Perthie se lève avec assurance et m’adresse un hochement de tête, une invitation muette à la suivre. Sans un mot, je lui emboîte le pas, les yeux brièvement accrochés à sa silhouette, tandis que Lewis et Éria ouvrent la marche devant nous. Il y a quelque chose chez Perthie, une force indéfinissable qui semble irradier autour d’elle, comme une aura magnétique. Son assurance naturelle s’accompagne d’un charme envoûtant, un érotisme discret, mais terriblement captivant, presque déroutant.
Nous quittons le module de vie pour celui des cabines…
Le module des cabines est cylindrique. En suivant le sens des aiguilles d’une montre, on y trouve les cabines attribuées à chacun : celle de Lewis, suivie de celles d’Éria, d’Yves, de Perthie, de Mathias et, enfin, d’Anna.
À la queue leu leu, nous empruntons le couloir qui mène au module suivant, un passage étroit situé entre les cabines d’Anna et de Lewis.
Au centre du plancher gris foncé, antidérapant, ainsi qu’au plafond, court une bande verte phosphorescente qui guide le passage. Les cloisons, recouvertes d’un revêtement souple beige clair, sont renforcées par des entretoises et des croisillons en X. De discrètes plinthes, situées entre les cloisons, le sol et le plafond, diffusent une lumière indirecte d’un blanc froid.
L’accès au module suivant, regroupant les laboratoires de biologie, de géologie et d’automatisme, est verrouillé. La double porte est close, et le témoin lumineux de la console centrale affiche le rouge vif, signe d’interdiction.
Éria s’en charge aussitôt : « Sarah ? Déverrouillage !
— Pressurisation en cours. Patientez quelques instants. »
Le témoin vire enfin au vert. Lewis, sans attendre, tranche d’un ton ferme : « Je passe le premier. » La double porte s’ouvre alors, dévoilant le couloir des laboratoires.
Un nouveau couloir avec trois sas de chaque côté. Le sas du fond, menant au module technique, affiche un témoin rouge vif sur sa console centrale.
Les deux premiers sas mènent au domaine de Perthie. Les deux suivants sont les miens : les laboratoires d’exogéologie, de géophysique, de géodésie et de géochimie. Les deux derniers appartiennent à Éria. Lewis s’arrête devant le premier sas à gauche. Dès qu’il s’approche, le passage se déverrouille automatiquement, dévoilant un sas de décontamination.
« Attendez-moi ici. » Son ton est ferme, sans appel. Aucun de nous n’ose protester. Les visages affichent des moues sceptiques, mais le silence s’impose. Lewis entre, et les portes du sas se referment derrière lui.
« Il prend son rôle un peu trop à cœur, murmuré-je, espérant ne pas trop m’avancer.
— Sarah ? Qu’est-ce qui s’passe ? Y a quéqu’chose qui cloche ? s’enquiert Éria, l’inquiétude perçant dans sa voix.
— Lewis n’a pas confiance en moi.
— Oh…
— Je ne suis pas contrariée, c’est son rôle d’être suspicieux.
— Il a ses raisons ?
— Il s’imagine qu’il y a quelqu’un d’autre… ou quelque chose d’étranger à bord.
— Waouh ! Et toi ? T’en penses quoi ?
— Personne d’autre à bord. Aucune chose étrangère.
— T’en es sûre ? »
À ce moment précis, les cinq autres sas s’ouvrent en silence. Tous, nous échangeons un regard, haussements de sourcils perplexes.
« Vous allez pouvoir le constater par vous-mêmes. » Je grimace, dubitatif. Je ne suis pas sûr que ce soit une bonne idée.
« Merci, Sarah, intervient Perthie d’une voix apaisante, mais nous n’allons pas commencer par désobéir à Lewis. »
Les cinq sas se referment dans un chuintement discret. Merci, Perthie, pensé-je, soulagé. Une part de moi redoutait que Sarah se trompe et qu’une créature surgisse d’un labo…
Le premier sas de biologie s’ouvre, et Lewis réapparaît.
« Alors ? demande Perthie.
— R.A.S.
— Tu t’attendais à quoi ? demandé-je, un sourire en coin.
— On n’est jamais trop prudent, répond Lewis les sourcils froncés. Je visite le suivant. »
Les labos de biologie inspectés, Lewis hoche la tête : « Perthie, tu peux y aller. Tu nous rejoindras en salle de restauration.
— À tout de suite. »
Perthie pénètre dans le sas et se retourne pour me sourire et me lancer un clin d’œil complice. Mon cœur s’emballe. J’ai l’étrange impression de fondre, enveloppé d’un bien-être inattendu.
« À tout à l’heure. »
Le sas se referme et ma béatitude fugace se transforme en hébétude. Un vide s’installe, une absence presque douloureuse. Perthie ! Tu viens à peine de disparaître que tu me manques déjà !
Lewis, imperturbable, se lance dans l’exploration de mes labos.
