Chapitre 51

Yves

Nous avons, une fois encore, laissé nos compagnes pour poursuivre notre mission de “bricolage de fortune”. L’impression d’improviser constamment ne nous quitte pas. Il y aurait tant à réparer, mais nous nous contentons de colmater les urgences. Xadan et Lewis sont partis chercher du sable, pendant que Tchéa, Kidan, Vodan, Mathias et moi restons à attendre… L’atmosphère est lourde, presque oppressante.

« Nous y sommes, résonne soudain la voix de Lewis dans le communicateur. De gros sacs. J’approche le bracelet de la vitre. Vous voyez les images ?

 Parfaitement, confirmé-je, concentré. Incline un peu ton bracelet pour qu’on repère les rails au plafond. Et prévenez dès que vous aurez la grue en visuel. »

Vodan manipule son boîtier, ses yeux allant sans cesse de l’écran du bracelet au plafond. La grue finit par disparaître du champ de vision.

« Je la vois ! s’écrie Lewis, sa voix tendue. Doucement ! Oui, comme ça !

 Je la vois aussi, approuve Vodan, les doigts rivés sur son boîtier. Ne bouge plus! C’est bon!»

La grue, chargée d’un gros sac de sable, réapparaît dans notre champ de vision.

« Et j’en fais quoi ? demande Lewis, l’hésitation perçant dans sa voix.

 Pose-le doucement à côté de la flaque, qu’on voit déjà ce que ça donne », décidé-je.

Le sac touche à peine le sol qu’une réaction immédiate s’enclenche. L’acide, comme aspiré par capillarité, se met à bouillonner violemment. D’épaisses volutes blanches s’élèvent en tourbillonnant, saturant l’air d’un sifflement strident.

«Tu t’attendais à ça? demande Vodan, une pointe d’inquiétude dans la voix.

 Tout à fait. Les systèmes de ventilation fonctionnent ?

 Je pense… mais ils ne filtrent pas les radiations.

 Ces vapeurs ne sont pas radioactives. On peut continuer. »

Nous poursuivons l’opération, répétant les mêmes gestes mécaniques jusqu’à épuiser le stock de sable. Les derniers sacs, disposés en barrage autour du silo défaillant, devraient neutraliser l’acide au fur et à mesure de son écoulement. Mais Mathias et moi échangeons un regard inquiet. Ce bricolage improvisé ressemble plus à une loterie qu’à une solution fiable.

« Quelle quantité d’acide reste dans la cuve ? murmure-t-il, comme s’il craignait que poser la question ne précipite la catastrophe.

 Aucune idée, mais le sable sera dissous bien avant qu’elle ne se vide complètement », rétorqué-je, sans masquer ma frustration.

Lewis et Xadan reviennent enfin, les visages tendus par l’effort.

« Je dois contrôler la cuve, déclare Lewis sans détour. Sphinx va analyser l’air dans le complexe. Si c’est respirable, je descends pour vérifier le niveau d’acide.

 Non! intervient Kidan avec fermeté. C’est à moi d’y aller. J’ai repéré des combinaisons avec masque respiratoire dans le stock. J’en enfile une et je m’occupe de ça.

 Je viens avec toi, répliqué-je aussitôt.

 Nous n’avons pas ta taille», répond Kidan, esquissant un sourire en coin qui détend légèrement l’atmosphère.

« O.K., alors je m’incline, concédé-je à contrecœur.

 Attends quelques instants, intervient Lewis, les sourcils froncés. J’envoie Sphinx pour analyser l’air. »

Le résultat ne tarde pas : le complexe est accessible avec masque respiratoire. Tchéa aide Kidan à enfiler l’équipement, une combinaison taillée dans un matériau élastique qui évoque la serpentine par son aspect écailleux et sa teinte jaune olive. Le casque souple, équipé d’une visière bulbeuse, s’attache à l’arrière de l’encolure, scellant le tout comme une seconde peau. Kidan se tourne vers nous, levant brièvement une main comme pour se motiver lui-même, avant de pénétrer dans le complexe.

