Mathias, Yves et moi avons convenu de nous accorder une escapade entre hommes, histoire de couper un peu avec la routine de la base. Direction : l’autre côté de la forêt de pierre, jusqu’en bordure des lacs salés. Une destination aussi intrigante que propice à tester l’hydrogyre, notre véhicule tout-terrain amphibie.
Je termine de positionner Sphinx, notre fidèle robot polyvalent, à l’arrière de l’hydrogyre… Prêt à embarquer, je scrute l’horizon brumeux. Anna s’approche, un sourire sur les lèvres. Elle pose une main sur mon bras.
« Bonne balade, mon cher capitaine. Ramenez-vous entiers, surtout ! »
Je hoche la tête, amusé par son ton mi-sérieux, mi-taquin. Derrière elle, j’aperçois Mathias qui arrive en discutant avec Éria. Un détail me frappe : Éria jette des coups d’œil furtifs vers l’hydrogyre. Je devine qu’elle aurait bien aimé être de la partie, mais elle reste stoïque, bien que ses bras croisés trahissent une légère contrariété.
Yves et Perthie ne tardent pas à les rejoindre. Yves arbore son sac à dos qui semble contenir de quoi survivre trois jours, alors que notre virée est prévue pour quelques heures. Perthie lui lance un regard plein de tendresse mêlé d’amusement.
Mathias grimpe à mes côtés, s’installant à droite dans le poste de pilotage. Son enthousiasme est palpable, il ajuste aussitôt les paramètres sur l’écran de contrôle. Yves, lui, s’installe à l’arrière avec une aisance décontractée, s’étirant comme s’il s’apprêtait à une journée de détente.
Alors que je démarre les systèmes de l’hydrogyre, Anna et Perthie échangent un dernier regard complice. Perthie, les bras croisés, s’adresse à Yves d’une voix taquine : « Pas d’excès d’adrénaline, hein ? N’oubliez pas qu’on vous attend. »
Je lance un sourire complice à Mathias : « Prêts ? »
Yves et lui répondent d’une seule voix, un éclat d’enthousiasme dans le ton : « C’est parti ! »
Dans un sifflement discret, la porte ouest glisse pour dévoiler le plateau transformé en une véritable mosaïque vivante. Un tapis éblouissant de fleurs multicolores s’étend à perte de vue, illuminé par une lumière douce qui accentue chaque nuance. Sur le pare-brise vitré, un curseur lumineux rouge s’active, traçant une ligne nette sur l’horizon pour indiquer notre cap.
J’ai volontairement désactivé le pilote automatique : aujourd’hui, c’est à moi de prendre la main. D’un geste précis, je fais glisser le levier de gauche sur translation horizontale. Le moteur émet un doux vrombissement, presque rassurant. Une légère pression sur le manche, et l’hydrogyre s’élance hors du hangar. L’air frais emplit la cabine tandis que je fais pivoter le manche sur la droite avant de prendre la direction est-sud-est, comme indiqué.
Les suspensions absorbent sans effort les aspérités du terrain, effaçant les secousses mineures et maîtrisant les plus grandes irrégularités. Par moments, l’engin bondit légèrement, flottant une fraction de seconde avant de retomber avec souplesse, presque en apesanteur. Nous traversons des flaques encore gorgées d’eau de pluie, vestiges des orages de la veille. Chaque passage projette des gerbes éclaboussantes d’eau rouille qui viennent tacher la végétation environnante d’éclats éphémères.
Sur les portions plus sèches, le paysage s’offre à nous dans toute sa splendeur. Les couleurs éclatantes de la flore défilent à un rythme hypnotique, et chaque seconde est une nouvelle découverte visuelle. Malgré l’excitation, on ne peut s’empêcher de ralentir pour savourer. Mais la muraille rocheuse se dresse déjà devant nous, imposante, majestueuse, presque irréelle dans sa grandeur.
Je tire doucement le manche pour stopper l’hydrogyre au pied des falaises, levant les yeux pour contempler leur hauteur vertigineuse.
Nous nous apprêtons à décoller pour franchir les cinq cents mètres de dénivelé qui nous séparent du sommet. J’active la rotation des deux pales d’un geste précis, repoussant le levier en translation verticale… Un léger frémissement parcourt l’appareil avant qu’il ne s’élève doucement, sans la moindre vibration.
