Chapitre 2-40

2.8.0

Lepte

« Approche finale d’Anou Naki engagée. Le télapt est pris en charge. »

La décélération est puissante et brève. Absorbé par le plancher du cockpit, le chaps se rétracte et disparaît. Le fauteuil se détend, il se redresse en douceur, et le casque se déverrouille avant de se retirer. Les cliquetis familiers résonnent autour de moi : le télapt vient de se poser. Me voilà… enfin… de retour sur Éthaï !

De retour d’une mission d’exception, ce qui doit expliquer l’empressement des délégués actuels de la Communauté pour me rencontrer. C’est leur rôle de prendre les décisions à la hauteur des défis.

Mais pourquoi ce silence assourdissant de la part de mes proches ? Pourquoi ce mutisme étrange ? Est-ce une mesure exceptionnelle… pour une mission qui l’est tout autant ? Et ce décalage temporel ? Un incident que je n’ai jamais connu.

Je ne peux m’empêcher de m’interroger. S’est-il passé quelque chose pendant mon absence ? À quoi dois-je m’attendre à la capitale ? Me voici pleine d’interrogations ! Tiraillée entre impatience et appréhension… comme les Humains !

Inspirant profondément, je chasse ces pensées pour l’instant. Je me lève, étire mes muscles engourdis et ajuste ma combinaison, si étroitement serrée qu’elle semble devenue une seconde peau.

Je prends d’un trait une boisson survitaminée pour me revigorer, et je me positionne au centre du disque blanc qui matérialise la trappe du sas de sortie.

Un souffle de vapeur s’échappe autour de moi alors que le disque s’abaisse, m’entraînant dans le tube de décontamination… La trappe du télapt se referme au-dessus de moi, et les parois immaculées s’illuminent d’un bleu froid. L’odeur métallique et piquante de l’ozone emplit mes narines, me forçant à retenir ma respiration jusqu’à ce que les lueurs se dissipent…

Le tube s’ouvre enfin sur un couloir désert du réseau souterrain de communications. Pas un seul visage familier pour m’accueillir. Pas même une ombre. Et, pire encore, aucune présence perceptible ! Une absence totale d’énergie psychique, la même étrange sensation que dans les secteurs hermétiques aux ondes mentales du planétoïde de l’univers cul-de-sac. Une sensation oppressante et glaçante.

Le planétoïde de l’univers cul-de-sac est le lieu où se retrouvent les instances de la Communauté.

Je m’avance jusqu’à la bande de roulement, qui s’active immédiatement sous mes pieds. Le tapis glisse avec fluidité, bifurquant à plusieurs reprises, avant de s’immobiliser devant une cage d’ascenseur. Une solitude pesante m’enveloppe, et cette impression d’être seule au monde m’accompagne alors que j’entre dans la cabine. Les portes se referment sans un bruit, et l’ascenseur entame son ascension silencieuse. Il s’arrête, et l’ouverture des portes laisse jaillir une vague de pensées bienveillantes qui me réchauffe instantanément. Anotep, Okonit et Éréviep. Leur présence est palpable avant même que mes yeux ne se posent sur eux.

Je reconnais immédiatement le lieu : le salon violet de l’Itep, la résidence des garants de la pensée libre. Une pièce familière, à la fois solennelle et apaisante. Je connais ce lieu intimement, pour avoir été garante de la pensée libre à six reprises. Une responsabilité lourde, mais empreinte de fierté.

Tous les trois sont attablés autour d’un petit déjeuner délicat, composé de gâteaux, de fruits et d’un assortiment de boissons chaudes et froides. Leur sérénité contraste avec mes inquiétudes.

Ils se lèvent à mon arrivée, leurs visages éclairés de larges sourires.

Les délégués, une femelle et deux mâles, ont l’apparence caractéristique des Éthaïres : des silhouettes juvéniles, évoquant de jeunes adolescents, avec une peau diaphane et sans la moindre pilosité. Ils sont vêtus de la robe traditionnelle éthaïre : un long vêtement immaculé, aux manches amples, ajusté à la taille par une ceinture délicatement nouée. Leur stature, dans la moyenne pour leur espèce, avoisine les un mètre quarante.

Okonit, la femelle, affiche un visage rond et harmonieux. Ses yeux, petits et en amande, brillent d’une teinte vert émeraude. Un nez épaté et une bouche aux lèvres pleines adoucissent encore ses traits.

Anotep, plus frêle, se distingue par son visage ovale et émacié, presque ascétique, illuminé par de grands yeux ronds d’un gris-vert profond et perçant. Son nez retroussé, sa bouche fine et ses oreilles légèrement décollées lui confèrent une allure à la fois délicate et attentive.

Éréviep, en revanche, impose par sa carrure robuste et ses épaules larges, dégageant une impression d’autorité et de noblesse. Son visage carré et son large front contrastent avec la finesse de ses traits. Ses yeux, semblables à ceux d’Anotep, amplifient cette aura de puissance tranquille.

« Bonjour, Lepte !

 Bonjour ! Vous allez me dire ce qui se passe ?

 Mais Lepte… c’est toi qui vas nous le dire !

 Pardon ?

 Les Kylèniens et les Solènes ont demandé une réunion extraordinaire du Conseil. Ils sont sens dessus dessous depuis que… le phénomène… a secoué Aïné.

 Aïné, d’où tu viens.

 Nous supposons donc que tu es au courant.

 Que tu l’as senti toi aussi.

 Et nous avons notre petite idée.

 C’est la troisième perturbation de ce genre que nous connaissons depuis notre accession à la Communauté. La première était associée à l’avènement de Lio Réa, la deuxième à celui d’Azel Arès. De là à penser que tes Humains en sont à l’origine, il n’y a qu’un pas ! »

Lio Réa et Azel Arès sont des personnages illustres de l’Histoire de la Communauté. Lio Réa est Ligure, espèce dominante de Ligurande, et Azel Arès Kylènien, espèce dominante de Kylèn.

« C’est bien une Humaine qui est à l’origine de la perturbation. Pour moi, cela remonte, à deux révolutions.

 Mais je t’en prie, Lepte, installe-toi. Fais comme chez toi !

 Tu ! Es chez toi.

 Merci. »

Je choisis un biscuit au nagala, mon irrésistible péché mignon, et me verse un verre de Taho, savourant la chaleur réconfortante de l’instant.

Le nagala est l’équivalent d’un praliné, le Taho, une boisson fermentée fruitée et acidulée.

« Imagine, Lepte, que nous soyons en présence d’un nouvel être de la trempe d’Azel Arès, de Lio Réa… ou même de Saïd Agma’Ton ! »

Saïd Agma’Ton, un Idire, espèce dominante de Saïdir, est le deuxième personnage historique de la Communauté.

« On ne pouvait pas les laisser en standby autour d’Éthaï.

 Comment ça ? Qu’est-ce que vous avez fait ?

 Du calme, Lepte. Nous les avons déroutés et placés en orbite derrière Iriseth.

 Et maintenant ? Quels sont vos projets ?

 Pour l’instant, nous voulons connaître ton point de vue avant de convoquer la réunion.

 En arrivant, tu as mentionné que ta mission était accomplie. Que voulais-tu dire ?

 Oui, Lepte, explique-nous.

 En réalité, j’ai prolongé la mission… jusqu’à cinq révolutions et plus de trois cycles ! Mais attendez… Je demande la diffusion de ma dernière communication avec Alpha Cent. »

Un hologramme se matérialise entre nous, projetant les images de ma transmission finale.

