Menestheus Harkos – Astyra Turquie
Hier matin, le matin même de Noël ! j’ai été appelé pour une urgence ! Et j’ai dû, à mon grand regret, quitter la famille pour rejoindre le Centre d’Astyra… Stéphane, Federica et Léa, leur bout de chou, sont arrivés d’Udine dimanche soir. Yelena, Damianós et leurs deux garçons, Alec et Gregor, sont arrivés de Saronida mardi après-midi. Et le pauvre Renaud a même fait le déplacement. Nous le soutenons de tout cœur dans cette terrible épreuve. Une épreuve d’autant plus cruelle, pour moi, que j’en suis le responsable. Titouan, Clément, Marie et Leyla nous manquent cruellement…
J’ai rejoint le Centre pour assister à l’approche orbitale de sept nouveaux vaisseaux emnos ! J’ai aussitôt contacté mon référent, le commandant Adar Hil Matori, sur sa ligne directe… Une ligne qui était, étonnamment, interrompue ! Le Vatican était sa dernière position connue. Tout en suivant le déplacement de l’escadre, j’ai tenté, vainement, de le joindre à maintes reprises… L’escadre a rejoint les cinq Tanacés… et un étrange engin, à double symétrie triradiale, a quitté l’un des vaisseaux. L’engin a entamé une courbe avant de disparaître de nos écrans… J’ai ensuite assisté à d’inquiétantes manifestations : cinq vaisseaux ont quitté le groupe pour aller provoquer d’étranges phénomènes. Nous pensons qu’ils ont foré cinq puits dans la croûte terrestre.
Le commandant Adar étant toujours injoignable, j’ai dépêché sur site cinq de nos vaisseaux, des Abat Garanta emnos. Nos scientifiques, dont Tarkan Kocaoğlu, mon plus proche collaborateur, y ont retrouvé des équipes du Consortium. Une première depuis la création du Centre de Recherches d’Astyra. Une création suite au démantèlement du Département d’Astrophysique de la Confédération. Nous dépendons directement des Emnos, et je n’ai plus aucun contact avec les membres du HCC. Ce qui nous a tout de même permis de nous réapproprier nos satellites et nos moyens de communication… Cette fois, c’est sur un Tanacé, en orbite au-dessus de l’Atlantique, que les systèmes détectent un mouvement. Au centre de la salle de contrôle, debout devant l’un des quatre écrans géants qui ceinturent la pièce, je suis l’ouverture d’un large espace sur le flanc du vaisseau…
Deux Abat Garanta quittent de concert leur vaisseau mère. L’un d’eux est rouge, noir, crème, et les motifs de sa coque rappellent une peau de lézard ocellé. L’autre est noir et argent. Ils se dirigent vers le continent sud-américain…
Sans me faire d’illusion, je demande tout de même une liaison : « Liaison avec le commandant Adar Hil Matori ! » Je suis, du coup, surpris de voir apparaître son buste holographique !
« Menestheus Harkos ?
— Ah ! Commandant Adar ! J’essaie de vous joindre depuis hier ! » J’attends un instant une réaction de sa part, mais il ne bronche pas.
« J’imagine que vous êtes au courant des derniers mouvements… » Il semble absent, encore plus sombre qu’à l’habitude.
« Les deux Abat Garanta qui viennent de quitter un Tanacé… » Je le vois plisser le front, je viens de capter son attention.
« J’les ai en visuel. Ils se posent sur le continent sud-américain. Au nord du Brésil. Au cœur des Lençóis Maranhenses. »
Les deux vaisseaux ont atterri en plein milieu d’une mer de dunes de sable blanc, et de lagunes interdunaires aux eaux cristallines. De nombreuses données apparaissent… et ce que je découvre me surprend au plus haut point : les signatures thermiques des passagers m’apprennent qu’ils sont humains… et qu’ils sont nombreux !… 169 humains d’après les capteurs ! Et pas un seul Emnos ! Est-ce possible ? Les otages ? Leyla, les enfants ?
Grâce aux caméras des satellites, j’assiste à la formation de deux véritables défilés. Les passagers, tous vêtus d’étranges combinaisons rouge pourpre, sortent en file indienne avant de se regrouper au bord d’un lagon bleu turquoise… Leurs noms, leurs portraits, leurs pedigrees défilent en même temps… Ce sont bien les otages ! Le commandant Adar disparaît avant que je ne réagisse.
Titouan Desmars ! Le nom de mon petit-fils s’affiche ! puis celui de Clément ! de Leyla ! de Marie ! Ils sont sains et saufs ! Yan Henning est parmi eux. Je dois prévenir le Consortium !
« Urgence absolue ! Liaison avec le HCC ! Lisbeth Henning ! »
Je reconnais David Eichman, le responsable de la sécurité.
« Docteur Harkos ?
— Monsieur Eichman, je dois joindre Madame Henning de toute urgence ! Pour une nouvelle capitale !
— Madame Henning est occupée.
— Et bien allez la déranger ! » Mon aplomb le surprend.
« Et que dois-je lui dire ?
— Dites-lui que les otages… viennent d’être libérés !
— Pardon ?
— Vous avez bien entendu !
— Vous êtes certain de ce que vous avancez ?
— Sûr et certain ! Je les ai en visuel !
— Un instant. »
Son buste holographique disparaît… rapidement remplacé par celui de Lisbeth Henning.
« Docteur Harkos ! David Eichman me dit que… » Ses mots restent en suspens.
« Oui, Madame. Deux vaisseaux emnos viennent de déposer les otages au Brésil. Votre mari est parmi eux.
— Et…
— Ils sont 169 ! Tous sains et saufs ! Mais nous devons les récupérer immédiatement ! Avant que les Emnos ne changent d’avis. Je vous transmets les coordonnées.
— Je suis en vidéoconférence avec mes collègues délégués des Fédérations. Je les préviens séance tenante ! Nous dépêchons une équipe d’intervention.
— Bien. Très bien…
— Merci, Docteur Harkos !
— Mais je vous en prie, Madame. La donne change… sans les otages.
— Eh bien… j’espère que nous allons de nouveau coopérer !
— Et même collaborer ! » Je pense à nos opérations communes sur les lieux des forages.
« Je le souhaite de tout cœur… Mais restez prudent ! Docteur Harkos. » Elle coupe la liaison.
