18 juin 2394
Silencieux, à moitié endormis, nous sommes assis tous les trois devant la baie vitrée de la salle, prenant notre petit déjeuner. Le ciel est obscurci par d’épais nuages, et l’obscurité persiste encore. Au sud, une pluie torrentielle s’abat sur la mer, accompagnée d’éclairs. La mer, blanche d’écume, envoie ses flots furieux contre les plages. Soufflée par les rafales, cette écume atteint même les vitres, que les déferlantes immenses viennent faire frémir. C’est déjà notre deuxième jour de tempête.
J’espère que Mel n’aura pas l’idée de sortir aujourd’hui. Hier soir, il est rentré sous un orage grondant, trempé jusqu’aux os… donc propre. Les autres soirs, il revient toujours couvert de boue séchée. Pour lui, le passage sous la douche est un rituel indispensable, une sorte de sas entre ses deux existences.
À 8 h 17, Sarah annonce une communication… de Lepte. Un hologramme surgit devant nous, si réaliste qu’il semble vivant. Lepte, rayonnante, le visage illuminé d’un large sourire, est vêtue d’une combinaison blanche.
« Bonjour Éria, bonjour Mathias, bonjour Mel.
— C’est qui ? » Mel plisse les yeux, intrigué par cette apparition soudaine.
« Je m’appelle Lepte, répond-elle d’une voix douce et posée.
— Ah ! C’est toi ! Toi aussi, tu ouvres pas la bouche quand tu parles ?
— Eh oui ! Je parle dans ta tête, comme toi et tes amis. J’ai une nouvelle à vous annoncer, et vous êtes, compte tenu du décalage horaire, les premiers contactés. Je préviendrai vos compagnons dès qu’ils seront réveillés.
— Qu’est-ce qui s’passe ? » Éria s’est redressée, l’air attentif.
« Le moment que vous attendiez, que nous attendions, est arrivé. L’heure est venue de préparer vos affaires. Je vais demander à Lewis, ou à Anna, de venir vous chercher.
— Pour aller où ?
— Pour retourner à la base, au moins dans un premier temps. Je vous informerai de la suite dès que vous serez réunis.
— Qu’est-ce qu’on doit emporter ?
— Prenez ce qui vous tient à cœur, vous ne reviendrez pas ici.
— Non ! crie Mel. Je veux rester !
— Je sais que tu te plais ici, Mel, mais tu vas devoir partir.
— Non ! J’ai mes amis et j’veux rester ! » Il croise les bras et fronce les sourcils, fermement décidé à ne pas céder.
« Tu vas retrouver Ève, Adam, Jade, et Thomas. Vous allez être réunis.
— Je veux pas quitter Ryah !
— Tu n’as pas le choix. Je suis désolée, mais nous avons besoin de toi, et nous ne te laisserons pas seul ici.
— C’est pas juste ! » Il se lève de sa chaise pour courir vers sa chambre.
« Je reprends contact dès que vous êtes réunis. À très bientôt. »
Les ombres retombent sur la salle. Éria, sous le choc, a le visage défait.
« Ça devait arriver.
— Ouais… Je sais… Allons voir Mel. »
Mel, recroquevillé sur son lit, pleure à chaudes larmes.
« C’est pas juste ! C’est pas juste ! » répète-t-il, secoué de gros sanglots.