« Leur ressemblance avec les Ligures… est tout simplement stupéfiante !

 C’est vrai qu’ils sont étonnamment semblables, sur bien des plans. Biologiques, physiologiques, et même comportementaux ! Les patrimoines génétiques des deux espèces sont si proches. Avec les adultes, je vous ramène cinq enfants Humains, tous touchés par le virus. Les adultes, eux, se sont immunisés avant leur atterrissage.

Voici Ève, l’aînée, qui tient la main de Perthie, sa mère. C’est Ève qui a perturbé l’Harmonie. La première à atteindre un niveau de conscience élargie. Il semblerait qu’elle ait capté toute l’attention de Zand, qui, en retour, lui aurait conféré la faculté de dissociation spatiale. »

Zand, Zand Er Oprah, était un Opirien, l’espèce dominante originaire d’Oprah. C’est le tout premier personnage de la Communauté.

« Et celle de dissociation temporelle ?

 Je n’en suis pas certaine. Bien qu’elle ait perturbé les icosaèdres… »

Les icosaèdres, des polyèdres à vingt faces, aux stellations multiples, sont de gigantesques cristaux dissimulés dans la plupart des mondes en lien avec la Communauté. Ce sont les stabilisateurs qui permettent d’assurer la cohésion temporelle lors du franchissement des trous de vers.

« … J’ai d’ailleurs dû intervenir pour en déplacer un.

Voici Yves, le père, portant Thomas, le petit frère d’Ève. Thomas semble manifester des aptitudes à la maîtrise des fluides, un talent qui ne demande qu’à être développé. Adam, qui se serre contre Anna, sa mère. Adam a reçu un don de télékinésie qu’il a déjà amplifié de manière sidérante. Lewis, le père d’Adam, accroupi, entourant Jade, la petite sœur d’Adam. Jade possède une capacité unique : la maîtrise des transferts de charges. Et voici Mel, un télépathe exceptionnel, debout près d’Ève. À ses côtés, Mathias, le géant, son père, et Éria, sa compagne, la mère de Mel.

Eh oui, leur évolution a bouleversé toutes nos prévisions. Leurs ondes cérébrales sont bien plus rapides… et bien plus puissantes que les nôtres ! Ève, par exemple, peut exploiter les fréquences mentales de ses semblables pour accroître sa force. J’ai d’ailleurs dû intervenir pour les séparer. Elle s’est calmée depuis, mais nous devons rester vigilants.

 La Communauté est peut-être même en danger.

 Zand a toujours choisi le bon camp.

 Jusqu’à présent…

 Quoi qu’il en soit, je ne regrette en rien ma décision. Et je vous remercie de m’avoir soutenue, car je suis convaincue que nous avons fait le bon choix en décidant de les aider. Il y a chez eux de l’amour, de la bonté, et une générosité indéniable. Ils méritent d’être épargnés et de poursuivre leur évolution.

 D’un autre côté, Lepte, je peux te dire que nous avons reçu les derniers rapports des Solènes qui surveillent les Emnos…

 Et ?

 Les rapports sont catastrophiques. Le présent de leur univers confirme tes inquiétudes.

 Il est clair que tu as eu raison de soutenir la cause des Humains.

 Et c’est un avenir bien sombre qui se profile s’ils n’interviennent pas.

 Mais vous venez de perdre plus de trois révolutions en décalant notre arrivée !

 Peut-être… mais le temps perdu peut être rattrapé.

 Rattrapé ? Comment ça ? Le retour dans le passé est interdit !

 Je pense que nous pourrions envisager une exception.

 Il vous faudra l’unanimité du Conseil !

 Eh bien… nous verrons.

 Tout cela, en tout cas, s’annonce fort intéressant.

 Cela faisait une éternité que tout semblait immobile, suspendu dans le temps…

 Et je ne vous ai pas encore parlé des Wa’ Dans !

 Mais Lepte… nous t’écoutons !

 J’ai pris l’initiative de favoriser une interaction entre les Humains et les Wa’ Dans.

 Et ?

 Une alchimie inespérée s’est opérée. L’exposition à la technologie humaine a eu un effet saisissant sur les jeunes Wa’ Dans. Une véritable révélation ! Leurs conceptions rigides commencent enfin à vaciller. Ce que nous espérions depuis… probablement l’ère Far Chedné, s’installe peu à peu. Et cela, dans la douceur, le respect… et la tolérance.

 Bien ! Très bien !

 Nous allons pouvoir engager un cercle de réflexion approfondie sur le sujet. Mais nous verrons cela en temps voulu. Pour l’instant, l’urgence reste la réunion du Conseil. Nous envoyons une sonde pour la confirmer.

 Et pour la suite ?

 Prends un peu de temps pour toi, Lepte. Va retrouver les tiens !

 Et passe au Centre de Régénérescence !

 Nous te recontacterons pour te communiquer les décisions du Conseil dès que nous serons de retour.

 Et surtout, change-toi avant de sortir ! »

Anotep me tend une robe avec un sourire en coin.

« L’imperméabilisation aux ondes psychiques ? C’est une nouveauté ?

 Oui, c’est même toi qui l’as inaugurée.

 Tu retrouveras le monde une fois dehors, dès que tu franchiras le seuil de l’immeuble. »

Je passe par les toilettes, me change, puis, pour profiter d’un peu d’air frais, décide de sortir par le rez-de-chaussée. La combinaison sur l’épaule, je me dirige vers le comptoir d’accueil. Terzept, l’hôte de ce lieu, est à son poste. Je crois bien l’avoir toujours vu ici. Il fait partie de ceux qui ont choisi de ne pas avoir de descendance, ceux que l’on surnomme “Les Immortels”. Terzept, c’est certain, fait partie de ces murs.

« Bonjour, Lepte !

 Bonjour, Terzept ! Fidèle au poste, comme toujours !

 Comme tu vois. Laisse-moi te débarrasser. » Je lui tends ma combinaison.

« Merci !

 Je t’en prie. Et toutes mes félicitations ! ajoute-t-il avec un sourire malicieux. Ta mère aurait été fière de toi !

 Merci, Terzept. C’est vrai.

 C’est l’apothéose pour ta famille, la consécration ultime !

 Oh ! Rien n’est encore joué ! »

Terzept éclate de rire.

« Allez ! Bon retour, Lepte ! Et à la prochaine !

 À la prochaine, Terzept ! Porte-toi bien ! » Il me gratifie d’un clin d’œil complice. J’avance vers la porte tambour…

La sortie donne sur l’esplanade de Thaïty Kerst, au cœur d’Anou Naki, capitale d’Éthaï. Autour d’elle, des gratte-ciel s’élancent vers le ciel, leurs façades torsadées et vrillées rappelant de gigantesques lianes de verre. Les murs-rideaux, aux formes audacieuses et complexes, se composent de miroirs réfléchissants, maintenus par de délicates structures de métal noir. Le sol, un marbre beige clair, est parsemé de disques noirs, formant une carte stellaire aux contours précis et fascinants.

J’ai à peine franchi la porte tambour du gratte-ciel que le flot des pensées m’envahit… Quel bonheur ! Enfin reconnectée ! Inspirant une profonde bouffée d’air matinal, encore frais malgré la lumière montante, j’avance de quelques pas pour sentir les rayons de Thaïty caresser ma peau. Les bras écartés, les yeux clos, je lève la tête vers le ciel. Peut-être que certains me prendront pour une excentrique, mais qu’importe !

