Nous prenons le petit déjeuner sur la terrasse sud. Je contemple, avec ravissement et une fierté discrète, nos deux enfants plongés dans une conversation animée. Jade, dans son langage encore balbutiant, propose à Adam un programme pour la journée. Leurs mimiques sont irrésistibles, leurs grimaces volontairement exagérées. Un bonheur simple m’envahit, une sensation d’épanouissement total, jusqu’à ce que Sarah interrompe ma rêverie pour nous signaler une liaison holographique avec Lepte… qui apparaît aussitôt.
« Bonjour Anna, bonjour Lewis, bonjour Adam, bonjour Jade.
— Bonjour, répondent timidement les enfants. C’est qui ?
— Je m’appelle Lepte, et je suis votre amie.
— C’est toi, Lepte ? demande Jade intriguée.
— Oui.
— Aaahh !
— Je parle dans votre tête sans remuer les lèvres, ajoute-t-elle, anticipant, je suppose, leur interrogation.
— Bonjour, Lepte. Qu’est-ce qui s’passe ?
— Il y a à peu près dix de vos heures, j’ai contacté Mathias, Éria et Mel, pour leur annoncer leur retour à la base. Ils préparent leurs affaires, le temps que vous, Anna ou Lewis, alliez les chercher. Et dans une douzaine de vos heures, je contacterai vos compagnons de Baïamé pour les informer de leur départ.
— Mais ? Les enfants vont être réunis ! Ce n’sera pas dangereux ? s’inquiète Lewis.
— Plus maintenant. Ils forment un groupe soudé et sont bien plus unis que vous ne le pensez. Je vous tiendrai informés de la suite des événements dès que vous serez réunis.
— Nous avons combien de temps ?
— Prenez le temps de vous organiser. Je vous laisse trois jours.
— Ah ! lâche Lewis, l’air surpris. C’est court.
— Cela suffira. Vous verrez, ajoute Lepte avec un large sourire. À bientôt pour la suite. » L’hologramme disparaît.
« Bon ! Les enfants, vous avez entendu ? Adam, tu te souviens d’Ève ? de Mel ?
— Ben oui ! réplique-t-il, visiblement surpris par ma question. Et de Thomas aussi !
— Jade, tu vas découvrir Ève et Mel. Ils ont l’âge d’Adam. Et Thomas, qui a ton âge.
— Hm hm, répond-elle avec un petit sourire entendu qui lui plisse les lèvres.
— Alors ? T’en penses quoi, chéri ?
— Ce que j’en pense ? Que le moment que nous attendons depuis… notre arrivée ici même, est enfin arrivé ! Que nous allons savoir ce qu’elle nous cache depuis le début ! Enfin, j’espère ! Et franchement, j’ai hâte ! On contacte Pangou ?
— O.K. ! Sarah ! Nous souhaitons parler à Éria et Mathias. Tu nous établis une liaison avec Pangou.
— Bien, Anna. »
Mathias apparaît à l’écran, les sourcils froncés, l’air grave. Vêtu d’une chemisette bleu vif, il est assis dans son salon.
« Bonjour à Taranis, dit-il sans sourire. Je ne suis pas surpris de vous avoir. Lepte vous a contactés ?
— Bonjour Mathias. Oui. Et c’est pour ça qu’on appelle. On peut venir vous chercher ? » Mathias tourne la caméra vers la baie vitrée. Nous découvrons un océan Téthys déchaîné : d’énormes vagues se fracassent contre leur rocher, projetant des gerbes d’écume sur la vitre.
« Nous sommes en plein ouragan.
— Ah ! D’accord, lâche Lewis, surpris par le spectacle.
— Ça devrait se calmer d’ici 48 heures.
— Bon… On suit la météo et on vous rappelle.
— Préparez vos affaires d’ici là.
— C’est ce qu’on fait. On s’tient au courant.
— Ça n’a pas l’air d’aller très fort. Vous n’êtes pas heureux de rentrer ?
— Mel ne veut pas partir. Il ne veut pas quitter… les animaux qu’il a apprivoisés.
— Il les oubliera quand il retrouvera les enfants.
— Si tu le dis, ajoute-t-il, l’air sceptique.
— Allez ! Courage… et à bientôt !
— À très bientôt ! Salut ! » L’écran s’éteint, nous laissant avec un sentiment de malaise et d’insatisfaction.
« Bon, reprend Lewis. On va devoir attendre un peu. 8 h 19 ici. Ça donne quelle heure à Baïamé ?
— 25 h 19.
— Trop tard pour les appeler. On verra ce soir. Alors, les enfants ? Qu’est-ce qu’on fait aujourd’hui ?
— On va construire un super toboggan ! » répond Adam, les yeux brillants d’enthousiasme.
