Ir’ Dan, 1 091. Sur Terre, nous sommes en 2 386.
Personnages Wa’ Dans : Éberdan, Korda et des enfants. Leur dimorphisme sexuel est semblable à celui des humains.
Nous nous trouvons sur Galaden, galadSn, le continent, et plus précisément au cœur de Valène, valSn, un village arboricole niché dans une vaste forêt.
Nous sommes devant l’entrée ouest de la salle commune, un grand chapiteau octogonal en bois, l’unique construction au sol. Ce bâtiment, qui dispose de quatre entrées couvertes, sert de lieu de rassemblement pour les habitants.
Les autres structures du village sont suspendues dans les hauteurs, perchées autour de troncs titanesques d’arbres millénaires. Ces habitations sont solidement fixées par un système ingénieux de piliers de bois en étoile, ancrés à de larges anneaux métalliques entourant les troncs.
Un réseau complexe de passerelles suspendues, d’escaliers sinueux, d’échelles de corde, de plateformes, de ponts de singe et de tyroliennes relie les différents bâtiments. Chaque structure est équipée d’une terrasse aérienne et d’un petit ascenseur à ciel ouvert qui longe les troncs imposants. Ce village suspendu est une merveille d’harmonie entre architecture et nature, baigné dans une lumière tamisée par les frondaisons.
Éberdan est un mâle Wa’ Dan d’une quarantaine d’années, à la carrure imposante et à la prestance qui ne laissent personne indifférent. Ses longs cheveux épais, réunis en un topknot, contrastent avec la gravité de son regard. Ses yeux d’un vert étrange, perçants, semblent sonder l’âme de ceux qu’il croise. Sa voix, profonde et grave, porte une autorité naturelle, et tout en lui semble appeler au respect.
Bien qu’il soit perçu comme intrépide et fougueux, fidèle à l’image du grand aventurier qui l’a propulsé au sommet de la légende, cette attitude n’est qu’une façade soigneusement entretenue. Sous cette image de héros se cache un “homme” plus complexe, joyeux et énergique, qui s’efforce de dissimuler ses doutes derrière un masque de bonne humeur. Son tempérament communicatif et son humour contagieux sont des traits qui lui permettent d’apaiser les tensions et d’alléger ses propres luttes intérieures. Cultivé et vif, il sait apporter une touche de légèreté même dans les moments les plus graves.
Sous un long manteau bleu nuit, il porte une chemise bleu roi à laçage noir, avec un col remonté qui lui donne un air à la fois élégant et décontracté. Son pantalon ample, d’un bleu cobalt profond, est maintenu par un large ceinturon de cuir orné d’un fermoir à crochet doré. Ses mocassins à doigts noirs, originaux et imposants, complètent ce look distinctif qui ne manque pas d’attirer les regards.
Korda, professeure de sciences, est une femelle de la cinquantaine, d’une corpulence généreuse. Ses cheveux noirs, crêpés sur le dessus et attachés en une queue-de-cheval basse, encadrent un visage rond et joufflu, marqué par un regard franc et un sourire délicat. Ces traits révèlent une personnalité ouverte, chaleureuse, et une grande capacité à créer des liens.
Elle porte un tailleur en cuir brun, composé d’une veste à manches longues ornée d’un motif doré représentant un calice, encadré par six étoiles à cinq branches. Sa jupe plissée complète l’ensemble avec une touche de sophistication. Un bustier bordeaux met en valeur sa silhouette, soulignant sa généreuse poitrine avec une élégance discrète.
Éberdan — Valène
Il pleut ce soir sur Valène. Une pluie tiède, de grosses gouttes qui éclaboussent en tombant, créant un murmure régulier. L’air est lourd, saturé d’humidité, et l’odeur familière de terre mouillée se mêle à celle de l’huile d’azarin. Une huile qui brûle lentement dans le photophore circulaire suspendu au-dessus de nos têtes, projetant une lueur douce et vacillante. La chaleur enveloppe chaque respiration, rendant l’atmosphère presque palpable.
