Le panorama est fantastique, époustouflant ! Comme un tableau vivant où chaque détail semble savamment orchestré pour émerveiller. Sous un ciel d’un améthyste éclatant, traversé de nuages roses qui flottent avec grâce dans la lumière, un océan indigo s’étend à perte de vue. Ses vagues miroitent de reflets argentés, tels des joyaux en mouvement. Un vaisseau bordeaux, à aile delta, gracieux et imposant, fuse vers les cieux. Autour de notre dôme de verre et de métal planent des oiseaux majestueux, aux ailes rouge cardinal, à mi-chemin entre pélicans et créatures mythiques.
Lepte, en guide attentive, entame le tour de la corniche en nous commentant les merveilles de cet horizon.
La côte déroule un spectacle captivant : des anses tranquilles qui accueillent les vagues avec douceur, des criques sauvages aux contours déchiquetés et des plages désertes où le sable blanc se mêle à des nuances nacrées.
Les rivages paisibles cèdent la place à des collines couvertes d’une forêt vert sombre, dense et mystérieuse, qui semble garder jalousement ses secrets. Ces étendues, vierges de toute civilisation, se déploient jusqu’à l’horizon. Un horizon, théâtre d’ombres et de mystère, avec les Emples Noirs, une chaîne d’aiguilles rocheuses qui transpercent un ciel lourd et sombre, chargé de nuages menaçants.
Un groupe d’oiseaux jaune safran traverse cette scène, dessinant des arabesques vibrantes dans le lointain, comme une signature éclatante dans cette composition naturelle.
Puis, le regard revient sur la ville de Nakou Éti, qui, bien que résolument moderne, semble s’efforcer de coexister en parfaite symbiose avec cette nature grandiose. Une succession de gratte-ciel et de structures futuristes s’élève, mais loin d’agresser le paysage, elles semblent vouloir le sublimer. La tour conique la plus proche, avec sa structure alvéolaire, évoque irrésistiblement une morille titanesque, défiant la gravité avec une élégance presque organique. Plus loin, une autre tour domine, un véritable chef-d’œuvre d’architecture : ses miroirs fragmentent et renvoient la lumière, comme pour offrir une mosaïque mouvante du paysage environnant. Son sommet, qui s’épanouit dans une forme de craterelle, donne l’impression d’une floraison minérale, une célébration silencieuse de la beauté et de l’équilibre.
Un nouveau vaisseau fuse vers les cieux, tandis que deux autres effectuent des manœuvres audacieuses, plongeant vers le sol avant de ralentir avec une précision presque chorégraphique. Tout semble pensé pour fasciner, et je ne peux m’empêcher de me sentir humble face à cet équilibre parfait entre la puissance de la nature et la maîtrise de la technologie.
Yves me donne un léger coup de coude, un geste discret, mais suffisant pour attirer mon attention sur Mel. Immobile, le regard fixé sur l’horizon, il semble figé dans une contemplation presque mystique, tandis qu’Ève, Thomas, Jade et Adam s’amusent bruyamment le long de la coursive. Leur agitation contraste vivement avec l’immobilité étrange de Mel, comme s’il était coupé du monde qui l’entoure.
Mon regard suit celui de Mel, et je remarque les oiseaux jaunes et rouges qui se rapprochent. Ces créatures, semblables à des grues couronnées pour les jaunes, et à des pélicans flamboyants pour les rouges, modifient subtilement leur trajectoire, leurs mouvements gracieux devenant presque intentionnels. Elles ne se contentent pas de voler au hasard : elles convergent, toutes, vers Mel.
Yves me lance un regard appuyé, un mélange d’étonnement et de compréhension muette. Tout comme lui, je sens que quelque chose de singulier se joue sous nos yeux. Un lien, profond et inexplicable, semble se former entre l’enfant et ces créatures. Ce n’est ni naturel ni ordinaire : c’est autre chose, quelque chose qui dépasse notre compréhension immédiate.
Lepte, resté légèrement en retrait, observe la scène avec un sourire à peine esquissé, mais suffisamment expressif pour révéler qu’elle en saisit toute la portée. Ce lien entre Mel et les êtres vivants, si évident pour elle, paraît être connu de tous…
Nous redescendons à l’étage inférieur, où Lepte s’arrête devant la deuxième porte. Avec un geste fluide, elle l’ouvre, révélant une salle baignée d’une lumière douce et diffuse. Au cœur de la pièce, une table ronde est entourée de sièges adaptés pour les adultes, reproduits à l’identique en version miniature pour les enfants. L’attention portée à ces détails me frappe immédiatement : tout semble pensé pour favoriser le confort et l’inclusion.
