Chapitre 2-25

Lewis

30 décembre 2393

L’année s’achève, une année de plus sur Ir’ Dan… et déjà un an et demi que nous sommes séparés. Le temps s’étire, mais il semble paradoxalement rythmé par une routine nouvelle, celle des visites mensuelles des Wa’ Dans. Une petite parenthèse dans notre quotidien, mais lourde de responsabilités. Tchéa a décidé de nous nommer conseillers : Anna, conseillère scientifique, et moi, conseiller pour la sécurité. Cette fonction nous engage à participer activement à chaque réunion, et la quatorzième a eu lieu il y a tout juste douze jours.

Trois vaisseaux atterrissent avant chaque rassemblement. L’un d’eux arrive de Galaden, Gandharva ou Baïamé, et transporte toujours les mêmes passagers : Tchéa, Édina, Yéden et Éberdan.

Tchéa et Édina se consacrent aux villages de Gandharva. Édina, une Wa’ Dan à peine trentenaire, originaire de Lisène, une cité située à l’ouest de Gandharva, illumine chaque rencontre par sa joie de vivre contagieuse et son regard plein de charme. Son sourire naturel et son tempérament chaleureux en font un atout majeur pour la confrérie. Elle a cette capacité presque magique à apaiser les tensions et à inspirer confiance.

Yéden et Éberdan, quant à eux, se concentrent sur Baïamé. Éberdan est une figure à part : avec ses longs cheveux rassemblés en topknot pour accentuer sa stature d’1 m 68, sa voix grave et ses fascinants yeux verts au regard perçant, il dégage une aura à la fois intimidante et captivante. Il est une légende vivante pour les Wa’ Dans, célébré pour ses combats mythiques contre les Nériths, ces créatures reptiliennes terrifiantes du pôle Sud. “Des récits souvent enjolivés”, aime-t-il préciser, avec ce mélange de modestie et d’ironie qui le caractérise. Bourru au premier abord, il révèle vite une personnalité pleine d’entrain, d’humour et de sagesse. Ses anecdotes captivantes et ses conseils avisés font de lui une compagnie précieuse, autant qu’un héros respecté.

Le second vaisseau provient de Nourhad, Taranis ou Asadal, et ses occupants forment un autre groupe remarquable : Kidan, Pirden, Kaël et Amodel.

Pirden, l’allié de Kidan pour les échanges avec les Wa’ Dans de Taranis, est un personnage fascinant. Trapu et petit, avec un visage rond encadré par des cheveux de jais lissés en une queue de cheval basse, et de petites lunettes qui lui donnent un air studieux, il est doté d’une intelligence intuitive rare. Sa capacité d’écoute et son esprit de synthèse impressionnent tous ceux qu’il rencontre. Véritable stratège dans l’art de convaincre, il est un pivot essentiel pour faire avancer les idées.

Du côté d’Asadal, deux nouvelles recrues féminines, toutes deux jeunes, dynamiques et pleines d’assurance, sont chargées de porter des idées novatrices auprès des communautés locales.

Kaël, âgée de dix-neuf ans, est une cousine de Tchéa. Fille aînée de la tante Yubi et de l’oncle Rixel, elle a hérité du visage carré et des pommettes saillantes de son père. Elle s’est récemment installée dans la cité d’Irdyl, le village natal de Rixel.

Amodel, plus âgée de quelques années, en a vingt-huit. Grande, au visage ovale et aux yeux noirs débordant d’expressivité, elle impose sa présence avec une élégance discrète. Nièce d’Axel, elle est originaire d’Oyerdyl et semble posséder cette gravité apaisante des leaders naturels.

Le vaisseau de Libarad n’a que deux occupants : Védan et Ruadan, le dernier à avoir rejoint leur troupe. Ruadan, un Wa’ Dan dans la trentaine, originaire de Corun, la cité la plus septentrionale de Pangou, intrigue autant qu’il agace. De taille moyenne et plutôt corpulent, il se distingue par son caractère réservé et son sens aigu de l’observation. Mais ce qui frappe le plus chez lui, c’est son incroyable pouvoir de persuasion. Je le soupçonne d’ailleurs d’utiliser, presque en douce, ses capacités télépathiques pour infléchir subtilement les discussions à son avantage. Et cela m’irrite profondément. Il a cette sale habitude de toujours vouloir avoir le dernier mot, une obstination parfois exaspérante.