L’azarin est un arbre de taille moyenne, aux feuilles vert foncé, brillantes, découpées en neuf lobes bien marqués, leur sommet acuminé. Son fruit, une grosse noix de la taille d’un œuf, renferme des graines huileuses en forme de croissant. Les Wa’ Dans décortiquent soigneusement ces noix pour en extraire les graines, qu’ils pressent pour obtenir une huile jaune orangé au parfum subtil d’amande. Cette huile est utilisée à la fois pour la cuisson et l’éclairage. La pulpe, quant à elle, est séchée, grillée, puis infusée pour préparer le faré, une boisson très populaire parmi les Wa’ Dans. Lorsqu’elle brûle, l’huile d’azarin dégage une fragrance d’amande, agissant comme un répulsif naturel contre les insectes.
Korda et moi sommes abrités sous le porche de l’entrée ouest de la salle commune, une galerie dont le plafond est orné du calice aux étoiles, emblème de Valène. La semaine touche à sa fin, et cette soirée est ma dernière à Valène avant mon départ pour le village suivant. Une soirée spéciale, du moins je l’espère, car les enfants l’attendent avec impatience. C’est celle où je vais leur conter mon histoire.
Mon intervention est bien rodée. Ce n’est pas un simple discours, mais une causerie, un moment d’échange vivant et ouvert, ponctué de nombreuses digressions. Plus qu’un récit, c’est un appel à la participation. Mon histoire, après tout, est aussi leur histoire. Notre histoire.
Je m’appuie sur quelques-unes de mes aventures… ou devrais-je dire… mésaventures… pour leur transmettre des connaissances pratiques en géographie, botanique et histoire. Ces récits ne sont qu’un prétexte pour aiguiser leur curiosité, élargir leur esprit et les préparer à leur futur parcours initiatique. Mon message est essentiel : ces enfants représentent notre avenir, et les mentalités doivent évoluer.
Notre peuple endormi doit se réveiller. Nous devons renaître de nos cendres et retrouver notre place au sein de…
« Éberdan ? » La voix douce de Korda porte un léger accent chantant.
Korda me sourit amicalement, posant une main chaleureuse sur mon épaule.
« Pardon. Je…
— Je t’en prie. » Elle tend la main dans un geste invitant à avancer.
Je prends une inspiration profonde, passe les deux mains sur mon topknot pour m’assurer qu’il est bien en place, redescends un peu ma chemise, ajuste mon long manteau, et m’éclaircis la gorge. Un clin d’œil complice à Korda pour me donner du courage, et je m’avance dans l’arène…
Ils ne sont qu’une petite trentaine, chahutant joyeusement sur les cinq rangées de gradins. En entrant, je baisse les yeux, adoptant un air recueilli, et joins mes mains sans que les paumes ne se touchent, un geste empreint de respect. Je monte lentement les trois marches menant à l’estrade…
Le silence tombe comme une vague. Je m’avance jusqu’au bord de la tribune, plante mon regard dans le leur, et prends ma voix la plus grave et imposante :
« Bonsoir, les enfants !
— Bonsoir ! » Tous les regards sont braqués sur moi, pétillants de curiosité, d’intérêt, et d’excitation.
« Je m’appelle… » Je marque une pause volontaire, scrutant leurs visages.
« Au fait ? Quelqu’un ici sait comment je m’appelle ? »
Un chœur enthousiaste s’élève : « Oui !
— Tu t’appelles Éberdan ! » lance une jeune fille d’une voix claire, fière de sa réponse.
Je souris.
« Exact, jeune Wa’ Dan. Éberdan, de Dun Storène. Et toi, comment t’appelles-tu ? »
Elle se redresse légèrement, flattée qu’on s’adresse directement à elle : « Tchéa ! Tchéa, de Valène ! »