Sur le côté, une machine à repas occupe un espace discret. Je reconnais instantanément son design, familier : c’est le même modèle que celui de notre appartement de Baïamé. Cette ressemblance me procure un étrange mélange de réconfort et de curiosité.
Tandis que les enfants, intrigués, s’approchent de leurs petits sièges, je saisis l’occasion pour interroger Lepte sur le régime alimentaire des Éthaïres. Elle répond avec ce sourire serein et ce calme imperturbable qui la caractérisent :
« Nous sommes ovo-lacto-végétariens. Notre alimentation repose sur des œufs, des produits laitiers, des miels, des nectars, des gelées, ainsi qu’une grande variété de fruits et de légumes. »
Chaque mot semble pesé, prononcé avec une simplicité désarmante. Je note mentalement cette information, fascinée par l’harmonie qui semble régner entre leur mode de vie et leur environnement. Tout, ici, respire l’équilibre et une forme de respect profond pour le vivant.
Nous visitons les trois appartements, tous conçus sur un modèle identique, mais dont chaque détail de décoration reflète une personnalisation subtile et soignée. La porte de la coursive s’ouvre sur une entrée centrale qui distribue les espaces : à gauche, la chambre des enfants ; en face, la salle de bains et les toilettes ; à droite, la chambre des adultes.
La pièce d’eau, véritable petit chef-d’œuvre de design fonctionnel, attire immédiatement mon attention. Le sol imite un élégant assemblage de galets polis, procurant une sensation naturelle et apaisante sous les pieds. Une baignoire ronde, encastrée dans le sol et d’un blanc immaculé, est entourée d’un revêtement noir mat qui contraste harmonieusement. Deux plans vasques, conçus à des hauteurs différentes, sont judicieusement installés : l’un destiné aux adultes, l’autre adapté aux enfants. Une preuve supplémentaire du soin apporté à chaque détail.
Les chambres des enfants révèlent chacune un univers distinct, conçu pour nourrir leur imagination et leur offrir un espace de confort et de jeu. Dans celle de Mel, l’espace de jeu remplace le lit mezzanine traditionnel. La décoration, dominée par des tons bruns et verts, évoque une jungle luxuriante où tout semble vivant et foisonnant.
La chambre d’Adam et Jade déploie un fascinant contraste de teintes : un plafond bleu nuit constellé d’étoiles, qui donne l’illusion de dormir sous un ciel infini, tandis que les murs, dans des tons jaunes et beiges, rappellent les étendues sablonneuses d’un désert.
Celle d’Ève et de Thomas joue sur un camaïeu de bleus et de blanc, offrant une ambiance sereine et lumineuse, presque comme une ode à la mer et au ciel.
Quant aux chambres des adultes, elles sont aménagées avec simplicité et raffinement : un grand lit moelleux trône au centre, accompagné d’un bureau et d’une penderie généreusement remplie. La touche que nous attendions tous avec impatience : nous allons pouvoir troquer nos combinaisons gris-vert contre des vêtements plus confortables.
Pour la décoration, Lepte a choisi un camaïeu de bordeaux et de gris perle dans la chambre d’Anna et Lewis, une combinaison chaleureuse et apaisante. Pour nous autres, elle a opté pour les mêmes tons familiers qu’à Pangou et Baïamé, comme une manière subtile de nous faire sentir déjà un peu chez nous.
Les chambres n’ont pas de fenêtre, ce qui, heureusement, ne pose aucun problème puisque nous ne sommes pas sujets à la claustrophobie. Lepte, toujours attentive, m’adresse un léger signe de tête avant d’effleurer la cloison d’un geste délicat. À ma grande surprise, la paroi commence à se modifier sous nos yeux : elle se gélifie, se trouble, puis devient translucide avant d’atteindre une transparence parfaite, révélant une vue imprenable sur l’extérieur ! Ce procédé me rappelle instantanément les technologies des complexes d’Ir’ Dan et les cockpits des vaisseaux Wa’ Dans.
Notre chambre donne sur les forêts de l’est, qui, sous la pluie battante, se parent d’un voile de mystère presque irréel. Les averses, transformées en un rideau scintillant, intensifient l’atmosphère énigmatique de ces bois lointains.
Lepte nous fait une démonstration de la simplicité du système : un frôlement léger suffit pour que la cloison reprenne instantanément son apparence initiale, solide et opaque, comme si rien ne s’était passé.
