Chapitre 2-29

2.2.2

Perthie

28 mars : le jour que nous attendions. Sarah nous avait prévenus d’une canicule à venir, alors nous avions décidé de partir tôt, pour passer la journée à l’ombre des bambous, tout près de la cascade. La fraîcheur des embruns promettait un refuge agréable contre une chaleur accablante. J’avais soigneusement disposé nos serviettes sur notre emplacement habituel, avant de m’allonger aux côtés d’Yves.

Les rideaux de bambous se balançaient légèrement sous une brise à peine perceptible, tandis que le clapot de la cascade accompagnait les rires cristallins et les éclaboussures d’Ève et de Thomas.

Thomas, notre petit poisson, semblait dans son élément : l’eau a toujours exercé sur lui une irrésistible fascination. Mais ce tableau idyllique fut brusquement déchiré par un cri d’angoisse qui me glaça le sang.

« Papa ! Maman ! »

Le regard d’Ève, empreint de panique, se fixa sur Thomas, qui flottait immobile dans l’eau, la tête rejetée en arrière, la bouche entrouverte, les yeux révulsés. Yves bondit instantanément et plongea pour attraper Thomas. Mon cœur battait à tout rompre, mais un détail me frappa dès que je pus l’examiner : ce n’était pas un simple malaise. Thomas ne luttait pas, il ne suffoquait pas… Il dormait. Profondément.

Une vérité glaçante nous transperça, implacable et inévitable : c’était au tour de Thomas. Lui aussi venait d’être touché par cette étrange contamination.

Et pourtant, l’urgence brillait par son absence : un paradoxe troublant face à une situation qui, en apparence, semblait appeler à la panique. Après un échange rapide avec Yves, nous décidâmes de ne pas bouleverser nos plans pour la journée.

De retour à notre logement, j’entrepris d’examiner Thomas avec les outils dont je disposais. Des outils simples, mais suffisamment sophistiqués pour détecter les effets du virus éthaïre. Les résultats confirmèrent mes hypothèses : Thomas présentait les mêmes symptômes que ses aînés. L’évolution suivait un schéma semblable, méthodique, implacable.

Les jours passèrent, marqués par une étrange sérénité teintée d’appréhension. Le 4 avril, Ève vint nous alerter : Thomas s’était réveillé.

Nous nous précipitâmes à son chevet. Il était assis sur son lit, un grand sourire illuminant son visage, comme s’il avait attendu patiemment notre arrivée. Il tendit le bras vers moi, avec une expression presque espiègle, pour que je retire la perfusion encore accrochée à son poignet.

Je l’observai avec attention, incapable de détourner le regard. Tout semblait indiquer que la métamorphose avait été un succès. Son état de santé apparent était irréprochable… et pourtant, je savais. Son système limbique avait subi des lésions irréversibles, invisibles à l’œil nu, mais bien réelles.