Chapitre 2-41

2.9.0

Anna

Nous avons frôlé Ao Rana, une somptueuse géante gazeuse, avant de dévier de notre trajectoire initiale pour nous diriger vers Iriseth. Un contretemps regrettable, survenu alors que nous n’étions plus qu’à quelques heures de l’arrivée. Un imprévu d’autant plus troublant, que nous en ignorons la cause. Et voilà deux jours que nous stationnons en orbite d’Iriseth, à l’exact opposé d’Éthaï. Une position qui ne peut être due au hasard.

La surface d’Iriseth nous demeure invisible, dissimulée derrière une atmosphère dense et opaque, un mélange singulier d’orangé et de jaune verdâtre. Cette barrière impénétrable excite autant notre curiosité qu’elle nourrit nos interrogations. Naturellement, l’idée d’envoyer des sondes d’exploration s’est imposée, mais Sarah nous en a fermement dissuadés.

*

C’est pendant la sieste des enfants que Sarah annonce, enfin, un départ imminent pour Éthaï. Sans attendre, nous montons au poste d’observation. Quelques minutes s’écoulent avant qu’un point minuscule n’apparaisse, tremblotant à l’horizon brumeux d’Iriseth : Éthaï, notre destination.

À 116 millions de kilomètres, la planète semble insignifiante, perdue dans l’immensité. Pourtant, je ressens une étrange montée d’émotions, un tumulte intérieur. Curiosité et excitation se mêlent à une vague d’angoisse et d’appréhension. Il nous reste une quarantaine d’heures à bord d’Alpha Cent.

*

L’instant fatidique approche, inéluctable. Éthaï n’est pas une planète bleue. Sa couleur dominante, un violet indigo profond, capte immédiatement le regard. L’astre stellaire baigne un océan aux reflets violets, tandis qu’une calotte polaire s’étend, scintillante, avec des nuances de rose pâle qui semblent danser sous la lumière. Deux masses continentales se dessinent, enveloppées dans une nuit d’encre, parsemée de multiples lueurs.