Satisfaite de son explication, Lepte change d’attitude, adoptant un ton plus sérieux. Elle souhaite aborder avec nous le programme de formation destiné aux enfants, un sujet qui semble lui tenir particulièrement à cœur. Nous décidons alors de laisser les enfants à leurs explorations joyeuses et insouciantes de leur nouvel environnement, puis, curieux d’en apprendre davantage, nous suivons Lepte en direction de la salle de repas.
« Avant de vous détailler le programme prévu, j’aimerais revenir sur ce qui vous a intrigués tout à l’heure : ma métamorphose physique. Une fois votre isolement terminé, je vous ferai visiter la ville, et vous constaterez que la population y est majoritairement composée d’adolescents. Vous croiserez très peu d’adultes, encore moins de jeunes enfants ou de personnes âgées. Pourtant, les adolescents que vous rencontrerez, comme moi, sont bien plus âgés qu’ils n’en ont l’air. Nous pratiquons ce que nous appelons la Régénérescence, un processus par lequel nous rajeunissons, en moyenne, toutes les cinq ou six révolutions. »
Éria écarquille les yeux, visiblement stupéfaite. « Incroyable ! C’est donc pour ça qu’t’as changé !
— Et… comment faites-vous ? »
Lepte esquisse un sourire légèrement énigmatique. « Comme vous l’avez constaté lors de mon séjour prolongé en orbite d’Ir’ Dan, nous ne sommes pas épargnés par le vieillissement. Les mécanismes en jeu sont identiques aux vôtres : stress oxydatif, dégénérescence des membranes cellulaires, erreurs de réplication, baisse de production énergétique au sein des cellules, et neurones qui cessent de se régénérer. Mais nous avons une solution biotechnologique. Nous avons simplement mis au point ce que vous appelez, dans vos légendes, la fontaine de Jouvence.
— Nous n’en sommes pas très loin, nous aussi, dis-je avec une pointe de fierté.
— C’est ce qu’on vous laisse croire. »
Lewis fronce les sourcils, intrigué. « Comment ça ? »
Éria, toujours plus curieuse, ajoute en plaisantant : « T’en as trop dit, Lepte, ou pas assez ! »
Lepte rit doucement, mais son regard se fait sérieux. « Vous en apprendrez davantage le moment venu. Ce n’est pas pour vous que je dis cela, mais sachez que toute connaissance n’est pas à prendre à la légère ni à mettre entre toutes les mains. »
Éria croise les bras, feignant une mine vexée. « Merci quand même pour ce demi-mystère ! »
Lepte reprend d’une voix plus posée : « Cette technologie pose d’importantes questions de bioéthique, pour vous comme pour nous. L’image de la fontaine de Jouvence est juste, car elle implique une immersion dans un fluide respiratoire enrichi. Grâce à un complexe enzymatique, chaque chromosome retrouve les nucléotides manquants de ses télomères, et nos neurones sont régénérés à l’aide de nanotechnologies. Vos spécialistes sont parfaitement capables de réaliser de telles opérations. Mais la véritable question n’est pas technique. Elle est éthique. Sans régulation stricte, une telle avancée engendrerait inévitablement un problème de surpopulation, pire encore que ceux que vous avez connus lors des siècles passés. »
Lewis, pensif, hoche la tête, mais Lepte ne lui laisse pas le temps d’intervenir.
« Notre solution est simple : nous pouvons nous régénérer éternellement, mais à une condition. Nous devons renoncer à la procréation. Le jour où nous choisissons d’avoir un enfant, nous perdons l’accès à la régénérescence. À partir de ce moment, nous vieillissons normalement, pour finalement décéder moins d’une centaine de révolutions plus tard. »
Un silence pensif s’installe, chacun digérant l’ampleur de ces révélations.
« Alors, quel âge as-tu ? » demande Mathias, les bras croisés, son ton oscillant entre curiosité et incrédulité.
Lepte esquisse un sourire amusé, comme si elle attendait cette question avec impatience.
« Je savais que la question viendrait. Si je transpose ma date de naissance à votre calendrier terrestre, je suis née au XVe siècle, en 1471 pour être précise. Cela me ferait 924 ans, sans compter les années passées hors de mon univers. » Elle tourne alors son regard vers Lewis et ajoute avec un brin de malice : « Oui, pas mal pour une gamine, n’est-ce pas ? »
Les sourcils de Mathias se haussent légèrement, mais il reste silencieux, laissant Lepte poursuivre.