Je teste la maniabilité en pivotant légèrement vers la gauche… puis vers la droite… L’hydrogyre répond avec une précision presque instinctive, comme s’il devinait mes intentions. Cette fluidité inspire confiance et amplifie la sensation de contrôle absolu.
Le paysage change rapidement de perspective, les parois rocheuses se dérobent sous nous tandis que la végétation en contrebas se fond dans une mosaïque de couleurs. Le col se dévoile, puis l’horizon, une ligne claire dessinant la frontière entre le plateau calcaire, les lacs salés, et l’inconnu…
« Waouh ! » s’exclame Yves, les yeux rivés sur l’étrangeté majestueuse de la forêt de pierre. « Impressionnant… Tu pourrais ralentir et passer en rase-mottes ? »
Je lui adresse un sourire complice. « Avec plaisir, c’est exactement ce que je comptais faire. »
D’un geste précis, je ramène doucement le manche pour réduire notre vitesse et amorcer une descente vers la fascinante mer de roches. Les structures minérales, s’élevant telles des colonnes défiant le ciel, défilent sous nos yeux dans une danse hypnotique de formes et d’ombres.
Quelques pseudolémuriens, perchés à une cinquantaine de mètres sous l’appareil, interrompent leurs activités pour nous observer, curieux et immobiles, leurs silhouettes émergeant parmi les formations rocheuses.
« Regardez là-bas, à treize heures », indique Yves, pointant une plateforme naturelle qui semble suffisamment vaste pour accueillir l’hydrogyre. L’endroit est idéal, d’autant plus que nous sommes à mi-parcours.
Je décide d’y poser l’appareil. En ajustant les commandes, je prépare l’hydrogyre à un atterrissage en douceur, le bruit des pales se fondant dans le calme imposant du paysage.
Depuis cette tourelle de calcaire, en léger contrebas, la vue est à couper le souffle. Les montagnes et les marais ont disparu, engloutis par la distance. L’horizon s’offre à nous comme une fresque démesurée, un duel figé entre des forces colossales. Partout, des courbes tourmentées s’enlacent, des pitons acérés jaillissent, et des pinacles aiguisés se dressent en défiant les cieux.
Les flèches et les colonnes fracturées évoquent les vestiges d’une gigantesque cathédrale gothique, abandonnée par le temps, imposante et silencieuse. Chaque détail semble témoigner d’un âge révolu, d’une histoire que ce paysage garde jalousement.
Le secteur est d’un calme presque surnaturel, une solitude écrasante. Seuls nos commentaires admiratifs, murmurés comme pour ne pas troubler l’équilibre fragile de cet endroit, viennent briser l’immense silence.
Je redécolle en douceur, reprenant la direction indiquée. L’ardent soleil, implacable, inonde le paysage d’une lumière crue. En contrebas, le tapis blanc des lacs salés scintille comme une mer de diamants, bordée de rivages concentriques, telles des ondulations gravées dans le sel par un artiste invisible.
Les reflets deviennent presque aveuglants, et j’engage le pilote automatique pour les six derniers kilomètres. Un simple geste suffit pour polariser le pare-brise, mais cela n’atténue pas l’intensité de l’éclat qui noie les reliefs dans une lumière éblouissante.
La chaleur devient oppressante, une humidité dense s’infiltre dans l’habitacle, collant à la peau. Je consulte les données : 49 °C pour 100 % d’humidité. Un vrai four tropical. Chaque respiration semble plus lourde, presque étouffante. Mathias et Yves, en silence, observent l’étrange danse de la lumière sur le paysage. Le contraste entre cette beauté écrasante et l’atmosphère suffocante donne au moment une intensité presque irréelle.
L’appareil se pose avec délicatesse sur un tapis de sable blanc immaculé. À peine les pales cessent-elles de tourner que l’hydrogyre s’incline légèrement sur tribord, comme s’il prenait le temps de saluer ce terrain si étrange. Je brumise un écran total sur mes mains et mon visage, l’étale rapidement en sentant déjà la moiteur alourdir mes gestes, puis j’ouvre la portière.
