Chapitre 7-07

7.1.2 TERRE

Anna – Addis-Abeba

Le temps de notre marche dans les couloirs jusqu’au bureau de la responsable du site 3, les enfants nous donnent quelques nouvelles de nos familles. Ils ont rendu visite aux parents de Mathias, de Lewis, de Perthie, et au frère aîné d’Éria. Ils n’ont rencontré ni les parents d’Yves, ni ceux d’Éria, ni les miens. Mais la solidarité aurait joué entre eux, et seuls les parents d’Éria ne seraient au courant ni de notre arrivée ni de l’existence des enfants. Bandhu ayant repris du service, j’imagine qu’ils sont bien occupés…

Winta Zimo nous attend dans le couloir. C’est une grande Éthiopienne au regard perçant, à la grâce indéniable. Très élégante dans un tailleur aux couleurs de la Confédération. Une veste cintrée, une jupe ajustée… Nos combinaisons sont passées de mode…

Je vois, aux deux murs-rideaux, que le bureau occupe un angle du bâtiment. Spacieux, le local doit être habituellement lumineux et clair. Aujourd’hui, les vitres sont noircies par le carbone colloïdal. Du coup la pièce est plongée dans l’obscurité, comme en pleine nuit. La suspension de l’entrée est allumée. Ainsi qu’une lampe articulée posée sur un grand bureau de bois sombre aux lignes sobres. L’ambiance est feutrée, l’atmosphère intime… Un parfum oriental, chaud, épicé, boisé, masque l’odeur de goudron qui s’est introduite dans le bâtiment.

Deux grandes toiles, peintes de tableaux abstraits aux couleurs vives, égayent des cloisons claires. Des fauteuils de cuir bordeaux sont disposés autour d’une table basse. Un hologramme gravite au-dessus de son plateau vitré : avec trois lettres, “HCC”, et le griffon aux cinq étoiles.

Nous nous assoyons dans les fauteuils… Et l’hologramme se métamorphose… Le buste d’une Européenne d’une cinquantaine d’années apparaît. Elle a le visage pâle, des taches de rousseur, un chignon blond cendré. Son regard, tendu, bleu électrique, reflète l’inquiétude qui pèse sur la planète.

« Bonjour… » Elle a une grimace de contrariété. « Si je puis dire. L’équipage d’Alpha Cent au complet ! Je suis extrêmement honorée de… Ève ? » Elle s’interrompt, visiblement surprise de découvrir Ève.

« Eh oui, Madame Henning. Je suis Ève.

Mais !?… Nous avons des nouvelles de Mars… Carol Destees m’a appris c’qui s’est passé… Je croyais que…

— Vous n’êtes pas la seule à le penser. C’était un moyen de détourner l’attention. Une mascarade.

Je suis bien heureuse de l’apprendre ! Oh ! Pardonnez-moi ! Je ne me suis pas présentée ! Je me nomme Lisbeth Henning. Je suis la déléguée de la fédération Europe. Je suis en poste depuis 87. C’est moi qui ai succédé à Martin de Vries.

— Les jeunes nous ont mis au parfum, Madame Henning.

Je suis vraiment désolée de faire votre connaissance dans de telles circonstances.

— Nous de même…

Nous sommes en train de nous organiser, en train de recenser tous les moyens nécessaires pour faire face à la catastrophe… Et nous mettons en place des bases arrière pour organiser la mobilisation… L’entraide est une ressource à ne pas négliger… À ce propos… » Une grimace fugitive vient marquer son visage déjà torturé par l’anxiété.

« Nous avons besoin de la coopération de tous nos scientifiques… Vous êtes sur place…

— Oui ! répond Perthie.

Je suis navrée de vous demander ça… mais…

— J’ai compris, réplique Perthie. Que doit-on faire ?

Ne changez pas vos habitudes. Il vous suffit de suivre les recommandations de votre Sarah. C’est elle qui mène les opérations.

— Très bien, répond Perthie. Nous sommes disponibles.

Merci pour votre concours et votre spontanéité… J’espère que nous allons rapidement nous revoir… Et dans de bien meilleures circonstances ! Nous vous devons déjà une fière chandelle ! » Elle hoche la tête. « Et j’ose encore vous demander un service ! Oh ! Je compte bien avoir l’occasion de me rattraper !

— J’espère bien, Madame Henning. » Éria sourit. Lisbeth Henning hoche la tête, le visage éclairé par un sourire fugace.

« Les jeunes… Je souhaitais vous demander… Pour notre affaire ?… Où en êtes-vous ?

— Nous pouvons parler ouvertement, réplique Mel. Maintenant Sarah a un contrôle total sur les systèmes emnos. Origni est en lieu sûr. Nous l’avons confié à des gens compétents. » Lisbeth Henning paraît surprise.

« Des gens compétents ?

— Oui, Madame. Et je n’en dirai pas davantage. Si ce n’est que nous allons… enfin ! pouvoir agir.

Bien… Alors, bonne chance à nous tous ! Et à bientôt à Genève !

— Madame… » L’hologramme s’évanouit.

« Et c’est qui… Origni ? demande Lewis. Et qui sont… les gens compétents ?

Pas ici, répond Mel. On vous racontera ça plus tard, ajoute-t-il, l’air mystérieux. Pour l’instant, on a autre chose à faire… »