Premier janvier 2394
Merci, Lewis ! Tu es le premier à nous souhaiter la bonne année. Nous vous en souhaitons tout autant, à tous ! Humains comme Wa’ Dans ! Et toi aussi, Lepte, qui nous observes toujours dans l’ombre, sans un bruit. Ne crois pas que nous t’oublions !
Nous avons célébré l’arrivée du Nouvel An, et Mel vient à peine de filer. Il faut dire qu’il est rare de le voir pendant la journée. Il passe le plus clair de son temps dehors, libre comme l’air, nu comme au premier jour, tel un enfant sauvage. Sa peau métissée a pris une teinte plus sombre, hâlée par le soleil. Mel mesure maintenant un mètre dix-sept pour vingt et un kilos. Il refuse catégoriquement que je lui coupe les cheveux, alors je m’applique à lui tresser de fines nattes africaines. Cette coiffure souligne encore davantage son allure androgyne, troublante et singulière.
Nous n’avons qu’un seul garçon, mais c’est comme si nous en avions deux, tant sa personnalité change selon la compagnie. Avec nous, Mel est un garçon charmant, d’une douceur et d’une intelligence qui ne laissent aucun doute sur ses origines… ses parents, évidemment ! Mais une fois dehors, c’est une tout autre histoire. Un être différent émerge. Il s’est intégré, ou plutôt imposé, au sein de la meute de molosses… ou des rorhs, comme les appelle Tchéa. Ce nom guttural leur va à merveille : “Roorrhh…”, un grondement profond d’un autre monde…
Je n’ose croiser leurs regards. Leurs yeux, rougeoyants comme des rubis infernaux, me glacent à chaque fois. Et pourtant, Mel passe ses journées avec eux, au milieu de ces créatures que je peine encore à apprivoiser par l’esprit. Depuis quelques mois, il ne se contente plus de marcher à leurs côtés : il les chevauche, fier et libre, et ils disparaissent ensemble dans la forêt.
Au début, nous lui demandions, curieux, ce qu’il faisait de ses journées. Il répondait toujours avec un enthousiasme désarmant, partageant les moindres détails de ses aventures. Et moi, je frissonnais à chaque mot, envahie par une étrange angoisse. Alors, nous avons cessé de poser des questions. Le plus surprenant, c’est que nous ne nous inquiétons même plus. Il dégage une telle sérénité, une confiance en lui presque insolente, comme s’il était invulnérable.
Tchéa est venue nous rendre visite plusieurs fois, mêlant l’utile à l’agréable. Elle allie courtoisie et précision, s’enquérant de renseignements techniques tout en prenant le temps de discuter. C’est toujours un plaisir de l’accueillir. J’ai confiance en elle, comme en Mel. Oui, encore cette confiance… C’est presque déroutant. Que m’arrive-t-il ?
Et la peinture, Lewis ? Ah, je t’avoue que je ne m’y consacre plus vraiment. Non pas que je manque d’envie, mais de temps, ou peut-être que je ne prends tout simplement pas le temps. Les journées s’écoulent entre grasses matinées à contempler le paysage, baignades, longues promenades et siestes bien méritées. Les heures filent, insaisissables. Mais la peinture reste là, quelque part en moi. Elle reviendra… comme la lecture.
Au fait, Matt n’est pas le seul à attendre la suite de tes aventures ! Ton roman m’a captivée, moi aussi. Alors, ne nous fais pas trop attendre, d’accord ?