Aussitôt, mes lentilles photochromiques foncent pour protéger mes yeux de l’éblouissement. Devant moi s’étend un paysage polaire… sous une chaleur de four ! Le paradoxe est saisissant. L’air est chargé d’une humidité presque suffocante, et pourtant, tout autour, le sol scintille d’une blancheur irréelle, éclatant comme un diamant brut sous le feu ardent du soleil.
Je descends prudemment, posant un pied hésitant sur ce mélange intrigant de sable fin et de cristaux translucides. La botte s’enfonce légèrement, et le sol craque sous mon poids avec le bruit distinctif de neige glacée écrasée. Yves, déjà debout à mes côtés, observe le sol avec fascination.
« Un mélange de gypse et de cristaux de sel », annonce-t-il, son regard brillant d’excitation.
Je hoche la tête, hypnotisé par cette texture étrange. Si ce n’était pour l’humidité étouffante qui me colle la combinaison à la peau, je pourrais vraiment croire que nous foulons la surface d’une banquise. Chaque pas est une expérience, chaque craquement sous mes pieds un rappel que ce monde est à la fois familier et profondément alien.
Derrière nous, la mer de roches que nous avons survolée s’étend comme une frange obscure, hérissée de reliefs torturés. Devant nous, à environ trois kilomètres, deux lacs salés s’étalent, parfaitement plats et d’un calme trompeur. Depuis notre position, leurs surfaces brillantes paraissent totalement asséchées, réduites à de vastes miroirs ternes. De chaque côté, de grandes dunes transversales, d’un blanc éclatant, s’élèvent et dissimulent l’horizon, enfermant le paysage dans une étrange intimité minérale.
Pas la moindre trace de vie. Ni le moindre soupçon de végétation. Ni sur la vision augmentée, qui analyse méthodiquement l’environnement, ni sur l’écran de mon bracelet droit. L’endroit semble abandonné par toute forme de vivant, comme figé dans une torpeur immémoriale.
Je dégage Sphinx, qui s’ébroue doucement avant de se stabiliser, prêt à nous suivre. Nous prenons la direction des lacs, avançant avec précaution sur ce sol lumineux et inhospitalier. Déjà, des gouttes de sueur perlent sur mon front, glissant lentement sur ma peau. Je sais que je ne vais pas tarder à être trempé sous cette chaleur implacable. L’air moite colle à chaque respiration, lourd, presque tangible, ajoutant une sensation d’oppression à cette solitude écrasante.
*
Cela fait près d’une demi-heure que nous avançons, scrutant en vain l’horizon pour capter le moindre signe de vie. Lorsque nous atteignons la rive du premier lac, le terrain change brusquement de nature. Le sol devient marécageux, traître. Les bottes s’enfoncent dans une boue liquide, spongieuse et visqueuse, chaque pas arrachant un bruit de succion désagréable. Elles ressortent couvertes d’une saumure qui cristallise presque aussitôt sous la chaleur étouffante, formant une croûte blanchâtre. Un mauvais pressentiment me gagne. Je m’arrête, scrutant les environs avec méfiance.
En tête, je me retourne pour aviser mes compagnons : « On n’va pas plus loin. Ce truc ne m’plaît pas. On fait demi-tour. »
Mais avant qu’ils puissent répondre, Yves pousse un cri : « Regardez ! »
Son bras tendu pointe vers le lac. Je me retourne vivement, mes yeux balayant la surface immobile et aveuglante. Un rapide coup d’œil à l’écran de mon bracelet me fait l’effet d’une décharge : un point clignotant est apparu, à peine visible, à la périphérie. Aussitôt, le système de vision augmentée s’active, encadrant l’objet d’un rectangle rouge.
L’animal !
Il est là, à l’horizon flou, mais il se déplace vite. Très vite ! Trop vite !
« Il vient droit sur nous ! » précise Mathias d’une voix tendue.
Mon cœur s’emballe. Je serre les dents, ma voix éclatant dans la chaleur étouffante : « Merde ! On s’replie ! »
Nous tentons de décamper au pas de course, mais la tourbière brûlante nous piège. Chaque pas s’enfonce dans cette boue visqueuse, étirant le moindre mouvement en une lutte désespérée. Derrière nous, le point clignotant sur mon bracelet se rapproche à une vitesse effrayante. La panique me noue la gorge, mais il est impossible d’accélérer.