« Bonjour à tous !

 Lepte ?

 Oui ! C’est moi !

 Te voilà ? Enfin !

 Ça fait du bien de vous entendre.

 Mais où es-tu ?

 Qu’est-ce qui s’est passé ?

 On était tous inquiets !

 Lepte ! » La pensée de Septier fuse, plus nette que les autres.

« Septier !

 Où es-tu ? Comment vas-tu ?

 Et toi ?

 Moi ? Je vais bien. Très bien, maintenant que je t’entends. Mais toi, où es-tu ?

 Je suis… à Anou Naki.

 Anou Naki ? Mais ? Qu’est-ce que tu fais là-bas ?

 Je suis sur la place Thaïty Kerst… et je savoure l’instant. » Je souris, presque amusée, puis ajoute : « Je prends un altaref et j’arrive ! »

L’altaref est un vaisseau de ligne intérieure, conçu pour des trajets rapides et efficaces. Son design en aile delta, doté d’un extrados plat et d’un intrados modulable, optimise à la fois la portance et la stabilité. Il atteint des vitesses hypersoniques grâce à un système de propulsion magnétoaérodynamique de pointe, combinant puissance et efficacité énergétique.

« Et comment vas-tu ?

 Je vais bien. Mais vous allez me trouver changée ! J’ai dû prolonger la mission. Cinq révolutions et plus de trois cycles !

 Cinq révolutions ! Et plus de trois cycles ! répète Septier, incrédule. Je veux te voir avant que tu passes au Centre de Régénérescence !

 Ne t’inquiète pas, je ne mettrai pas les pieds au Centre avant de t’avoir revu. J’ai trop hâte de me blottir dans tes bras ! »

Je m’engage sur un escalator pour descendre de quelques éthals…

L’éthal, unité de longueur des Éthaïres, équivaut à un peu plus d’un mètre quarante.

… jusqu’à la salle de la pyramide.

Une vaste salle cylindrique dominée par une pyramide de cristal émergeant d’un bassin central. Un puits zénithal laisse filtrer les rayons de Thaïty, que la pyramide décompose en une myriade de lueurs colorées, dansant sur les parois et baignant la pièce d’une lumière irréelle.

« Alors ? Pour aujourd’hui, je souhaite rentrer à Nakou Éti ! »

Nakou Éti est la ville de résidence de Lepte. C’est la principale métropole de Kyrta Priep, le continent. Une cité proche de l’équateur, bercée au nord par les flots indigo de l’océan des Narkèses, et bordée au sud par les terres sauvages des Saxies Gemiès, mystérieuses et indomptées.

Répondant à ma demande, un orbe lumineux surgit devant moi, flottant avec grâce. C’est un hologramme à résonance télépathique, une création d’une précision fascinante. Il m’invite à le suivre, et je m’exécute. L’orbe me guide vers l’un des corridors, où je m’engage sur un tapis roulant…

Je parcours le dédale des bifurcations et des quais, mon esprit oscillant entre anticipation et contemplation. Enfin, l’altaref apparaît. Sa coque bordeaux et beige scintille sous une fine brume de vapeur éthérée.

Devant moi, six passagers montent déjà la passerelle. Derrière moi, quatre autres s’approchent. Onze en tout… il faudra patienter un peu. Je gravis les marches avec une lenteur assumée, laissant mes pensées vagabonder, et franchis l’entrée de l’altaref dans un mélange de calme et de satisfaction.

Les altarefs, appareils de lignes régulières, offrent 39 places et ne décollent qu’une fois les deux tiers des sièges occupés. Leur conception est optimisée pour l’efficacité, et le confort est minimaliste.

La cabine, unique, de forme triangulaire, avec une allée centrale, se divise en trois sections distinctes : à l’arrière, quatre rangées de quatre sièges ; au centre, cinq rangées de trois sièges ; et à l’avant, quatre rangées de deux sièges. Il n’y a aucun hublot, la lumière naturelle étant absente du voyage.

Les parois intérieures sont revêtues d’un matériau souple et granuleux, dans des teintes kaki et noir. L’éclairage, diffus et uniforme, provient d’un plafond lumineux blanc qui baigne la cabine dans une clarté apaisante. Les fauteuils, eux, mêlent des tons de mauve et de jaune, un contraste inattendu, mais curieusement harmonieux.

Il n’existe pas de cabine de pilotage. L’ensemble de l’appareil est pris en charge par des traqueurs, des systèmes de guidage automatisés d’une précision redoutable, garantissant un vol sans intervention éthaïre.

Je suis surprise de constater qu’il ne reste plus que cinq places disponibles ! L’altaref sera complet. Je m’installe à ma place, tandis que les derniers passagers montent à bord et prennent position. L’écoutille se referme en un souffle feutré. Un léger soubresaut suit, confirmant que nous venons de décoller.

*

L’écoutille de l’altaref vient de s’ouvrir : nous sommes déjà arrivés. Un voyage de trente deks à échanger avec mes voisins sur les événements de ces trois dernières révolutions. Je n’ai pas raté grand-chose, rien de fondamental en tout cas.

Le tapis roulant m’entraîne doucement, bifurquant d’abord à gauche, puis amorçant un virage à droite. Soudain, la salle vitrée apparaît, baignée de lumière. À une vingtaine d’éthals, je distingue déjà les silhouettes familières de ceux qui m’attendent : mon équipe, mes amis, les êtres qui me sont chers.

Ils n’ont pas changé, tandis que moi… je suis méconnaissable. Leur joie se fait d’abord discrète, marquée par quelques cris timides, avant que leurs messages télépathiques de bienvenue et de félicitations n’envahissent mon esprit dans une chaleureuse cacophonie.

Dix-sept d’entre eux se sont déplacés pour m’accueillir. Dix-sept visages adolescents, que je connais depuis tant de révolutions. Atiep, fidèle à lui-même, s’avance pour me serrer dans ses bras. Il est la pierre angulaire de l’équipe, celui sur qui chacun sait pouvoir compter.

« Je suis heureux de te revoir en bonne santé, Lepte. Quand on a constaté ton silence, on a compris qu’il ne nous restait plus qu’à patienter. Et puis, tout s’est soudain précipité… et te voilà ! Mais dis donc, tu as pris un sacré coup de vieux ! Il est grand temps que tu passes au Centre de Régénérescence !

 Merci pour le coup de vieux ! Mais le Centre de Régénérescence n’est pas ma priorité pour le moment. Tu sais ce dont j’ai envie ? Sortir de cette salle blanche, vide, aseptisée. Je veux revoir l’horizon, la nature, ses couleurs… elles me manquent cruellement ! Tu te rends compte que ça fait plus de cinq révolutions que je suis enfermée ? Et surtout, je rêve d’un bon repas ! Avec des légumes et des fruits frais !

 Lepte ! » La pensée de Septier me traverse.

« Septier !

 J’arrive ! »

Je le vois accourir sur le tapis roulant, stoppant sa course d’un coup sec juste avant de poser le pied sur le sol fixe. Il évite la chute de justesse, puis reprend son équilibre et s’avance vers moi, essoufflé, mais rayonnant. Arrivé à ma hauteur, il s’immobilise, me détaillant des pieds à la tête avec une attention presque solennelle. Son regard, chargé d’admiration, en dit bien plus que sa pensée. Une chaleur douce m’envahit, et un sourire naît malgré moi : sa réaction me touche profondément.