Il apparaît de l’autre côté de la vitre, une silhouette fragile se mouvant dans ce dédale à trois dimensions… Sous nos yeux, il escalade des passerelles, se faufile entre des tuyaux, monte, descend, disparaît derrière des enchevêtrements d’acier avant de réapparaître plus loin. Ses mouvements, bien que précis, trahissent une tension palpable. J’imagine qu’il mémorise chaque détour, chaque recoin, conscient qu’il pourrait être amené à revenir ici, dans un futur incertain et probablement hostile.

Autour de la flaque d’acide, désormais en grande partie solidifiée, il s’attarde un instant, puis s’éclipse à nouveau, avalé par l’ombre des machines. Les minutes s’étirent dans un silence oppressant. Quinze minutes. Vingt. L’inquiétude commence à nous ronger. Nous échangeons des regards lourds de non-dits. Et il finit, tardivement, par rappliquer.

Kidan franchit la porte, le visage bouffi, les yeux rougis, trempé de sueur. Son souffle est saccadé, mais il nous fait un rapide compte rendu d’une voix rauque : la cuve principale est presque vide. Cependant, il en a repéré trois autres, à l’arrière du complexe, qui semblent encore intactes.

À 26 h 10, nous retrouvons enfin nos compagnes, assoupies sur des matelas de fortune qu’elles ont improvisés. Le hangar affiche une radioactivité de 0,2 mSv/h. Pour l’instant, aucune trace apparente de contamination… Mais nous savons tous que les apparences peuvent être trompeuses…

Le repas est frugal, ponctué de silences. Chacun est absorbé par ses pensées, songeant à ce qui pourrait encore nous attendre. Une fois le dîner terminé, je m’allonge près de Perthie. L’odeur légère de sa chevelure rousse m’apaise un instant. Je ferme les paupières, laissant le poids de l’épuisement m’emporter lentement, mais, dans les replis de mon esprit, les ombres du complexe dansent encore, silencieuses et insistantes.

*

Je suis réveillé par un doux baiser sur le cou.

« Bonjour, mon chéri. Bien reposé ? » murmure Perthie au creux de mon oreille, sa voix aussi douce qu’une caresse.

Je m’étire légèrement, encore enveloppé dans la torpeur du sommeil. « Mmm… Bonjour, ma chérie. » En clignant des paupières, je vois “5 : 10″ s’afficher.

« Tout va bien ? Déjà levée ? »

Elle acquiesce avec un sourire. « Ça va. J’allais prendre le petit-déj’. »

Je me redresse, laissant échapper un bâillement prolongé qui semble expulser les dernières bribes de fatigue. Autour de nous, l’activité reprend doucement. Anna et Lewis discutent avec Vodan et Xadan à voix basse, sans doute pour ne pas réveiller les derniers assoupis. Éria et Mathias, couchés, dorment encore.

Kidan et Tchéa arrivent avec des biscuits ronds et des tasses fumantes de faré. Le parfum sucré et boisé du breuvage emplit l’air, m’arrachant un sourire malgré moi. Nous prenons place sur des caisses vert pomme ; Perthie s’assoit tout près de moi. Mathias et Éria, tout juste éveillés, nous rejoignent à leur tour.

Les biscuits sont un mélange improbable, mais délicieux : un croquant qui rappelle le cèdre, adouci par une subtile touche d’agrumes. Ils fondent en bouche, laissant une note fraîche et persistante. Un délice inattendu dans cet environnement rude.

Après le petit déjeuner et un passage expéditif aux “toilettes”, nous nous dirigeons vers la sortie…

Vodan, dans un geste solennel, verrouille l’entrée, murmurant comme une incantation : «Que nous ne soyons jamais obligés de revenir ici.» Il referme ensuite la console, dont la surface sphérique reprend son aspect lisse.

Les radiations, à présent retombées à un niveau acceptable de 0,18 mSv/h, ne sont plus une menace immédiate, mais elles laissent dans l’air une impression de danger latent. Nous quittons les lieux, reprenant le chemin tracé la veille.

Le jour se lève doucement, et la lumière du soleil, fragmentée par les branches au-dessus de nous, projette des rayons irisés sur une brume matinale en train de s’évaporer. Le spectacle a quelque chose d’irréel, presque apaisant, malgré le poids de la fatigue et des évènements récents.

