum.
— Un rések ? interroge Ève.
— Cette dimension, indique l’Opirien qui écarte les bras.
— D’accord. Trente réseks… à peu près vingt mètres, traduit Mel.
— Une fois le triangle réglé… ne faites rien pour l’instant ! vous serrez le poing… Ne le faites pas non plus ! L’énergie évapore la surface des tissus vivants. Elle crée un plasma explosif qui étourdit les cibles, pendant que les impulsions électromagnétiques interagissent avec les cellules nerveuses. Ce qui provoque une sensation de douleur intense.
— Wouah ! » L’objet sur le creux de ma paume paraît si anodin.
« Vous le retirez… en posant la main contre une épaulette. Voilà… Ce sera tout pour nous.
— Je ne sais… comment vous remercier, hésite Ève.
— Moi si ! réplique l’Opirien. En accomplissant votre mission !
— Et ce n’est pas terminé ! intervient une Kylènien. À nous de partager nos joujoux ! » Elle nous présente un objet profilé bronze, aux reflets verts. Une espèce de boomerang en forme de A majuscule. Ses bords externes sont crantés et la barre du A, en pointe et en surépaisseur, semble affutée comme un rasoir. Une arme de jet… ou une arme blanche ?
« Un yortalk, reprend la Kylènien. À tenir des deux mains… la pointe centrale dirigée vers l’avant. Comme ceci ! » Une autre Kylènien commence la distribution… J’empoigne le yortalk des deux mains et m’exclame, de concert avec Jade, lorsqu’un écran holographique apparaît devant moi. Les compagnons ont aussi l’air surpris, mais je ne vois qu’un seul écran, celui devant moi.
« Le contact simultané des deux mains affiche un écran holographique personnel adapté à la fréquence de vos ondes psychiques.
— Comme ton œuf de navigation, précise Mel à l’attention d’Ève.
— Et c’est quoi tous ces p’tits points ? demande Jade. J’ai un point rouge, et… douze, non ! treize points bleus.
— À ton avis ? questionne Adam.
— C’est nous ? propose-t-elle plissant ses yeux noisette.
— Ben oui !
— Le point rouge, au centre, c’est vous. Les autres repères correspondent aux cibles potentielles. S’ils sont bleus, c’est qu’ils ne représentent aucun danger immédiat. Sinon, ils seraient jaunes.
— Ah oui ? s’étonne Mel.
— Comme les awoushis d’Irod, réagit Adam. L’engin détecte si la cible est dangereuse ou pas.
— Le yortalk détecte certaines fréquences cérébrales, des fréquences qui diffèrent selon l’agressivité.
— Mmm, mmm ! lâche Mel, une moue étonnée au visage.
— Vous pouvez zoomer sur l’image en bougeant légèrement les pouces… Ce qui vous permet de choisir plus précisément les cibles éventuelles. » Je zoome pour avoir les points bien distincts.
« On les choisit comment ?
— Nous verrons cela en temps voulu. Lorsque vous aurez, face à vous, une… ou plusieurs… véritables cibles. Oui ! Vous pouvez en acquérir plusieurs. Votre sélection terminée… vous lancez l’arme ! Comme ceci ! » Elle présente l’engin d’une seule main, la pointe vers l’avant. Elle lève le bras et fait semblant de lancer le yortalk.
« Le yortalk est autonome dès qu’il quitte votre main. Il dispose de sa propre source d’énergie, et est équipé de lasers dans chacun de ses crans. Sa mission accomplie, il revient à vos pieds… même si vous avez bougé entre-temps. Une précision ! très importante ! N’essayez surtout pas ! de le rattraper en plein vol. Attendez qu’il se soit posé.
— O.K. ! acquiesce Mel avec une moue admirative.
— Et ce qui va avec », intervient une autre Kylènien. Elle sort de son sac six objets à l’aspect cuir à la forme évocatrice.
« Les étuis ! Que vous porterez à la ceinture pour ne pas vous blesser.
— Votre équipement attirera l’attention, poursuit une autre Kylènien. Alors que l’anonymat est primordial en cours de mission ! C’est pourquoi… nous vous proposons… ces objets conçus tout spécialement pour vous. »
Elle nous distribue des sacs aux teintes différentes. Les ornements sont également distincts, des motifs géométriques colorés ou des d’arabesques.
« Ils n’ont l’air de rien… c’est justement ce qui fait leur intérêt. Ils sont adaptés à l’intégralité de votre équipement. Choisissez celui que vous préférez… »
Éoïah choisit celui que m’a tendu la Kylènien : un sac rouge brique, avec des arabesques brunes qui évoquent des feuilles découpées. Je prends celui d’Adam, ocre, avec des motifs de cercles et de triangles sur un côté. L’autre côté, uniforme, compte quatre passants. La Kylènien nous explique que les passants servent à glisser la ceinture et ses dispositifs… pour transformer le sac… en sac à dos ! Le yortalk, dans son étui, se faufile dans une fente et constitue l’armature du sac. Les épaulettes servent à rigidifier l’ouverture, et des pochettes intérieures sont réservées aux bracelets, collier et némadou. Il suffit de porter le sac garni sur le dos, de positionner ses doigts contre les bretelles, au niveau des dispositifs de camouflage, pour que tout l’attirail contenu devienne… indétectable ! Nous retrouvons notre équipement en réappuyant sur les dispositifs de camouflage !