« Le futur te va si bien ! Tu es… superbe, magnifique, ravissante, captivante ! » Sans attendre, il me prend dans ses bras. Grand, il a ma taille, mais il est plus mince. Je le serre fort, savourant ce moment de proximité.

« Merci ! Tu m’as tellement manqué, tu sais !

 Toi aussi, tu m’as manqué ! » Son ton est plein de sincérité, teinté d’un soupçon de malice. « Et franchement, je ne suis pas pressé que tu retrouves tes formes habituelles. Tu es incroyable comme ça aussi ! »

Je souris, amusée. « Je m’en doute. Mais là, amène-moi à l’extérieur, j’ai besoin de prendre l’air. »

Atiep, toujours prompt à réagir, lève les bras et lance joyeusement : « Allez ! Venez tous ! On va célébrer le retour de notre Lepte ! » Son sourire contagieux illumine la pièce, et une vague d’enthousiasme parcourt l’assemblée.

Nous sommes dix-neuf à prendre le monte-charge. La cabine, spacieuse, mais chargée de nos présences, vibre doucement en montant. Les pensées d’Atiep effleurent les miennes :

« Merci, Atiep, de nous emmener chez Niepr ! Excellente idée ! »

Je hoche la tête et lui souris. Ravi que cela me plaise, il me rend mon sourire.

Niepr est un personnage haut en couleur et plein d’humour. Un toqué de cuisine exotique qui a choisi de faire partager sa passion. Son restaurant panoramique trône fièrement au sommet de la plus haute tour de Nakou Éti, un lieu aussi vertigineux que ses créations culinaires.

Alors que le monte-charge s’arrête au rez-de-chaussée, la voix chaleureuse et chantante de Niepr résonne à travers nos esprits :

« Vous êtes les bienvenus ! »

Atiep ne perd pas une seconde. « Niepr, as-tu reçu la marchandise de Kassar ? »

Un éclat d’enthousiasme traverse la réponse de Niepr :

« Oui, Atiep. Extra ! Du premier choix ! Je vous prépare un kolash. Vous m’en direz des nouvelles ! »

Main dans la main avec Septier, nous débouchons dans l’une des galeries sud du Centre des Échanges et des Communications. Cette vaste galerie, baignée de lumière et protégée par de grandes vitres translucides, s’ouvre sur un panorama spectaculaire du quartier résidentiel de Gor Saxès. Les habitations circulaires, basses et discrètes, coiffées de dômes végétalisés, parsèment les collines avec une élégance naturelle. Elles semblent se fondre dans un paysage où les prairies fleuries éclatent de couleurs vives et contrastent avec les bois aux nuances sombres et apaisantes.

Dans le ciel d’un violet délicat, presque éblouissant, de nombreux oiseaux dessinent leurs trajectoires, portés par une brise invisible. Pas un nuage à l’horizon, tout semble annoncer une soirée douce et clémente.

Le sol de la galerie est recouvert d’une résine beige clair, finement marbrée, imitant les veines naturelles des pierres qui forment les colonnes imposantes de l’édifice. Les pas des passants, feutrés et discrets, se mêlent à la douce mélodie d’instruments à cordes diffusée dans l’air, créant une ambiance apaisante, presque irréelle.

Je ne peux m’empêcher de me sentir étrangère dans ce décor, étrangère à cette harmonie. Mon apparence, marquée par mon âge avancé, me donne l’impression d’être une intruse. Parmi les silhouettes qui croisent notre chemin, je ne distingue qu’un seul couple plus âgé que moi. Ils avancent lentement, bras dessus, bras dessous, leurs visages irradiant une sérénité et un bonheur absolus. Ils ont choisi leur voie, leur destinée.

Le regard épanoui de la femme, son ventre arrondi, ne laissent aucune place au doute. Un avenir nouveau les attend… Moi, je ne me sens pas prête à franchir ce grand pas. L’idée même me semble lointaine, presque irréalisable. Cette pensée m’étreint, et instinctivement, je serre un peu plus fort la main de Septier. Il reste tant à faire, tant à découvrir, tant à accomplir.

« On prend l’avenue d’Iriseth, nous informe Atiep.

 Avec joie ! »

L’avenue d’Iriseth, la plus longue et la plus majestueuse artère de Nakou Éti, relie, en ligne droite, le Centre des Échanges et des Communications au Palais des Congrès. Une véritable épine dorsale, bordée d’arbres majestueux et d’édifices aux lignes fluides.

Atiep nous conduit vers l’entrée principale du Centre. Face à l’avenue, deux grandes portes vitrées, encadrées d’arabesques métalliques dorées représentant les symboles de la ville, s’écartent à notre approche dans un silence impeccable. Ces motifs, d’une finesse remarquable, capturent la lumière et scintillent doucement, comme une promesse de l’hospitalité de Nakou Éti.

Je fais quelques pas sur le parvis, m’arrêtant à l’ombre imposante des hautes colonnes qui flanquent l’esplanade. Les rayons de Thaïty se glissent entre elles, dessinant des ombres mouvantes sur le sol. Là, je ferme les paupières et inspire profondément…

L’air, chargé de senteurs marines, est porté par une brise légère venue du nord. Il transporte avec lui le délicat bruissement des feuilles et le gazouillis apaisant des oiseaux, une symphonie discrète, mais vivante. Ces sensations, si simples et pourtant si précieuses, m’enveloppent et me rappellent tout ce que j’avais laissé derrière moi.

En cet instant, je prends pleinement conscience de la distance qui m’a séparée d’Éthaï pendant trop longtemps. J’avais presque oublié le réconfort de ces plaisirs modestes, ces fragments de vie qui donnent à chaque souffle un sens nouveau.

« Oui, vraiment ! » Les larmes montent, incontrôlables. « Ça fait tellement de bien de rentrer… »

L’avenue se déploie devant moi, immuable, telle que dans mes souvenirs. De part et d’autre de l’allée centrale, deux rangées majestueuses de karmes s’élèvent avec élégance. Ces arbres gigantesques, aux troncs robustes et noueux, aux branches tentaculaires, sont comme des témoins vivants du temps. Je les ai vus grandir, se hisser vers le ciel, leurs branches s’étendant comme des bras protecteurs au-dessus des passants.

À cette heure avancée de l’après-midi, les karmes offrent un ombrage généreux, projetant des motifs mouvants sur les pavés de l’allée, rythmés par le doux murmure de leur feuillage.

Sous leurs ramures accueillantes, des banquettes de bois peint, patinées par les ans, invitent à la détente. Des familles, des solitaires, des couples, profitent de la quiétude apaisante du lieu.

Quelques-uns nourrissent les animaux citadins, devenus presque familiers avec les années. Des rongeurs intrépides, aux fourrures luisantes, s’approchent sans crainte, grappillant leur dû.

J’aperçois deux borchies, ces reptiles des proches forêts des Saxies Gemiès. Les écailles de leur carapace hexagonale scintillent légèrement sous la lumière tamisée. Ils avancent avec cette démarche lente et presque cérémonieuse qui les caractérise, comme des émissaires d’un autre monde.

L’harmonie de cet instant me submerge, douce et poignante. Tout semble si familier, et pourtant si précieux, comme si mon absence avait accentué chaque détail, chaque nuance.

Le Palais des Congrès, majestueux et imposant, trône au bout de l’avenue. Sa conception mêle audacieusement des verres polarisés et des métaux noirs, créant un édifice aux reflets changeants et aux lignes énigmatiques. Certains y voient l’élan d’une aile colossale, prête à prendre son envol. D’autres y discernent les contours ardents d’une flamme jaillie d’un brasier infernal. Mais à mes yeux, ce bâtiment symbolise bien plus : il est un flambeau célébrant l’épopée éthaïre, la conquête de l’espace, l’harmonie pacifique et la quête insatiable du savoir universel.