Après une heure de marche, nous retrouvons enfin les quatre speedglides, posés là comme des sentinelles silencieuses. Kidan et Xadan, visiblement affaiblis, refusent d’abord catégoriquement de se laisser escorter, mais nous insistons jusqu’à ce qu’ils cèdent. Leur fierté, bien que touchante, n’est pas de taille face à leur état.

Le plan est simple : nous raccompagnerons Kidan à Talin, puis Xadan à Ehlin.

Kidan va nous accompagner ; il s’assoira entre Perthie et moi. Je laisse Xadan s’installer entre Mathias et Éria. Voyant sa légère hésitation, Mathias se penche vers lui avec un sourire rassurant et l’aide à enfourcher l’engin, ajustant légèrement sa position pour qu’il soit bien installé. Une fois Xadan confortablement assis, je déverrouille l’habitacle de notre speedglide et m’attarde à expliquer à mon nouveau passager le fonctionnement de l’engin… Il semble captivé, ses yeux suivant chacun de mes gestes avec attention. Nous nous assoyons tous les trois, et je poursuis mes explications.

« Voilà, c’est simple, dis-je en désignant les commandes. Lewis part en tête, avec Vodan. Il pilote à vue. Nous, on n’a qu’à suivre sa trajectoire et profiter du paysage. »

Je lui montre la commande à bascule du pilote automatique, son design épuré tranchant avec la complexité supposée de l’engin.

« Cette commande active le mode automatique. Et ici, le radar anticollision », ajouté-je en appuyant dessus pour activer la fonction.

Kidan hoche la tête, absorbé.

Je referme le cockpit, et, aussitôt, la voix synthétique nous accueille avec un chaleureux «Bonjour.» Sur le pare-brise transparent, des informations s’affichent dans un ballet précis et organisé : une carte détaillée du trajet, notre position actuelle représentée par un petit point lumineux, et la distance estimée jusqu’à Talin. Je poursuis en lui décrivant notre trajet : « 210 kilomètres jusqu’à Talin. »

Le départ est annoncé. Notre speedglide démarre avec fluidité, s’insérant parfaitement dans le mouvement des autres. En troisième position, comme à l’aller, nous suivons l’engin d’Anna et Tchéa, tandis que le vrombissement léger des moteurs se mêle au bruissement du vent à travers les branches.

Lewis s’arrête après deux heures de navigation. Malgré les paysages qui défilent, une certaine fatigue commence à se faire sentir, et nous ne sommes encore qu’à mi-chemin. Kidan, profitant de la pause, s’adresse à lui :

«Lewis, je préfèrerais qu’on s’arrête avant d’atteindre Talin. Je ne veux pas effrayer les villageois avec l’arrivée des speedglides.»

Lewis acquiesce sans hésiter, comprenant la prudence de Kidan. Après quelques minutes de repos et d’échanges brefs, nous reprenons la route. Le second trajet semble plus rapide. La forêt de troncs cède peu à peu la place à des zones dégagées, baignant sous une lumière diffuse. Le sol, par endroits, scintille légèrement, comme si des cristaux invisibles captaient les premiers rayons du jour.

Lewis ralentit et stoppe le convoi après une heure et demie de navigation. Il est 9 h 30, et Talin n’est plus qu’à dix-huit cents mètres. Ici, l’air est plus frais, chargé d’une odeur herbacée que je devine venir des cultures environnantes.

Nous descendons des engins, et une certaine solennité s’installe tandis que nous commençons à faire nos adieux à Kidan. Perthie lui tend la main, mais il la repousse doucement, secouant la tête avec vigueur.

«On ne va pas se quitter comme ça! proteste-t-il, la voix vibrante d’émotion. Après tout ce que vous avez fait pour nous, ce n’est pas possible! C’est un plaisir, et un honneur, de vous accueillir dans mon village!»

Son regard embrasse le groupe avec une sincérité désarmante, et, pour un instant, son émotion s’impose à tous. Une légère brise agite ses cheveux, et derrière lui, Talin reste encore invisible, caché par la végétation, comme une promesse qui n’a pas encore été dévoilée.

