Anna – Syrtis Major
Quel choc de voir le Marstroller d’Ève exploser sous nos yeux ! Alors que la paix entre Emnos et humains semblait à portée de main !
Profitant de l’effet de surprise, les Emnos ont repris l’attaque de Syrtis Major ! Les vaisseaux ennemis proviennent de Tanacé 2. Assibir Kat Orfax tente de prendre le pouvoir !
Et Ève qui nous disait, juste avant d’embarquer : « Restez vigilants… et ne baissez pas la garde ! Le conflit est loin d’être terminé… »
Dans la bousculade qui a suivi, nous avons été séparés et j’ai été entraînée vers l’extérieur par une foule paniquée. Sous les “Tutt… Tutt… Alerte maximale ! Évacuation immédiate !” des alarmes, et l’éclairage rouge clignotant des rampes lumineuses, j’ai dû crier, et sauter à de nombreuses reprises pour ne pas perdre de vue Lewis et Mathias ! Une fois la foule moins compacte, nous avons remonté le flot humain pour retrouver nos camarades… Yves et Éria avaient été emportés vers une autre sortie. La foule a quitté les lieux, nous laissant seuls à la recherche de Perthie…
*
« Perthie !… La voilà ! s’exclame Lewis qui nous fait de grands signes. Elle est ici ! Elle est blessée ! » Il disparaît derrière l’embrasure d’une porte. Yves se précipite et s’engouffre dans le passage… Je le suis… pour me retrouver dans une cabine vitrée qui donne accès à une salle de contrôle. Perthie est prostrée dans un fauteuil à roulettes.
« Oh ma chérie ! J’ai cru t’avoir perdue… » dit Yves qui s’agenouille devant elle. Perthie a le teint blafard, les yeux hagards. Sur sa tempe gauche, ses cheveux, poisseux, sont collés par du sang séché. Les nouvelles d’IRI sont diffusées sur un écran qui occupe l’intégralité d’une cloison. Perthie, blessée à l’arcade sourcilière, les yeux dans le vague, semble hypnotisée par l’écran…
« Perthie ! Perthie ! Réveille-toi ! » s’exclame Lewis. Perthie, le regard hébété, observe Lewis, Yves…
« Yves ! Dis-moi quelque chose… marmonne Perthie. Dis-moi qu’Ève va bien…
— Ma chérie… » Yves grimace, l’air abattu, si triste, que j’en ai mal au ventre. Je voudrais les prendre tous les deux dans mes bras. Je voudrais leur dire qu’Ève va bien, que tout ça n’était qu’une mise en scène… comme le pense Lewis… mais nous avons tous vu Ève monter dans l’appareil avant qu’il n’explose…
« Il faut qu’on évacue les lieux ! » grimace Lewis.
Yves, devant Perthie, l’enlace ; il la prévient qu’il va l’aider à se relever, et bascule en arrière pour l’entraîner. Je me précipite pour soutenir Perthie, nous l’agrippons par les épaules, et nous nous dirigeons vers la sortie…
Éria, qui retient la porte ouverte pour nous laisser passer, s’énerve contre le système : « Oh ! La ferme ! Sarah ! Par pitié ! Coupe-moi cette alarme ! » Le silence revient.
« Aaahh ! Quand même ! » Sous les éclairages rouges intermittents qui persistent, nous avançons tous les quatre vers l’extérieur… lorsque Sarah nous interpelle :
« Vous devez quitter l’astroport. Les vaisseaux de Tanacé 2 arrivent. Les Emnos téléchargent un nouveau programme pour leurs appareils immobilisés. Tous leurs vaisseaux seront opérationnels dans… dix-sept minutes.
— Le Marstroller d’Ève ! s’exclame Yves. Que s’est-il passé ?… Sarah ?
— Un satellite emnos a lancé un faisceau d’énergie dirigée sur le Marstroller.
— Et Ève ? demande Perthie.