Derrière le Palais, légèrement sur la gauche, s’élève la tour Alkyléa, une prouesse architecturale qui semble défier les lois de la gravité. Je lève la tête pour en apercevoir le sommet, presque vertigineux. Sa silhouette, habillée de miroirs progressifs, épouse et reflète le ciel changeant, ainsi que les collines et la ville environnante. Elle semble vivante, insaisissable, car sa structure est composée de cinq cylindres entrelacés dont les étages pivotent indépendamment. Cette danse imperceptible transforme l’apparence de l’édifice au fil des heures, comme une œuvre d’art en perpétuelle évolution.

Lorsque Thaïty descend à l’horizon et que la lumière du jour faiblit, la tour Alkyléa révèle une autre facette de sa splendeur. Sa charpente métallique, invisible de jour, se dévoile à travers les illuminations des appartements. Une constellation de lumières éparses anime alors la structure, lui conférant une aura presque magique, comme si elle cherchait à rivaliser avec les étoiles du ciel nocturne.

Je descends les douze marches qui mènent à l’avenue d’Iriseth, accueillant avec délice l’exquise chaleur des rayons de Thaïty sur ma peau. Une sensation douce et vivante qui me rappelle à quel point cette lumière m’a manqué.

« Viens à l’ombre, Lepte. Nous n’avons pas d’écran stellaire ! » Septier me saisit doucement le bras, son ton presque suppliant. Il souhaite m’entraîner sous les ramures protectrices des karmes.

« Thaïty m’a trop manqué… J’ai besoin de le sentir sur ma peau.

 Mais tu risques des coups stellaires ! » Septier, visiblement inquiet, me scrute, son visage tendu.

Je hausse les épaules avec un sourire. « Tant pis. Marchons à la limite. Tu restes dans l’ombre, et moi, je serai dans la lumière. »

Nous remontons l’avenue, calant notre rythme l’un sur l’autre. Le murmure apaisant des feuillages et les gazouillis timides des oiseaux nous accompagnent. Soudain, un grondement sourd déchire la quiétude et fait fuir les animaux. Je ressens les vibrations parcourir mon corps, comme un choc muet, profond.

Tout à coup, une ombre massive envahit l’avenue, étouffant la lumière bienfaitrice de Thaïty. Mon regard se lève instinctivement, accroché à la silhouette imposante et arrondie d’un firostep.

Le firostep est un vaisseau impressionnant conçu pour l’extraction et le traitement des minerais, une véritable usine flottante alliant robustesse et sophistication.

Un engin inhabituel pour Nakou Éti, qui évolue lentement à basse altitude au-dessus de la ville. À son bord, je capte les ondes cérébrales d’Éreptis, un ami d’enfance, une connaissance de longue date. J’y distingue aussi celles de Siepta, avec qui j’ai partagé une mission d’enseignement dans le système d’Abdès, il y a déjà plusieurs révolutions.

« Lepte ! » La pensée d’Éreptis me parvient, claire et familière. « Bonjour Lepte ! Je viens tout juste d’apprendre que tu étais rentrée.

 Bonsoir à tous ! Les nouvelles vont vite ! Oui, je viens à peine d’arriver. Et vous, qu’est-ce qui vous amène à Nakou Éti ?

 On ne fait que passer, intervient la mélodie douce et apaisante de Siepta. Nous venions embarquer deux collègues, des experts en techniques applicatives. Nous partons pour un voyage d’études dans le système de Brydéri…

Le système de Brydéri se trouve dans la galaxie Lipsia Théa, au sein de l’univers Déa.

… Les Zadars auraient découvert un minerai émettant de nouvelles particules supersymétriques…

Les Zadars, membres de la Communauté, sont les habitants de Zadari, une planète située dans le système de Brydéri.

… Des particules qui pourraient, semble-t-il, ouvrir la voie à des applications inédites des technologies des énergies sombres.

 Nous serons probablement absents d’Éthaï pour un bon moment, reprend Éreptis. À notre retour sur Sété, un séjour sur Iriseth est prévu pour explorer les applications potentielles de cette découverte… et en évaluer les implications. Et toi, Lepte, quand repars-tu d’Éthaï ? »

Le calme et la lumière reviennent alors que le firostep s’élève. Ses anneaux lumineux blancs, qui pulsaient à basse altitude, disparaissent progressivement dans les nuances violettes de l’atmosphère, laissant derrière lui un ciel apaisé.

« Oh ! Je ne sais pas encore. Mais je pense que je vais être bien occupée. Des Humains pourraient arriver dans les prochains jours, et je vais devoir les accueillir. Ce sera un moment exceptionnel !

 Des Humains ? Sur Éthaï ! s’exclame Siepta, impressionnée. Mais c’est une véritable consécration ! Depuis le temps que tu les étudies, que toi et ta famille les étudiez ! Ah ! Nous partons ! Kabal !

 Kabal, Lepte ! tonne Éreptis d’une pensée vibrante.

 Kabal ! »

Kabal est l’expression traditionnelle utilisée pour adresser des adieux chaleureux et souhaiter un bon voyage à ceux qui partent.

« Septier, j’aimerais que tu m’accompagnes.

 Bien sûr ! Mais pour aller où ?

 À la rencontre des Humains.

 Vous n’y êtes pas encore ! remarque Atiep.

 Et l’isolement ? s’inquiète Septier.

 Tu resteras dans le vaisseau. Tu ne les rencontreras pas, mais on sera ensemble pendant le trajet. Atiep ?

 Tout dépendra des délégués, de ce qu’ils décideront. Personnellement, je n’y vois aucun inconvénient.

 Alors c’est entendu. »

Nous atteignons l’angle nord-ouest du Palais des Congrès. Les rayons de Thaïty jouent sur le frontispice de verre et de métal noir, le parant d’irisations changeantes. De gigantesques hologrammes animent la façade, annonçant l’exposition en cours : “Les Peuples de la Communauté” ! Un thème idéal pour informer les Humains. Je me promets de leur faire découvrir cette exposition.

Sur notre gauche se dresse la tour Aktar, un immeuble dont la silhouette particulière évoque l’épi floral de l’aktartiep.

L’aktartiep est une plante vivace qui présente des inflorescences pourpres en forme de crêtes ondulées.

Elle porte aussi d’autres surnoms : “Le Drapé de Nakou”, ou encore “La Pile de Crêpes”. Ses terrasses en gradins abritent de somptueux jardins suspendus qui se prolongent jusqu’à l’océan des Narkèses. Je repense brièvement au logement que j’occupais au 37e étage de cette tour, avant de m’installer avec Septier à Tabar Eptis, le quartier résidentiel est de Nakou Éti.

Percevant le léger voile de nostalgie qui m’effleure, Septier me serre doucement la main, m’offre un sourire rassurant et dépose un baiser furtif sur mes lèvres.

Nous atteignons l’esplanade de la tour Alkyléa. Une douce brise traverse la structure du bâtiment, faisant résonner ses parois en un chant lancinant, presque hypnotique, chargé d’une étrange mélancolie. Une hôtesse et un steward, arborant des sourires chaleureux, viennent à notre rencontre.

« Bonsoir à tous, résonnent leurs pensées accueillantes. Nous sommes là pour vous conduire chez Niepr.