Je me retourne brusquement, prêt à faire face à ce qui nous traque, et mon estomac se serre. Ce n’est pas un reptile, comme je l’avais craint. C’est bien pire. Une créature gigantesque émerge de la chaleur vibrante.
Un ver !
Il mesure huit à dix mètres de long, son diamètre avoisinant celui d’un mètre. Son corps annelé est recouvert d’une carapace écailleuse d’un gris métallique qui scintille sous l’ardent soleil. À l’avant, sa tête monstrueuse est un cauchemar à elle seule : une bouche ronde béante, hérissée de plusieurs rangées de dents effilées, prête à broyer tout sur son passage !
Pris au piège, mes pensées fusent. Sphinx doit intervenir, et vite !
Ma main tremblante atteint le bracelet. Je presse le bouton rouge sur la gauche, espérant une réponse instantanée.
La créature, implacable, rampe, glisse et bondit à une vitesse surnaturelle, droit sur nous. L’air vibre de son approche, chaque rebond résonnant dans mes oreilles comme un coup de tonnerre.
À une vingtaine de mètres, Sphinx réagit enfin. Une impulsion électrique crépite dans l’air et frappe le ver de plein fouet ! La bête s’immobilise soudainement, comme figée par un choc invisible.
Mais l’espoir est de courte durée. La créature pivote lentement, ses écailles métalliques luisant sinistrement. Elle change d’objectif !
Sans hésiter, elle se propulse avec une violence renouvelée, se ruant sur Sphinx. Son corps monstrueux rebondit une dernière fois avant de plonger, gueule béante, pour engloutir notre fidèle compagnon mécanique dans un assaut terrifiant.
Le contact entre l’animal et Sphinx est… détonant ! Une onde sonore d’une puissance phénoménale explose dans l’air, nous projetant violemment en arrière. Je me sens soulevé comme une poupée de chiffon, avant de retomber lourdement sur le sol spongieux. Par chance, cette maudite tourbière amortit notre chute, mais l’impact me coupe le souffle.
Le ver, surpris par l’assaut, relâche Sphinx dans un mouvement désordonné. Il s’immobilise, comme figé dans l’incompréhension. Pendant un instant, le silence revient, oppressant. Puis je remarque quelque chose d’étrange et profondément inquiétant : il semble nous observer. Pourtant, il n’a pas d’yeux. Son corps massif, hérissé de ses écailles métalliques, se redresse légèrement, oscillant d’un côté à l’autre, comme s’il évaluait la situation.
Et là, je le vois.
Un deuxième ver.
À quelques dizaines de mètres, une forme sinistre se détache du scintillement des lacs salés. Il glisse à une vitesse fulgurante sur la surface blanche, telle une torpille dans l’eau. Mon cœur se serre, mais le cauchemar ne s’arrête pas là.
Un troisième surgit soudain du lac, dans une gerbe de cristaux et de boue saumâtre. Son corps sinueux jaillit de l’eau comme une monstrueuse lame, chaque segment brillant sous le soleil implacable.
Je comprends enfin. Le premier ver n’hésite pas. Il attend des renforts. Ils vont nous encercler !
Mes compagnons, étalés comme moi sur ce sol traître, commencent à se redresser, haletants. Mais nous sommes en danger imminent. « Debout ! Vite ! » hurlé-je, mon regard fixé sur les deux autres créatures qui approchent à une vitesse terrifiante.
« Repli, repli ! » hurlé-je, ma voix à peine audible dans le tumulte qui s’élève.
Le sol se met à vibrer sous nos pieds, d’abord doucement, puis avec une intensité qui devient impossible à ignorer. Une nouvelle vague de panique m’envahit alors que, du cœur des dunes, d’autres vers surgissent, leurs silhouettes monstrueuses s’élançant dans un ballet apocalyptique.
« Sarah ! On a besoin d’ton aide ! »
À peine ai-je crié que Sphinx jaillit à nos côtés, obéissant à l’ordre d’urgence. Un décompte numérique s’impose dans mon champ de vision : “5, 4, 3, 2, 1…”
À “0″, un vacarme assourdissant emplit l’air. Une soufflerie colossale éclate autour de nous, soulevant un vent si puissant qu’il nous déstabilise, nous arrachant presque du sol ! Les cristaux et le sable blanc s’élèvent en une spirale tourbillonnante, créant une muraille circulaire qui se déploie à une vitesse effarante.
