Chapitre 7-66

Djaïlinh

La tête baissée, les doigts croisés, j’ai lentement remonté la pente de l’antichambre de la Révélation, le temps qu’Acer s’éloigne… Ensuite, je me suis assis et j’ai attendu, les yeux clos, m’immergeant dans une profonde méditation, l’esprit à l’affût des sentiments intimes d’Acer, de ses doutes, de ses incertitudes, de ses angoisses…

Cette lame anodine que je lui ai confiée, c’est la lame d’Aspika ! La dague avec laquelle Cherfa a froidement assassiné Kohor Dod Jaha, dernier primat de l’Iscatari, mon ancêtre. La dague qui a offert la légitimité, la souveraineté, l’autorité absolue, le pouvoir suprême à Cherfa…

Ce sacrifice sera notre première offrande à Zand… et, je l’espère, la dernière. La suite, je ne la connais pas, nul ne la connaît… enfin… je présume. Le sang a assez coulé, la dictature des armes doit s’achever. Nous devons passer à autre chose, tant d’alternatives, autres que la violence, sont possibles… Cherfa l’a compris… La noirceur de son âme s’est dissipée, mais bien trop tard…

Je sens une soudaine perturbation, un pic d’énergie ! Et le vide s’empare de l’esprit d’Acer, le désarroi…

« Bien joué, Acer. Tu as rempli ta mission. » Je me lève, le cœur léger, la tête haute. Je reprends le sas pour retrouver Tombro en salle de l’Apparat.

« T’en as mis du temps !? Qu’est-ce qui s’passe ? » Tombro, debout devant l’entrée du sas, est livide. « Djaïlinh ?… J’ai senti une vague d’angoisse… et puis plus rien. Ou plutôt… une libération, une délivrance… Djaïlinh ! Tu me caches quelque chose !… Öööhh, non ! » Il joint les mains comme pour prier.

« Si, Tombro. Ce qui devait être fait… est accompli.

Cherfa ! » Tombro se laisse choir dans l’une des diriennes, les sièges à hauts accoudoirs recouverts de velours de Diri.

« Nous venons d’entrer dans une nouvelle ère…

Que va-t-il se passer ? Qu’allons-nous devenir ?

L’Histoire suivra son cours… Ils vont avoir besoin d’un chef, d’un meneur, d’un guide, d’une âme forte. Le temps qu’ils se reprennent en charge.

Qui ?… Tu penses à Acer ?

Je pense, j’estime, qu’il fera un parfait président d’un gouvernement transitoire. Un gouvernement de réconciliation internationale… interpopulaire même.

Olwaïn ? Treïn ?

De parfaits exécutants. Ils ne sont pas mûrs pour accéder au pouvoir suprême.

Et Acer ?

Acer est prêt, fin prêt ! Il attend ça depuis si longtemps ! »