 Bonsoir ! Nous vous suivons », répond Atiep avec sa simplicité habituelle.

La tour, imposante et élégante, dispose de cinq entrées principales au rez-de-chaussée, chacune rattachée à l’un de ses immenses cylindres. L’hôtesse et le steward se retournent avec une grâce naturelle et nous invitent à les suivre jusqu’à la porte tambour la plus proche. Celle-ci s’ouvre en silence, glissant avec une fluidité parfaite.

Nous pénétrons dans le vaste hall, où une musique d’orgue, accompagnée de chants mélodieux de Ligurande, s’élève doucement dans l’air. Chaque note résonne comme un murmure divin, et aucun autre bruit ne vient troubler cette ambiance solennelle. Nos pas se perdent dans l’épais revêtement au sol, orné de motifs géométriques complexes, dans des dégradés de bleu profond et d’or. L’hôtesse et le steward, imperturbables, nous mènent en silence, dépassant les salons raffinés pour atteindre les ascenseurs. Nous nous divisons alors en deux groupes.

La cabine, luxueuse et spacieuse, nous élève en douceur jusqu’au dernier étage. Les portes s’ouvrent sur un décor d’ombre et de mystère, un monde en suspens. Une bande-son subtile, composée de cris d’animaux lointains, se mêle à l’écho, créant une atmosphère de dépaysement total. C’est comme si nous pénétrions dans un autre temps, un autre espace.

Nous sortons de la cabine, et l’hôtesse ainsi que le steward nous souhaitent un bon appétit avant de laisser les portes se refermer derrière eux. L’obscurité nous engloutit alors, et l’air semble plus dense, plus chargé d’attente.

Niepr, notre hôte, s’est donné pour mission de nous surprendre à chaque visite. Son restaurant occupe l’intégralité du dernier étage de la tour, un labyrinthe d’étroits couloirs et de multiples boxes, tous différents. La structure, en constante rotation autour d’un axe central, nous fait perdre toute notion d’orientation. Chaque repas est une nouvelle aventure sensorielle, une expérience imprévisible, façonnée au hasard du moment.

« Bienvenue à tous ! » La pensée de Niepr s’élève comme une mélodie, douce et accueillante. « Suivez la lumière, elle vous conduira à votre table. » Un orbe lumineux, jaune et flottant, apparaît soudain dans l’obscurité. Il oscille délicatement, comme porté par une vague invisible, et commence à se mouvoir devant nous, nous guidant à travers le labyrinthe étrange et envoûtant.

Le chemin s’étend dans un couloir envahi de plantes exogènes. Le décor, dense et feutré, m’évoque les forêts profondes et mystérieuses d’Iriseth. L’air est chargé de l’arôme piquant de grillades, un parfum qui me titille les narines et réveille l’appétit. La lumière, d’abord tamisée, devient progressivement plus naturelle, douce comme la lueur d’un soir d’été.

Au détour d’une courbe, la lumière éclaire enfin notre destination : une longue table ovale, son plateau veiné d’un noir profond évoquant l’élégance d’un bois rare. L’orbe nous a conduits dans un espace aménagé sur le bord extérieur du restaurant, où la large vitre révèle une vue splendide sur l’océan. Les eaux, d’un violet sombre, sont parfaitement calmes, immobiles comme un miroir, tandis que le ciel limpide, presque irréel, s’étend à perte de vue.

Je m’installe confortablement sur la banquette, entre Atiep et Septier. Des hologrammes élégants se matérialisent dans l’air, projetant les plats du jour et leurs préparations détaillées. La pensée de Niepr, à la fois chaleureuse et enjouée, nous les présente :

« La farandole des entrées ! s’exclame-t-il. Je commence avec l’incontournable crème de liest, suivie du croustillant d’erdyles, puis un duo de mousses du jour, sorgue et cassat. Pour finir cette mise en bouche, un sorbet d’aviès sur un croquant au nagala. »

Un léger sourire s’épanouit sur mon visage en imaginant les saveurs exquises. Niepr continue, sa pensée devenant presque mystérieuse.

« Ensuite, laissez-vous surprendre par mon kolash de légumes de Kassar, ajoute-t-il. Des légumes exceptionnels, ébouillantés brièvement, pelés, épépinés, puis doucement revenus dans l’huile de cheleps. Salés, assaisonnés d’épices, et cuits à couvert pour conserver tous leurs arômes. »

Il marque une pause, comme pour laisser le temps à l’image des plats de se former dans nos esprits.

« Pour accompagner ce kolash, je vous conseille un vin rose de Kyel. Il est fin, nerveux, avec des arômes fruités et épicés, parfait pour réveiller vos papilles. »

Et, dans un dernier souffle de gourmandise, Niepr conclut :

« Pour terminer, une salade de fruits de saison, pleine de fraîcheur et de saveurs. Je sens que vous êtes conquis. Non, Psyapt, tes allergies, aucun risque. Alors, je vous souhaite un excellent appétit à tous ! »

Une première desserte arrive, accompagnée de verres d’eau gazeuse, de couverts impeccablement disposés et d’assiettes généreusement garnies. Je me sers, adresse un souhait de bon appétit à tous, et me jette littéralement sur mon assiette, savourant chaque bouchée avec appétit.

Le panorama change lentement au fil du repas : après l’océan, c’est au tour de la longue frange côtière de se dévoiler, parsemée d’anses, de criques et de petites plages isolées.

La deuxième desserte arrive, portant des verres de Kyel rose et des plats de légumes colorés et fumants qui embaument immédiatement l’air de leurs arômes.

Nous dominons les quartiers de Tabar Eptis, mais notre villa reste invisible, dissimulée par le sommet de la tour Orsep, ce bâtiment imposant en forme de toryx, dont les courbes élégantes masquent notre résidence.

Le toryx est un champignon caractérisé par un chapeau conique, vrillé, dont la surface alvéolée lui confère une texture unique, semblable à celle d’un corail marbré.

Thaïty décline lentement, teintant le ciel violacé d’un rouge profond. Ses derniers rayons embrasent la coupole de la rotonde du Centre de la Nature. Situé au sommet d’une colline, le Centre est le lieu désigné… ou peut-être révoqué si le programme a changé… pour accueillir les Humains.

La troisième et dernière desserte arrive, composée d’une salade de fruits de saison et de flûtes d’effervescent scintillant. Une conclusion parfaite à ce dîner, dont chaque instant a frôlé la perfection. Je ne pouvais rêver mieux.

Le panorama évolue encore : ce sont désormais les vastes forêts des Saxies Gemiès qui se présentent sous nos yeux. À l’horizon, parfaitement dégagé, se dessinent les aiguilles des Emples Noirs, des pics vertigineux qui surplombent des gorges étroites. Ar Aïn, notre lune orangée en son dernier quartier, projette une lumière douce sur le paysage. Quelques refuges, nichés dans les hauteurs, commencent à s’éclairer timidement, ajoutant une touche de chaleur à cette scène crépusculaire.

Niepr, fidèle à son habitude, vient nous saluer pour une visite de courtoisie à la fin du repas. Je l’écoute avec attention, mais je dois, à regret, écourter nos échanges. Le Centre de Régénérescence a requis ma présence à deux reprises durant le dîner. Après quelques remerciements rapides, je me lève et quitte mes compagnons, accompagnée de Septier.