« J’ai repris le travail de ma mère et me suis spécialisée dans ce que nous appelons “Les Questions Humaines”. Ma toute première étude portait sur “La Conquête du Nouveau Monde”. J’ai eu l’opportunité de la suivre en direct. Depuis, je suis la Déléguée aux Affaires Humaines de la Communauté. »
Elle marque une courte pause, scrutant nos visages pour jauger nos réactions, avant de continuer : « D’où mes pensées qui se tournent parfois vers l’époque de Christophe Colomb et d’Amerigo Vespucci. Comme vous, ils découvraient un nouveau monde. Et c’est également en réponse aux questions d’Ève. Votre arrivée sur Éthaï est, pour vous, un bouleversement monumental, mais pour moi, c’est une consécration. L’aboutissement de siècles d’observations et de préparation. En mon âme et conscience, je ne pouvais vous laisser sous la menace des Emnos. Vous auriez été condamnés, dans le meilleur des cas, à régresser jusqu’à la nuit des temps. »
Ses mots résonnent, graves et lourds de sens. Mais avant que quiconque n’ait le temps de réagir, elle s’interrompt, tournant la tête comme si elle captait un écho invisible.
« Mel est toujours dans sa chambre, avec Ève, mais Adam est descendu avec Jade et Thomas. Adam déplace les sphères pour que Thomas puisse patauger dans le bassin. »
Lewis n’a pas attendu que Lepte termine sa phrase. Il s’est levé brusquement, et, talonné par Yves, a bondi vers la sortie. Intriguée, je me redresse à mon tour et m’avance jusqu’à la rambarde pour observer la scène.
En bas, Lewis s’est immobilisé au pied de l’escalier, les bras croisés, raide comme un piquet. Sa voix tranche le calme ambiant :
« Qu’est-ce que vous faites ? » demande-t-il d’un ton sec.
Adam, pris au dépourvu, lève des yeux coupables vers son père.
« Ben… j’ai enlevé les cailloux pour que Thomas et Jade puissent se baigner », bafouille-t-il, l’air penaud.
Les sphères ont été retirées du bassin, mais la pyramide végétale, fort heureusement, semble intacte. Dans l’eau, Thomas et Jade, en sous-vêtements, se sont figés. L’insouciance a laissé place à une appréhension palpable, comme deux enfants pris en faute. Leurs regards oscillent entre Lewis et Yves, guettant le verdict.
Yves, qui vient de rejoindre Lewis, lève la tête vers moi. Un haussement d’épaules, accompagné d’un soupir silencieux, trahit son impuissance.
« Vous auriez pu, au moins, nous demander la permission », reprend Lewis, le regard sévère. Puis, après un instant de réflexion, il relâche légèrement ses épaules et soupire. « Bon ! Mais faites attention. Adam, quand Jade et Thomas auront fini de jouer, tu remettras les sphères en place. Et en douceur ! Compris ? ajoute-t-il avec un doigt levé pour appuyer son propos.
— D’accord, Papa ! » répond Adam, soulagé de voir la tempête se calmer.
C’est alors qu’Éria surgit, rayonnante, depuis la chambre de Mel.
« C’est bien ! s’exclame-t-elle. Mel a trouvé de quoi s’occuper, ça va lui changer les idées.
— Comment ça ? demandé-je, intriguée.
— Il est avec Ève, précise Éria, un sourire aux lèvres.
— Et ?
— Ils ont trouvé de nouveaux compagnons. La cloison est transparente, et les oiseaux qu’on a vus tout à l’heure, là-haut… eh bien, ils sont là, devant eux ! Et on dirait bien qu’ils communiquent. »
Mathias, jusque-là silencieux, opine.
« Tant mieux. L’isolement passera plus vite. »
Mais Éria, son expression plus grave, nuance ses propos.
« Pas sûr. » Elle se gratte la gorge, hésitant à poursuivre. « Mel m’a déjà demandé la permission de sortir… pour être avec les oiseaux.
— Il devra patienter », tranche Lepte, calmement, mais avec fermeté, coupant court à tout débat.
Nous regagnons la salle de repas, où Lepte reprend d’un ton calme et posé :
« Je souhaitais vous expliquer en détail la formation que suivront les enfants. Un cursus d’environ treize ans… mais qui, pour vous, parents, ne durera que quelques mois. »
Lewis fronce les sourcils, perplexe :
« Que quelques mois ? répète-t-il lentement, cherchant à donner un sens aux paroles de Lepte.
— Environ », confirme Lepte.