Nous acceptons de bonne grâce l’invitation de Kidan, laissant Sphinx veiller sur nos speedglides. Le chemin jusqu’au village, bordé de plantes aux feuilles larges et irisées, s’effectue dans une atmosphère presque festive. Talin, perché sur les hauteurs, se dévoile progressivement à mesure que nous avançons. Plus étendu que Zilin, il en partage pourtant l’essence : des constructions imbriquées, s’élevant en spirales organiques, des passerelles entrelacées, et ce symbole central qu’est l’Arbre du Conseil, majestueux et isolé, trônant comme un gardien intemporel. Une grande salle cylindrique attire notre attention, mais c’est la zone dédiée au travail du verre qui confère à Talin son caractère unique.

Ici, le verre semble un art autant qu’un artisanat. Des éclats multicolores parsèment les installations, scintillant au soleil, tandis que des tubes de verre soufflé décorent les structures comme des bijoux délicats. Les habitants nous observent, leurs expressions oscillant entre surprise et curiosité. Le retour prématuré de Kidan, en compagnie de visiteurs inattendus, ne manque pas d’attirer l’attention.

L’accueil est chaleureux, empreint de cette générosité instinctive qui semble caractériser les Wa’ Dans. En quelques instants, la nouvelle s’est propagée et les préparatifs d’un banquet commencent. On nous invite à la grande salle cylindrique, un espace qui évoque un cirque couvert. Les gradins étagés encerclent une scène centrale, baignée d’une lumière tamisée qui s’infiltre par des ouvertures en voûte.

Le déjeuner est un festival pour les sens : un kaléidoscope de fruits aux formes insolites et aux saveurs surprenantes, des plats cuisinés aux épices parfumées et des boissons locales pétillantes ou veloutées. Les conversations se mêlent aux rires, et une chaleur palpable emplit la salle.

Le repas s’enrichit d’un spectacle musical. Six villageois s’avancent sur la scène, sous les applaudissements des spectateurs. Deux percussionnistes prennent place derrière de grands tambours aux motifs gravés, tandis que deux joueurs de flûte et deux autres d’instruments à cordes, proches de cithares, s’installent. Ils commencent à accorder leurs instruments, le son cristallin des cordes se mêlant au souffle léger des flûtes.

C’est alors que trois autres Wa’ Dans entrent en scène, vêtus de tuniques blanc immaculé. Leur apparition est accueillie par une ovation. Leur démarche est empreinte d’une grâce presque cérémonielle, et il ne fait aucun doute qu’ils sont les figures centrales de ce spectacle. Le murmure d’attente s’élève dans les gradins, et l’air semble suspendu, prêt à se laisser emporter par la magie qui s’annonce.

«Les Talians!» annonce Vodan, avec un sourire entendu et une lueur malicieuse dans les yeux. Les Wa’ Dans entament alors un chant, et nous échangeons des regards ébahis. La mélopée, à la fois incantatoire et envoûtante, est une prouesse de puissance et de beauté. Très vite, tous les Wa’ Dans présents se joignent à cette harmonie saisissante… C’est un instant suspendu, un pur bonheur partagé, où le temps semble s’effacer.

Après le spectacle, Kidan et ses villageois nous raccompagnent jusqu’aux speedglides. Ici encore, je remarque combien nos engins fascinent, particulièrement les jeunes, leurs regards brillants trahissant une curiosité insatiable. Alors que le cockpit d’Anna se referme, un détail capte mon attention : Kidan dépose un baiser furtif sur les lèvres de Tchéa. Un geste discret, mais chargé de tendresse.

Le trajet proposé s’affiche : 208 km à parcourir. Mon speedglide s’élève doucement pour prendre position derrière celui d’Anna. Il est exactement 12 h 32.

À 14 h 15, Lewis stoppe pour une pause bien méritée. La concentration exigée par les slaloms incessants entre les troncs commence à lui peser, et Anna, accompagnée de Tchéa, prend la tête du convoi. Le soleil amorce sa descente lorsque, vers 16 heures, Anna s’arrête près d’un vaste espace dégagé. Devant nous, des champs ordonnés de plantes fleuries basses et arbustives s’étendent, leurs couleurs vives se mêlant dans un tableau naturel apaisant.