Ainsi, mois après mois, ces figures singulières et complémentaires façonnent, à leur manière, les nouvelles dynamiques entre les cités et les villages d’Ir’ Dan.

Adam, lui, a maintenant quatre ans et demi, ce qui correspond à cinq années terrestres. Il grandit vite : il mesure déjà un mètre dix pour dix-neuf kilos. Ses dons de télékinésie ne cessent de se développer, et je mets un point d’honneur à l’encourager dans leur maîtrise. Comme vous avez pu le constater, notre jeu de construction, ce fameux circuit de course grandeur nature, a pris une ampleur totalement inattendue. Le plateau est méconnaissable. Désormais, le circuit est parsemé d’obstacles ingénieux, de tremplins spectaculaires, de courbes inclinées et de chicanes serrées.

Et ce n’est pas tout. Je lui ai appris à piloter un speedglide, et Adam s’est révélé être un prodige. Nous avons commencé doucement : il était assis devant moi, et je guidais l’engin à faible allure. Peu à peu, je lui ai laissé prendre les commandes, augmentant graduellement la vitesse. Jusqu’au jour où nous avons fait notre première course contre la montre. Depuis le 7 juin dernier, jour de son anniversaire, il pilote seul son propre appareil. Nous nous affrontons maintenant dans des courses effrénées.

Il faut être honnête : ces compétitions ne sont pas franchement équitables. La distance qu’il parvient à couvrir lors de ses sauts est, disons… suspecte. Et ses virages, bien trop serrés pour respecter les lois de la physique, défient toute logique sans qu’il ne finisse jamais dans le décor. Mais tout cela fait partie de son apprentissage. Chaque course, chaque saut, chaque trajectoire est une leçon dans la maîtrise de son environnement.

Pour maintenir et affiner ses facultés de télépathe, Adam et moi nous consacrons chaque jour à un petit quart d’heure d’exercices de concentration. Pas plus de quinze minutes, car l’exercice le fatigue rapidement. Pourtant, le principe est simple pour un télépathe : il lui suffit de deviner mes pensées. Mais, bien sûr, la simplicité est souvent trompeuse.

Adam débute toujours par un rituel fascinant. Pendant les premières minutes, il fait apparaître de minuscules points lumineux, telles des particules de poussière qui dansent dans l’air. Puis, un léger souffle semble naître autour de nous, presque imperceptible, et toutes ces lueurs convergent lentement pour former une sphère immatérielle entre nous. La sphère commence alors à se transformer : elle s’étire, s’effiloche en filaments brumeux qui viennent tisser un lien éthéré entre lui et moi. Une fois la connexion établie, je peux poser mes questions. Sur des formes ou des chiffres, Adam est imbattable, devinant toujours avec une précision déconcertante. Mais lorsque mes pensées deviennent plus abstraites, le défi est tout autre, et sa concentration vacille parfois.

Jade, quant à elle, vient tout juste de fêter ses trois ans terrestres. Elle mesure quatre-vingt-quinze centimètres pour quatorze kilos. Si Adam est facile à vivre, sa petite sœur se révèle être tout son contraire. Adam a un tempérament calme et équilibré, tandis que Jade est un véritable tourbillon de caprices, bouderies et rancunes tenaces.

Comme nous refusons catégoriquement de céder à ses exigences, ses colères éclatent souvent en véritables tempêtes sonores. Lorsqu’elle pique une crise, la solution est simple : nous l’envoyons dehors. Ici, pas de voisins à déranger, et elle finit toujours par se calmer au grand air.

Anna, de son côté, a fait des progrès impressionnants au clavier. Ce qui n’était au début qu’une série de notes hésitantes et dissonantes s’est transformé en harmonies agréables et pleines de promesses. J’éprouve maintenant un immense plaisir à m’asseoir près d’elle et à écouter ses mélodies, qui emplissent la pièce d’une douce sérénité.

Pour toi, Mathias : je sais combien tu attends avec impatience la suite des aventures d’Ethan. Je suis en train de finaliser l’avant-dernière partie. Encore quelques semaines de patience.

Et toi, Éria ? Où en es-tu avec la peinture ?

Voilà, nous y sommes.

Aujourd’hui, le premier janvier !

Bonne année 2394 à tous !

Que cette nouvelle année nous comble de bonheur, de joie, d’amour, de paix, de sérénité, de santé, d’aventures et, pourquoi pas, de quelques belles surprises…