Éria, les bras croisés et l’air sceptique, prend le relais :
« Mais… comment ça ? Treize ans pour eux et seulement quelques mois pour nous ? Qu’est-ce que ça signifie, exactement ? »
Lepte inspire doucement, comme pour mesurer l’impact de ses mots avant de les transmettre.
« La formation se déroulera en plusieurs sessions, dans des univers différents. Voici comment cela va se passer : un matin, vous les verrez partir au lever du jour et ils reviendront le soir. Mais entre ces deux instants pour vous, ils auront traversé un trou de ver, passé deux ou trois années dans un autre univers, et repris le même passage temporel pour revenir ici. »
Le silence tombe dans la pièce, lourd et chargé de questions non formulées. Lepte enchaîne avec douceur, anticipant les réactions :
« Oui, c’est vrai… vous ne les verrez pas grandir. Et chaque fois que vous les retrouverez, ce sera un choc. J’en suis désolée. Mais nous n’avons ni le choix ni le temps de procéder autrement. »
Lewis et Anna échangent un regard tendu, mais Mathias reste attentif, son expression impassible.
« Pour leur premier cycle, une formation d’environ trois ans, les enfants partiront pour Ligurande. Cette planète a été choisie afin de les perturber le moins possible. Le peuple de Ligurande, les Ligures, vous ressemblent sur bien des points : leur apparence physique, pour commencer, mais aussi leur créativité, leur verve inépuisable et leur talent exceptionnel pour le chant et les arts de la guérison. Leur enseignement sera adapté à l’âge des enfants. »
Lepte marque une pause, scrutant nos réactions, avant de reprendre d’un ton plus léger :
« D’ailleurs, ils ne partiront pas seuls. Six jeunes Éthaïres vont les accompagner, ainsi que Kalept, leur préceptrice et mentore. Vous aurez l’occasion de la rencontrer avant leur départ ; elle souhaite échanger avec vous, répondre à vos interrogations, et vous présenter en détail son programme. »
Mathias, les sourcils légèrement froncés, pose alors la question qui lui brûle les lèvres :
« Vous n’avez que six jeunes Éthaïres ? »
Un sourire énigmatique étire les lèvres de Lepte.
« Non… » répond-elle simplement, sans développer, laissant planer un mystère presque volontaire, avant de poursuivre avec sérénité :
« Ils sont heureusement bien plus nombreux. Notre population totale ? Nous sommes 912 millions, répartis sur les quatre continents d’Éthaï, auxquels s’ajoutent 38 millions sur nos colonies. Quant à Nakou Éti, notre capitale, elle abrite 65 000 Éthaïres. Cependant, nos enfants ne partent pas tous se former sur d’autres planètes. Les six qui accompagneront vos enfants ont été choisis pour leurs prédispositions exceptionnelles, repérées dès leur plus jeune âge. C’est pour eux une véritable opportunité. »
Elle marque un temps, comme pour s’assurer de notre attention avant d’énumérer :
« Les critères ? L’adaptabilité, la sociabilité, l’éveil, et l’ouverture d’esprit. Après cette première expérience sur Ligurande, ils rentreront brièvement avant d’entamer une deuxième période de formation sur Zadari. Le peuple de Zadari, les Zadars, sont facétieux, spirituels et surtout d’excellents télépathes. Ils souhaitent transmettre leurs savoirs et affiner les capacités télépathiques de vos enfants. Ève et Mel, d’ailleurs, possèdent déjà des aptitudes bien au-delà des standards. »
Son ton se fait plus grave, presque solennel, tandis qu’elle aborde la suite :
« Lors de la troisième phase, vos enfants seront amenés à développer leurs facultés et à en acquérir de nouvelles. Ils devront faire face à des épreuves spécifiques dans le système d’Abdès, sur Kylèn et les colonies kylèniennes. Enfin, la quatrième période sera celle du perfectionnement. Les modules seront adaptés à leurs besoins, avec une partie de leur formation sur Soléna, la planète des Solènes. Nous avons également prévu des missions spéciales d’observation sur des mondes ayant subi, ou subissant encore, l’influence des Emnos. »
Elle nous observe tour à tour, comme pour souligner l’importance de ce qu’elle vient de nous transmettre.
« Bien connaître son adversaire est une clé fondamentale avant toute confrontation. Apprendre à évaluer les forces et les faiblesses des Emnos leur sera indispensable. Et lorsque leur formation sera complète, vous regagnerez, ensemble, votre système solaire. »
Anna, jusque-là silencieuse, intervient d’un ton mesuré :
« Et la suite dépendra des résultats.
— Tout à fait », conclut Lepte, un éclat déterminé dans le regard.
