Chapitre 15

Éria

Assaillie par une angoisse primitive, une terreur viscérale qui serre ma poitrine, je me redresse d’un bond, le souffle court, haletant. Mon cœur bat à tout rompre, comme s’il voulait se libérer de mon torse. “02 : 40″… Ces chiffres flottent devant moi, lumineux dans l’obscurité. Ils me transpercent, me forcent à ancrer mes pensées dans cette réalité que je peine à comprendre. Où suis-je ? Que se passe-t-il ?

Mon corps… Je suis trempée de sueurs froides, mais tout semble… intact. Mes mains errent frénétiquement sur ma peau, mes seins, mon visage, mon nez. Tout me semble normal, et pourtant, une étrange sensation persiste, une peur sourde, irrationnelle.

« Lumière ? » Mon souffle se calme alors que la pièce s’éclaire doucement. La lumière chaude réchauffe mes yeux, et je vois la tenture murale, avec ses couleurs chatoyantes, familiales. C’est la première vraie sensation de sécurité que j’ai depuis… Depuis… ? Depuis quand ? Depuis quoi ? Je n’en ai aucune idée. Mon corps semble intact, mais cette étrange angoisse ne me quitte pas.

Je me précipite hors du lit, mes jambes encore lourdes de confusion, et me dirige d’un pas précipité vers la salle d’eau. Ce cauchemar… Si c’est vraiment un cauchemar, il était d’une telle puissance, d’une telle réalité, qu’il me laisse encore tremblante. Je sens encore, comme une brûlure, le contact des chairs putréfiées contre ma peau… L’idée me donne la nausée. Je m’approche du miroir, les yeux pleins de doute, scrutant mon reflet. Je n’y vois aucune monstruosité, aucun signe de dégradation, rien qui indique que cette vision que j’ai eue n’était pas juste un produit de mon esprit affolé. Je suis… moi.

Je prends une grande inspiration, mais elle ne fait rien pour calmer ce frisson qui court sur ma peau. La terreur n’est pas loin. Il faut que je me débarrasse de cette sensation, de cette peur qui m’envahit. Je dois me purifier, effacer tout ce qui vient de ce rêve insupportable.

Sans réfléchir plus longtemps, je me dirige sous la douche, l’eau froide d’abord, puis chaude. Le jet m’envahit, me submerge, nettoie mes pensées aussi bien que mon corps. Mais, dans mon esprit, l’image reste là. Les corps en décomposition, l’odeur insupportable, la sensation des doigts glacés des créatures qui me touchaient. Cette étrange vision m’obsède, et rien, pas même l’eau chaude qui me réchauffe, ne semble pouvoir effacer ce souvenir.