L’ascenseur nous dépose en douceur au niveau moins six, où nous retrouvons l’atmosphère clinique du réseau de tapis roulants. La lumière blanche, presque irréelle, accentue l’impression de stérilité du lieu. Portés par la bande de roulement, serrés l’un contre l’autre, nous avançons en silence jusqu’à un quai où convergent d’autres personnes, presque adultes. Une vague de nostalgie me traverse : on dirait une réunion d’anciens…

Septier pose sur moi un dernier regard intense, chargé de sentiments qu’il n’a pas besoin de mettre en mots. Il m’attire contre lui, m’enlace, et m’embrasse avec une passion qui me fait oublier, l’espace d’un instant, tout ce qui m’attend derrière ces portes. Mais le temps nous rattrape, implacable. À regret, je m’éloigne de lui et franchis les portes coulissantes du Centre, un endroit qui lui restera interdit pendant encore trois révolutions… sauf, bien sûr, s’il devait, lui aussi, partir en mission vers un autre univers.

Le hall d’entrée, dépouillé de tout mobilier, baigne dans une lumière diffuse, d’un vert pâle apaisant, émise par les parois luminescentes. Un orbe apparaît et m’invite à le suivre. Je fais quelques pas avant de me raviser :

« Non ! Ce ne sera pas pour aujourd’hui ! Laissez-moi choisir le moment opportun. Septier ! J’ai changé d’avis. Attends-moi ! Je rentre avec toi.

 Oh ! Je n’osais pas te le proposer.

 Je ne suis plus à quelques gizs près ! »

Nous empruntons les tapis roulants qui nous mènent jusqu’à l’ascenseur le plus proche de notre domicile. Celui-ci nous ramène à l’air libre, à quelques pas de notre villa.

Là, une allée sinueuse serpente entre des haies fleuries, bordée de petites bornes lumineuses veillant discrètement. Invisibles de jour sous leur forme de simples disques au sol, ces lumières s’animent à la tombée de la nuit pour diffuser une douce lueur.

Bras dessus, bras dessous, nous franchissons la haie pour retrouver notre jardin. À notre approche, les lampions suspendus, éparpillés çà et là, s’illuminent délicatement, baignant la villa dans une lumière chaleureuse et apaisante.

La villa, nichée dans un écrin de verdure, se présente comme un simple pavé de verre fumé et opaque, entouré d’une varangue élégante abritée par un large avant-toit coiffé d’une toiture végétalisée. Sur un gazon impeccable, des pas japonais dessinent un chemin jusqu’à la terrasse où des fauteuils en corde tressée invitent à la détente.

À l’approche des Éthaïres, une grande baie vitrée glisse silencieusement pour révéler une pièce à vivre sobre et raffinée, empreinte d’un charme épuré, décliné en un camaïeu apaisant de blanc et de crème. Deux banquettes en arc de cercle structurent l’espace, accompagnées d’un meuble à étagères chargé de bibelots anciens qui tranchent subtilement avec la modernité ambiante.

Ces objets racontent des histoires : statuettes de bois et de métal, boîtes aux formes singulières ornées de dorures et de marqueterie, plaques métalliques gravées de symboles mystérieux, et vieux grimoires à l’aura presque magique, comme échappés d’un conte de fées. Dans un coin de la pièce, une machine à repas discrète remplace la cuisine traditionnelle, témoignant d’un quotidien où technologie et simplicité s’entrelacent.

Un passage mène à une chambre baignée de lumière grâce à de larges baies vitrées donnant sur la terrasse, elle-même prolongée par un jardin luxuriant. Le lit, d’un design minimaliste, semble léviter au-dessus du sol, accentuant l’atmosphère aérienne et paisible de l’espace.

Plus loin, une salle de bains luxueuse invite à la détente, équipée d’un bain de vapeur et d’un spa. Un sas astucieusement aménagé relie les toilettes d’un côté à la pièce à vivre de l’autre, complétant ainsi l’harmonie fluide et contemporaine de cette villa à la fois fonctionnelle et élégante.

*

Nous avons passé une matinée paisible, bercés par la douceur de vivre, et ce n’est qu’en milieu d’après-midi que je me décide à retourner au Centre de Régénérescence. Un orbe lumineux m’accueille et me guide silencieusement à travers les couloirs jusqu’à une salle où m’attend le docteur Erziep.

Un petit personnage filiforme, au visage anguleux et aux joues creuses, dont les traits austères semblent adoucis par un sourire cordial.

« Bonjour, Lepte ! Je t’en prie, installe-toi. »

La salle est minimaliste : deux fauteuils, un écran holographique, un grand miroir, et l’appareil d’imagerie médicale : une longue banquette creuse surmontée d’un anneau technologique. Tout respire une froide efficacité. Après un passage rapide par les toilettes attenantes, j’enlève ma robe et m’allonge, nue, sur la banquette. Le contact du matériau est étonnamment tiède, presque apaisant. L’anneau du dispositif commence à glisser lentement au-dessus de mon corps, émettant un léger bourdonnement. Je distingue, du coin de l’œil, Erziep qui observe attentivement les données projetées sur l’écran, son regard précis et concentré, comme s’il lisait les réponses à des énigmes invisibles.

« Il est temps, Lepte. Tu peux passer à côté. »

À la question qui m’effleure l’esprit, Erziep répond sans attendre : « 183 ! Avec ta régénérescence d’aujourd’hui. »

Je me redresse lentement et croise mon reflet dans le miroir avant de pénétrer dans la pièce voisine. L’obscurité y règne, seulement troublée par la lueur étrange d’un tube horizontal, ouvert, rempli d’un liquide vert fluorescent. À chaque visite, cet appareil me renvoie l’image d’un cercueil, une association ancrée depuis ma première cérémonie funéraire zadar.

Je prends une profonde inspiration, puis lève une jambe pour la plonger dans le fluide épais et tiède. Le contact visqueux m’arrache un frisson. J’hésite une fraction de seconde avant de plonger la seconde jambe et de m’asseoir lentement. Mon souffle s’accélère, mais je me concentre pour le calmer : j’expire, souffle deux fois profondément, puis inspire encore une fois avant de fermer les paupières. D’un mouvement mesuré, je m’immerge totalement dans ce fluide respiratoire étrange, laissant l’enveloppe liquide me couper instantanément du monde extérieur…

Une sensation d’isolement absolu me saisit, comme à chaque fois. Malgré les répétitions, je n’ai jamais réussi à affronter cet instant avec sérénité. Je rouvre les paupières, entourée d’un brouillard lumineux verdâtre. Tout semble irréel, presque onirique.

Je m’efforce de me concentrer : j’expire longuement, expulsant de gros bouillons d’air jusqu’à vider mes poumons. Puis, dans un geste qui me coûte toujours, j’inspire profondément, accueillant par mes narines et ma bouche grandes ouvertes ce fluide qui s’insinue en moi avec une densité oppressante.

*

J’ai beau résister, lutter de toutes mes forces contre le courant impitoyable, mais le tourbillon finit par triompher, m’entraînant inexorablement vers les abysses. Mes efforts s’épuisent, ma volonté vacille, et je capitule, laissant mon corps dériver. Je m’éloigne des hauteurs lumineuses pour m’abandonner aux profondeurs insondables, là où règnent les ténèbres infinies, voraces, engloutissant toute illusion, toute aspiration, toute espérance.

Je descends, inexorablement, vers un passé primitif, vers la matrice universelle d’où tout est né, vers l’origine même de la création…

Les ténèbres m’enveloppent, étouffant chaque pensée, chaque émotion. Les battements de mon cœur résonnent faiblement, comme un tambour lointain, avant de ralentir… ra… len… tir… jusqu’à s’arrêter…

Dans cet instant suspendu, je me perçois disparaître, me dissoudre, perdre toute substance, toute individualité, jusqu’à ce que je ne sois plus qu’une part infime d’un néant absolu.