Deux mètres. Trois mètres. Quatre mètres…
Le mur devient infranchissable, protégeant notre groupe de la menace immédiate. À travers le voile scintillant qui nimbe ce maelström, une ouverture se dessine soudain. Un couloir !
« Sarah… » murmuré-je, émerveillé malgré le chaos. Elle nous a ouvert une voie. Un miracle artificiel, digne du passage biblique de la mer Rouge. Mais la fuite n’a rien de simple : deux kilomètres à parcourir sous cette chaleur écrasante et cette tension insoutenable !
Chaque pas semble un supplice. Le sol visqueux aspire nos bottes, tandis que la peur mord nos talons. Mathias et Yves comptent sur moi, et je ressens tout le poids de leur survie sur mes épaules.
La chaleur suffocante pèse sur nos corps, transformant chaque inspiration en un combat. Nos visages ruissellent de sueur, se déforment sous l’effort et la terreur. À mi-chemin, mes jambes menacent de céder, mais je serre les dents. L’hydrogyre est là, comme une bouée de sauvetage dans cet enfer.
Nous atteignons enfin l’appareil, épuisés, les cœurs battant à tout rompre. Pas un mot n’est échangé alors que nous grimpons à bord.
« Décollage immédiat ! » aboyé-je, m’installant aux commandes, les mains tremblantes.
Dans un rugissement libérateur, l’hydrogyre s’élève, arrachant nos corps fatigués à cette fournaise. Sous nous, les dunes grondent, un chaos de monstres enragés frappant un mur impénétrable.
Je jette un dernier regard en contrebas, le souffle encore court. Nous sommes vivants ! De justesse.
Nous avons pris suffisamment d’altitude pour assister à la disparition spectaculaire du passage miraculeux. Les cristaux tourbillonnants retombent doucement, tels des flocons scintillants, tandis qu’en contrebas, les eaux du lac bouillonnent dans un chaos indescriptible. Des dizaines de vers, frénétiques, se ruent là où nous étions encore quelques instants auparavant, attirés par l’effervescence.
« Wôw ! On a eu chaud ! » souffle Yves, le visage pâle, mais les yeux écarquillés par l’émerveillement et la peur.
Mathias, dégoulinant de sueur, passe un bras tremblant sur son front rougeoyant. « Très chaud, même ! » murmure-t-il, comme pour lui-même, encore sous le choc.
Je sens le poids de la culpabilité m’écraser. Je serre les mains sur les commandes, hésitant un instant avant de lâcher : « Je sais qu’ça n’sert à rien d’être désolé, mais j’vous l’dis quand même. »
Mathias se tourne vers moi, son expression adoucie par la fatigue. « T’inquiète, Lewis. On est assez grands tous les trois. On est tous responsables. »
Je hoche la tête, mais l’amertume persiste. « Que ça m’serve de leçon, alors. J’ai péché par excès de confiance, et je suis désolé. Ça n’se reproduira pas. »
Un silence s’installe, lourd, sans être hostile, et c’est Yves qui finit par briser la tension, un sourire timide au coin des lèvres : « Ouais… J’espère bien ! J’n’ai vraiment pas envie que nos enfants naissent orphelins. »
Sa plaisanterie maladroite provoque un rire nerveux, et je sens enfin la pression retomber. Nous avons échappé au pire…
Le paysage change, remplaçant l’arène de mort par l’harmonie et la beauté sereine de notre plateau. Je sens un immense soulagement en retrouvant nos traces laissées à l’aller. Chaque mètre parcouru dans cette tranquillité retrouvée apaise mes nerfs à vif.
En approchant du campement, je devine les silhouettes impatientes de nos compagnes. Elles ont suivi l’incident en direct… Leurs expressions, à la fois soulagées et sévères, annoncent clairement que je vais recevoir un savon bien mérité.
Je laisse échapper un soupir. Ce sera la moindre des choses après cette aventure qui a bien failli mal tourner.