Xadan nous apprend qu’il s’agit de cultures médicinales, et que son village, Ehlin, est réputé pour sa maîtrise de la pharmacopée traditionnelle. Nous acceptons son invitation et découvrons un hameau qui, à bien des égards, rappelle Zilin, tout en ayant son identité propre. Une harmonie sereine imprègne les lieux, marquée par les effluves délicats des plantes en fleurs.

Les habitants d’Ehlin nous accueillent avec une gentillesse spontanée, nous offrant une collation de fruits juteux et de gâteaux parfumés, accompagnée d’oumina, une boisson sirupeuse, fraîche et d’une douceur légèrement acidulée, qui désaltère parfaitement après la chaleur du trajet.

Xadan propose de nous héberger pour la nuit, mais Vodan décline poliment. Comme je l’avais pressenti, nos engins attirent ici encore une curiosité fascinée, particulièrement chez les jeunes, dont les regards admiratifs nous suivent jusqu’à notre départ, à 17 h 25.

Anna pilote cette dernière étape sans interruption. Le trajet de 188 km s’effectue sans accroc, et nous atteignons notre destination à 20 h 31. La nuit s’est installée, enveloppant le village dans un voile bleuté, tandis que les lumières illuminent les alentours.

Sur la terrasse, nous retrouvons Toga, assise, concentrée sur une broderie aux motifs complexes. Vodan et Tchéa prennent la parole pour résumer brièvement notre aventure, tandis qu’Éria interroge Sarah sur l’avancée de ses explorations.

L’IA confirme les récits des Wa’ Dans : deux nouveaux regroupements ont été repérés à l’ouest de Baïamé, ainsi que sept concentrations dispersées sur Pangou. Dans la plus australe de ces colonies se trouve Livun, le village natal de Toga et de Védan, qui vient tout juste de rentrer. Livun, situé à 590 km de la troisième trace, sera notre prochaine destination.

Entre Nilfheim et Pangou, d’étonnantes cités du vertige, taillées et sculptées à même la pierre, défient l’imagination. Vodan nous apprend qu’elles sont habitées par les “Hoggaths”, un peuple, qualifié de sauvage et primitif, qui n’entretient aucun contact avec les Wa’ Dans… Pourtant, à en juger par la complexité de leur architecture, je doute qu’un tel peuple soit aussi primitif qu’il le prétend. Ces cités énigmatiques recèlent sans doute des secrets fascinants, et je ne peux m’empêcher de penser que les Hoggaths pourraient nous réserver des surprises inattendues…

Les vidéos récupérées par Sarah nous offrent un aperçu de ces habitants reclus : de petites créatures bipèdes et trapues, entièrement recouvertes d’une épaisse fourrure blanche, évoquant une version locale du yéti. Leur apparence brute et leur mode de vie isolé ajoutent une dimension supplémentaire au mystère qui les entoure.

Sur la côte sud de Baïamé, Sarah a repéré une autre curiosité : des colonies d’animaux mi-terrestres, mi-marins, au corps ventru, ressemblant à de gigantesques varans. Ces créatures, baptisées “Nériths” par Toga et Védan, jouissent d’une réputation terrifiante. Voraces et sanguinaires, elles règnent en maîtres absolus sur le pôle Sud. Toga explique qu’elles disparaissent à la tombée de la nuit, s’enfonçant sous terre ou en mer pour se terrer dans des abris invisibles. Leur migration occasionnelle au sud d’Asadal ou de Pangou a parfois des conséquences tragiques : les Wa’ Dans malchanceux, pris au piège sur leur route, disparaissent à jamais. Ces prédateurs implacables semblent incarner l’hostilité sauvage de cette planète, imposant la crainte et le respect.

Demain, nous organiserons notre expédition vers Pangou, portés par une impatience grandissante. Il nous tarde de rencontrer Halin, l’arrière-grand-mère de Tchéa, celle que l’on appelle l’Oracle de Livun… Cette figure presque mythique, auréolée de mystères, semble déjà avoir beaucoup à nous révéler.

Mais au-delà de cette rencontre, une excitation mêlée d’appréhension nous étreint : l’idée de bientôt contempler, et peut-être même approcher, l’une de ces étranges structures qui défient toute logique. Ces constructions, qui ne renvoient aucune image, semblent appartenir à une réalité qui nous échappe encore. Qui sait ce qu’elles dissimulent… ou ce qu’elles nous réservent ?