— Vous devez d’urgence quitter les lieux. Je détourne un véhicule… Je vous calcule un itinéraire sécurisé… Anna, je te le transfère… Vous avez six minutes. »
Le plan de l’astroport s’affiche sur mon bracelet.
« C’est bon ! Je l’ai ! Suivez-moi… »
Notre avancée chronométrée, nous arrivons rapidement, et sans encombre, à une sortie de l’astroport. La double porte vitrée s’ouvre sur un véhicule de six places qui nous attend les portières ouvertes. Nous sommes à peine montés, qu’elles se referment. L’engin démarre… longe le complexe sportif, louvoie dans les ruelles du quartier résidentiel de Meroe Patera, avant de se garer derrière une file de quatre véhicules à l’arrêt… Nous sommes devant l’entrée du bâtiment de l’unité de recherche en génomique végétale… Je suis surprise de voir Iosni descendre d’une voiture et venir vers nous.
« Nous avons été déroutés pour vous venir en aide, lance Iosni. Phoria ? » Une Martienne d’une quarantaine d’années sort d’un autre véhicule. Je la reconnais aussitôt : elle était en notre compagnie, parmi le gratin martien, lorsque le Marstroller d’Ève a explosé. Une version martienne de Perthie, avec de longs cheveux châtain roux bouclés et une peau d’albâtre constellée de taches de rousseur. Lewis et moi nous descendons du véhicule…
« Je vous présente Phoria, annonce Iosni. Elle va vous conduire en lieu sûr. Adel ! Tu peux venir ? »
Un blond aux cheveux mi-longs en pétard, avec une barbe de trois jours et un teint hâlé, sort du véhicule.
« Désolé, Cluse, j’te l’emprunte, ajoute Iosni.
— Qu’est-ce qui s’passe ? demande Adel qui nous observe d’un regard pénétrant.
— Tu vas faire équipe avec Phoria, répond Iosni.
— Mmm… répond Adel qui lève des yeux charmeurs sur Phoria.
— Vous allez conduire l’équipage d’Alpha Cent jusqu’à Mangala, précise Iosni.
— La mine ? s’étonne Adel, l’air désagréablement surpris.
— La mine ! confirme Iosni.
— O.K., boss.
— Bon… reprend Iosni avec l’air soulagé et satisfait de quelqu’un qui vient de régler un problème. Vous nous suivez ! »
Nous acquiesçons, remontons dans notre véhicule, qui démarre et suit le cortège… Les voitures prennent la route du lac du Kaiser, puis bifurquent sur la droite au premier embranchement… Un bon kilomètre plus loin, elles s’enfoncent dans un tunnel obscur… qui débouche sur un parking souterrain. Une affiche lumineuse jaune indique “Centrale Géothermique du Kaiser, Parking C”.
Les passagers sortent… tous des rebelles… Je ne vois aucun administrateur parmi eux.
« Bienvenue dans la clandestinité ! » nous lance l’une d’entre eux, une terrienne blonde, aux cheveux au carré, à l’accent slave. Iosni, Phoria et Adel s’avancent vers nous.
« Phoria et Adel vont vous conduire à Mangala, nous confirme Iosni.
— Merci, Iosni.
— Ne me remerciez pas. » Il secoue la tête. « C’est bien la moindre des choses que je puisse faire. Je devrais vous accompagner… mais le devoir m’appelle auprès des miens… » Il grimace. « Nous allons devoir reprendre les armes.
— Cette fois au moins, intervient Adel, l’système est avec nous.
— Venez ! » nous prie Phoria. Nous prenons congé d’Iosni et nous suivons Phoria et Adel… Ils nous amènent devant trois cages d’ascenseur, et demandent le niveau 2… Nous nous serrons pour entrer dans l’ascenseur de gauche… et les portes se renferment… pour s’ouvrir sur un hangar dans lequel stationnent deux Marstrollers. Un Marstroller argenté immatriculé MA 34, un autre rouge-brun immatriculé MA 77.
Adel grimace en les apercevant, il s’adresse à Phoria : « T’es… sûre de c’que tu fais ? » Phoria hausse les épaules.
