Le sas se referme dans un chuintement feutré, et l’aérateur au plafond se met aussitôt en marche. Deux faisceaux rouges croisent leur trajectoire au sol avant de remonter lentement, méthodiques et implacables. Malgré l’habitude, je ferme instinctivement la bouche et les paupières lorsqu’ils atteignent la hauteur de mon visage, une précaution devenue réflexe.
Une fois la cabine entièrement scannée et désinfectée, j’avance les mains, doigts tendus, sous le distributeur intégré. Une fine pellicule de latex synthétique vient épouser ma peau, créant une barrière protectrice imperceptible. J’ajuste un masque respiratoire, le positionnant avec précision, puis formule calmement ma demande : « Ouverture. »
Rien n’a bougé dans le laboratoire. Les appareils électroniques, les automates silencieux, les centrifugeuses immobiles, les caissons étanches coiffés de leurs hottes aspirantes, les réfrigérateurs et congélateurs alignés comme à la parade, et les microscopes minutieusement rangés… tout est à sa place. Pourtant, une étrange sensation m’envahit. Une impression diffuse, difficile à cerner.
Être seule au cœur de cet environnement familier, qui devrait m’apaiser, m’oppresse inexplicablement. Une absence. Une brèche imperceptible, mais tenace. Je sens qu’il manque quelque chose… ou quelqu’un…
Yves !
Son visage s’impose à mon esprit avec une clarté troublante : le doux éclat de ses yeux bleu-vert, la courbe de son sourire, subtil mélange de charme et de tendresse. Une vague de chaleur, presque oubliée, monte en moi. J’ai besoin de lui parler, de croiser son regard, d’entendre sa voix.
Yves me manque.
Plus qu’une simple absence, c’est un désir ardent qui me prend de court, réveillant des sensations enfouies, presque effacées. Cette soudaine vulnérabilité me surprend autant qu’elle m’ébranle.
