Chapitre 2-42

Lepte

Atiep nous tire de notre sommeil, sa pensée claire résonnant pour nous rappeler que nous sommes attendus au quai d’embarquement trois de l’astrogare Seki.

« Nous arrivons. Tout est prêt ?

 Tout est prêt, comme tu l’as demandé. Le Centre n’attend plus que ses invités.

 Bien ! À tout de suite. »

Le grand jour est enfin là ! Septier prend un sac, il y glisse quelques fruits, des gâteaux, une gourde, et nous sortons. Sur le réseau de tapis roulants, l’excitation grandit à chaque éthal parcouru, et nous pressons le pas dès qu’une ligne droite s’offre à nous.

Nous venons de longer un quai des sous-sols du Centre des Échanges et des Communications, nous ne sommes plus très loin… L’objectif est proche !

Quatre bifurcations plus tard, nous arrivons enfin à l’astrogare. Quai cinq… quatre… trois. Nous y sommes !

Le quai est désert. Une double porte s’ouvre devant nous, dévoilant un ascenseur qui nous dépose dans un hangar baigné de lumière. Mon équipe est déjà là, rassemblée devant le vaisseau qui nous conduira jusqu’à Alpha Cent. L’appareil, un Pyrias 45, arbore fièrement les couleurs d’Éthaï : un violet orfy profond mêlé au rouge kerst éclatant.

Le pyrias, le nom d’un oiseau migrateur, est un vaisseau spatial dont la forme générale évoque la tête de l’animal. Long de 45 éthals, soit environ soixante mètres, il est doté d’une coque chitineuse, conçue à partir d’un alliage symbiotique de nanotubes de carbone et de polymères organiques. Ce revêtement, à la fois robuste et léger, est embelli par les arabesques élégantes de Nakou Éti.

« Ah ! Je retrouve la Lepte que je connais ! s’exclame Atiep avec un sourire satisfait. Tout est prêt. Le pyrias a été équipé d’un sas de décontamination supplémentaire et d’un module de pesanteur artificielle. Vous n’avez plus qu’à embarquer. Septier…

 Je sais, coupe Septier avant qu’il ne continue. Pas de contact avec les Humains avant la fin de leur isolement. Je reste dans l’ombre… et toi dans la lumière, ajoute-t-il en me jetant un regard complice.

 Bien. Kabal vous deux ! » nous souhaite Atiep, rapidement imité par le reste de l’équipe qui s’éloigne du hangar.

Septier esquisse un sourire et me prend par le bras.

« Nous avons rendez-vous avec l’Histoire !

 C’est vrai. Et je suis heureuse que tu sois là.

 On y va ?

 C’est parti ! »

Un motif géométrique sur la coque se déploie en silence, nous ouvrant l’accès à l’intérieur du pyrias. Par un escalier étroit, nous pénétrons dans la cabine de pilotage. En forme de dôme, elle baigne dans une lumière tamisée, uniquement éclairée par une rampe circulaire rougeâtre fixée au plafond. Le ronronnement continu de la ventilation domine l’espace, rythmé par des vibrations presque imperceptibles. Les quatre fauteuils, recouverts d’un tissu rouge vif, sont disposés en cercle, tous orientés vers le centre de la cabine.

Je m’installe dans le premier fauteuil à ma droite. Septier me tend notre sac, avant de s’asseoir en face de moi. Un hologramme translucide s’active entre nous, dévoilant une vue en temps réel du hangar et du pyrias.

« Bienvenue à bord.

 Validation du parcours ? » demandé-je. Profitant de l’instant, j’ouvre le sac et sors de quoi attaquer le petit déjeuner.

« Première phase : accès à l’orbite géostationnaire. Deuxième phase : abordage du vaisseau Alpha Cent par sas de décontamination. Troisième phase : transfert à bord, sous atmosphère contrôlée, de onze Humains. Quatrième phase : retour à Nakou Éti.

 Accord pour la première phase.

 Départ. »

L’hologramme central projette les premières manœuvres. Deux immenses portes glissent en silence devant le pyrias, révélant un corridor illuminé. Guidé avec précision par les traqueurs, le vaisseau glisse hors de son hangar, s’insérant dans un circuit soigneusement balisé. En douceur, il gagne le cirque Seki, lieu d’envol de l’astrogare.

Lorsque le pyrias s’élève, son mouvement est à peine perceptible. L’accélération vient progressivement, fluide, presque naturelle, alors qu’il file vers notre destination, le vide étoilé accueillant notre ascension.