« Lepte ! Reviens ! » tonne une pensée grave, surgie du néant comme un écho impérieux. Un brouillard verdâtre émerge doucement, ondulant comme une fumée figée dans un calme absolu. Au sein de ces volutes éthérées, des myriades de lueurs blanches s’éveillent, fragiles et vacillantes. Elles s’agrègent, s’entrelacent, puis entament une danse envoûtante. Leur mouvement s’accélère, gagne en intensité, en puissance, jusqu’à devenir un tourbillon d’énergie brute. L’élan m’engloutit et m’anime. Je sens la force croître en moi, irrésistible, dévastatrice. Je deviens une sphère d’énergie pure, prête à éclater.

Et soudain, je me libère dans une déflagration éclatante, remontant à une vitesse fulgurante, traversant le néant vers une lumière aveuglante, éclatante de vie.

Je m’éveille en sursaut, traversée par une vague de fourmillements électriques qui irradient chaque recoin de mon corps. M’appuyant sur les avant-bras, je redresse la tête avec un sursaut, recrache violemment le fluide, puis aspire, bouche grande ouverte, une profonde goulée d’air. Une quinte de toux s’ensuit, avant que ma respiration ne retrouve son rythme apaisé. J’essuie rapidement mon visage, essayant de débarrasser ma peau du fluide collant, puis je rouvre les yeux.

Mon premier regard se pose sur mon corps encore immergé dans le liquide. Mon souffle se suspend un instant. Ma poitrine, mes hanches, mes formes… tout a disparu. Je sors du tube avec lenteur, m’étire pour chasser les dernières tensions. Le fluide, glissant et dense, ruisselle sur ma peau avant de s’évaporer.

Je traverse la pièce pour rejoindre le miroir dans la salle voisine. Une collègue d’Erziep m’y attend, souriante.

« Bonjour, Lepte.

 Bonjour. »

Je me contemple dans le miroir. J’ai retrouvé mon corps d’adolescente, comme prévu, mais un détail me frappe : mon visage arbore une teinte rouge vif.

« Un simple érythème stellaire. Rien de grave, il disparaîtra d’ici deux ou trois jours. Tiens ! » Elle me tend une robe que j’enfile rapidement.

« Je suis restée inconsciente combien de temps ?

 Près de quinze gizs. Nous sommes en fin de matinée.

 Et des nouvelles pour moi ?

 Rien pour l’instant. Mais je ne te retiens pas plus longtemps.

 Merci !

 Je t’en prie. À la prochaine, Lepte.

 À la prochaine… »

Je quitte le Centre et remonte à la surface. Une fois dehors, je demande des nouvelles des délégués… Darit et Ranept, les deux garants actuels de Nakou Éti, m’apprennent que les délégués sont partis hier, et qu’ils ne devraient plus tarder. Darit et Ranept me conseillent d’aller les attendre à Anou Naki.

Avec sept gizs de décalage entre les deux villes, j’opte pour une approche tranquille. Je rends visite à Septier, absorbé par le contrôle de l’entretien du réseau de circulation de Gor Saxès. Nous déjeunons ensemble, savourant un moment de calme, avant que je ne prenne un altaref pour rejoindre la capitale.

*

Je me tiens sur l’esplanade de Thaïty Kerst lorsque la pensée d’Okonit résonne :

« Lepte ? Bonjour Lepte. Nous sommes en approche d’Anou Naki. Peux-tu te rendre à la capitale ?

 Bonjour Okonit. Timing parfait ! Je suis déjà sur Thaïty Kerst. Tout s’est bien passé ?

  Attends-nous dans le salon violet de l’Itep, nous arrivons.

 Bien. À tout de suite. »

Encore ce fichu mystère… Une nouvelle mode, peut-être ? Je décide de prendre mon temps et fais lentement le tour de l’esplanade, profitant de la quiétude du lieu avant d’entrer dans l’immeuble. Terzept, toujours égal à lui-même, m’accueille avec sa confiance inébranlable, et nous échangeons quelques mots avant que je ne monte au salon.

*

Cette fois, c’est à moi d’accueillir les délégués autour d’une collation.

« Alors ? Qu’avez-vous décidé ?

 Nous accueillons les Humains.

 Bien.

 Mais nous n’allons pas les former.

 Comment ça, nous n’allons pas les former ? Nous ne pouvons pas laisser les enfants sans formation !

 Je n’ai pas pensé qu’ils resteraient sans formation.

 Nous avons décidé de séparer les enfants de leurs parents. Les parents resteront sur Éthaï, tandis que les enfants partiront.

 Pour ne pas les perturber, nous avons planifié un premier cycle de trois révolutions sur Ligurande. Ils voyageront avec de jeunes éthaïres et une préceptrice. Ils reviendront ensuite sur Sété avant de partir pour un deuxième cycle sur Zadari.

 Les Zadars souhaitent les former à la télépathie.

 Oh ! Je pense qu’ils sont déjà, largement, au-dessus du niveau.

 Alors tant mieux pour eux !

 Les Kylèniens ont également insisté pour les accueillir lors d’un troisième cycle.

 Ils prévoient de les soumettre à des épreuves spécifiques, sur Kylèn et dans leurs colonies.

 Enfin, les Solènes les prendront en charge pour la dernière étape de leur formation.

 Avant cette dernière période, toutefois, nous avons convenu de rassembler tous les Humains, enfants et adultes, sur le planétoïde de l’univers cul-de-sac.

 Pour permettre aux délégués de la Communauté de les sonder.

 Irrousaïd a été particulièrement insistant sur ce point !

Irrousaïd est un délégué idire de la Communauté.

 Ensuite les Solènes organiseront des modules de perfectionnement adaptés.

 Sur Soléna, puis sur Fèch !

 Fèch ? L’univers de leurs origines ?

 Exactement Les Solènes souhaitent les confronter aux Emnos.

 Connaître son adversaire est un atout essentiel avant toute bataille.

 Ils visiteront des mondes qui sont, ou ont été, sous la coupe des Emnos.

 Et lorsqu’ils seront fin prêts, les enfants retrouveront leurs parents, et tous regagneront leur système solaire.

 Il ne nous reste plus qu’à trouver une préceptrice.

 Je suis volontaire !

 Non, Lepte ! Nous avons besoin de toi ici, auprès des adultes.

 Et combien de révolutions vais-je passer avec les Humains ?

 Combien ? Oh ! Lepte ! Nous ne savons pas exactement, mais cela ne devrait pas dépasser un demi-cycle.

 Un demi-cycle ?

 Oui, une quarantaine de jours.

 Tout au plus !

 Le temps presse. Si nous voulons les ramener à leur point de départ, il va falloir résorber les trois dernières révolutions.

 Alors, nous devons agir rapidement pour minimiser les aberrations temporelles.

 C’est pour cela que les enfants reviendront sur Éthaï après chaque cycle de formation.

 Et pour toi, ainsi que pour leurs parents, chaque période ne durera qu’un jour ou deux.

 Mais les parents ne verront pas leurs enfants grandir !

 C’est le prix à payer.

 Et je suppose que c’est à moi d’annoncer tout cela ?

 Effectivement.

 Très bien. Et j’ai combien de temps pour me préparer ?

 Deux jours. »